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J’ai mal à mes pays

Publié le 01 août 2013 par Yelyam

J’entends parler de rois et de couillons.

J’apprends que l’on ne peut plus penser à une autre idée de la démocratie – hors monarchie – sans risque de se faire lyncher par la foule.

Je découvre une fois de plus que le sens de l’humour ne survit pas au politiquement correct.

Je laisse faire – de loin – la foire totale qui consiste à chasser des familles avec enfants.

Et puis surtout je m’interroge chaque jour quant à ma place dans cette société qui rejette tout ce qui n’est pas “bien né”. Oui qui s’indiffère de leur sort.

On m’a sommée de m’intégrer. On me félicite pour mes bons mots dans la langue de Grevisse et de mes connaissances de celle de Vondel.

On me tapote gentiment sur la tête comme pour me dire que je suis un bon petit chien qui fait bien ce que le maître a demandé. S’intégrer.

Mais mon intégration ne tient qu’à un fil. Un fil ténu et tendu, prêt à craquer. Et même s’il tient le coup, ce fil, mon intégration ne fait pas de moi un membre de la société belge, on me le rappelle trop souvent. Bien que l’on me précise qu’on parle d’autres, qui ne sont “pas comme moi, eux”.

Mais qui me ressemblent tellement….

Et surtout j’ai mal à mes pays.

Le premier me fait mal par son indifférence.

Le second me fait mal par ses geôles où l’on torture encore – des coupables et des innocents.

Quand je suis à Bruxelles, je peux faire comme tout le monde : la Belge indifférente. Cela se passe loin, “là-bas”.

Mais quand je suis à Casablanca, je fais partie du système qui permet que cela soit possible.

Comment j’intègre dans mon esprit mon indifférence et ma complicité ?

Le premier me donne des espoirs (parfois déçus) de liberté d’expression et de culte.

Le second m’interdit de remettre en question la religion dans laquelle je suis née.

Comment j’intègre à l’intérieur de mon coeur ma laïcité neutre et mon obligation de religiosité ?

Comment je fais pour intégrer les idées et les valeurs de ces deux pays ? L’un qui m’offre liberté et solitude, l’autre où je trouve une tribu et des règles que je ne veux pas suivre ?

L’un dont je connais la langue et m’en amuse, l’autre où je butte à la lecture, comme un enfant.

L’un où il faut que je parle pour que l’on comprenne que je suis chez moi. L’autre où mes paroles trahissent mon extranéité.

Les jours où je prends la vie du bon côté, j’aime penser que je suis un arc-en-ciel : le résultat de la pluie qui tombe à flot sur la petite Belgique et du soleil qui brule les villes blanches et le désert du Maroc.

Mais – et cela arrive de plus en plus souvent – je pense parfois que les uns me perçoivent comme un cancer, parasite qui vit et se multiplie dans un milieu jadis sain. Et que pour les autres, je suis un membre amputé, dont on garde un souvenir inutile et douloureux. .


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