Robin et moi suivons donc Delaby et son éditeur à l'extérieur. Et voilà que, soudain, les deux compères s'arrêtent devant la terrasse d'un café. Là, assis à une petite table, lunettes de soleil, cheveux gris, un homme sirote tranquillement un verre. Les salutations fusent, les blagues, c'est Jean Dufaux, le scénariste (entre autres) de Muréna ! Et Nous voilà attablés à la terrasse, Jean Dufaux, Philippe Delaby, L'éditeur et votre serviteur. Seul resté debout, Robin qui se dévoue pour immortaliser ce moment. Il faut donc se lancer, voilà le temps des questions. La première est simple, quoique : Philippe Delaby pourrait-il nous resituer le contexte de Muréna, pour ceux de nos fidèles lecteurs qui ne l'auraient pas lu (aurai-je dû préciser, pas Encore lu ?).
Et Delaby se met alors à parler. Volubile, heureux, il nous raconte la trame de la série, et même plus que cela. En fait, il répond à nos questions avant même que nous les posions ! Et voilà qu'il nous raconte le choix de l'époque romaine. En effet, avant , il y avait peu de BD sur le sujet en dehors du légendaire Alix de Jacques Martin. Avec Dufaux, il voulait faire quelque chose de sérieux et conséquent sur ce sujet là. Et l'idée de Muréna est arrivée. La série se passe à Rome sous le règne de Néron au premier siècle de notre ère. Elle montre l'ascension de Néron mais aussi tous les personnages qui tournent au tour de lui, dont un qui est carrément son double, et sera son ami, Lucius Muréna. Ils sont les deux faces d'une même pièce. Un antagonisme se crée entre eux deux, leur relation jongle entre attirance et répulsion. Muréna est droit mais il a ses travers, pareil pour Néron. Le futur empereur est baigné dans une famille et une sorte de masse très négatives qui vont jouer sur son tempérament. Dans un premier temps, il ne voulait pas être empereur, mais sa mère le voulait, à des fins politiques. Elle est très manipulatrice. Néron, arrive au pouvoir à 17 ans, c'est bien jeune pour gérer un empire. Son Précepteur était Sénèque malgré cela l'atmosphère reste tendue pour Néron. Muréna va être évincé même si il est l'ami de Néron, à cause de divergence d'opinion et d'une femme. Néron va avoir Acté comme maîtresse. Elle représente la seule qui aurait pu rendre la vie de Néron agréable. Mais Acté va disparaître. Muréna, repoussé, soupçonne Néron d'avoir tué sa mère. En effet, la Mère de Muréna a été l'amante de l'empereur Claude. Tout, à Rome, est un jeu d'influences politiques.
Delaby et Dufaux ont voulu remettre les choses en place: Néron n'est pas ce cliché de l'empereur avec sa lyre en train de chanter devant Rome en flammes. Déjà, ils ont appris que Néron n'était pas là lors de l'incendie. Personne ne sait vraiment qui était à l'origine. Dans la ville de Rome, à part les constructions solides et les pavés, le reste de la ville était en brique romaine, en torchis ou en bois. En outre, les gens se chauffaient avec des braseros, et donc les lieux étaient propices à des incendies. Pour Delaby, c'est l'imaginaire qui est important. l'imaginaire qui rejoint l'histoire, les auteurs faisant en sorte que les deux se mélangent bien, l'un entraîne l'autre et ça se développe au fur et à mesure des albums. Les deux auteurs utilise des pans d'histoire où ils peuvent introduire des choses de leur imagination. Et cette démarche plaît aux spécialistes. Ils ont réalisé Murena de manière naturelle et sincère. Delaby pense que quand on est sincère, les choses qui en découlent sont naturellement bonnes. De plus, la série a eu une reconnaissance du côté des historiens. Une grande fierté pour Delaby et Dufaux. Elle a aussi été reconnue par la société des gens de lettre, mais ils ne font pas des séries dans cette optique mais cet intérêt pour Muréna leur donne confiance et ils se disent qu'ils ont eu raison de ne penser à rien qu'à ce qu'ils avaientt envie de faire. A l'époque, quand on a commencé Murena, la BD historique et le péplum n'étaient plus d'actualité. Il y a eu Murena puis une sorte de revival avec Gladiator en 2000 et cette série Rome, et plein d'autres séries BD qui ont touché au sujet. Ils sont arrivés dans une sorte de mouvement, de mouvance, mais tout cela n'était pas calculé au départ. Très heureux, Delaby et son scénariste ne boudent pas leur plaisir d'être lu. Il la considère comme un vrai bonheur. Quand un album sort et qu'il est lu ça leur fait plaisir.