Un p’tit tour en mototaxi ?

Publié le 15 juillet 2013 par Jean-Luc Crucifix @jlcrcfx


Au Venezuela –mais pas seulement ici–, l’importation massive de motos chinoises depuis une dizaine d’années a littéralement démocratisé le transport individuel et familial. Pour l’équivalent de cinq ou six salaires minimum, vous obtenez un deux-roues 125cc bien pétaradant. Cela fait une énorme différence pour les couches populaires, tant urbaines que rurales, qui jusque là ne pouvaient rêver avoir accès à un véhicule et devaient se contenter des (mauvais) transports publics.

Voilà donc que le pays a été envahi, en l’espace de quelques années, par des centaines de milliers de motos. Une réelle nouveauté au Venezuela, où jusqu’alors c’était la sacrosainte voiture, grosse et américaine de préférence, qui faisait rêver tout un chacun. Faute de pouvoir parvenir à cet objet inaccessible, les moins riches se contentent de deux roues au lieu de quatre. Pour cette clientèle populaire, la moto sert à tout : aussi bien au transport personnel ou familial (jusqu’à 4 personnes sur un seul engin !) qu’au transport des marchandises les plus improbables.

Le véhicule le plus rapide

Se faufiler entre les voitures… (Photo: Leo Ramírez-AFP)

À Caracas et dans les grandes villes, les motos sont aussi une solution aux incontournables problèmes de circulation. Qui n’a désiré, en plein embouteillage, de disposer d’un deux-roues pour se faufiler entre les voitures immobilisées ? La moto est de loin le véhicule le plus rapide et le plus pratique pour se mobiliser dans des villes surchargées (380 voitures par kilomètre de chaussée, à Caracas !).

Aussi ne faut-il pas s’étonner que certains ont cherché à rentabiliser leur investissement en proposant leur moto comme moyen de transport aux personnes pressées. Le mototaxi vénézuélien était né.

Ce furent au départ des initiatives sauvages : il suffisait de placer sa moto à un carrefour fréquenté, d’y apposer à la va-vite une pancarte manuscrite "Mototaxi" et d’attendre le client, qui généralement ne se faisait pas trop attendre. Belle opportunité de se lancer dans une activité lucrative pour des jeunes sans emploi, sans diplôme, issus souvent de familles défavorisées.

Il ne s’agit évidemment pas d’une spécialité vénézuélienne : beaucoup de villes embouteillées, dans le monde, ont instauré des services de mototaxis. En Europe, c’est le cas de Londres et Paris, qui offrent, il est vrai, un service que l’on pourrait qualifier de grand luxe si on le compare avec celui des motos chinoises bas de gamme utilisées au Venezuela.

Activité sauvage

Prêt à enfourcher la monture ? (Photo: Leo Ramírez-AFP)

À Caracas et dans les principales villes du Venezuela, le service s’est peu à peu institutionnalisé, de spontané qu’il était au départ. Des coopératives de mototaxis se sont constituées, à l’image des celles des taxis conventionnels. Puis les municipalités se sont emparées de la chose, édictant des règlements, délimitant des emplacements réservés. Le gouvernement lui-même a encouragé l’achat de mototaxis, car cela permettait aux plus démunis d’avoir une occupation rémunératrice.

Malgré tout, l’activité est restée plutôt sauvage et continue à se dérouler en grande partie en marge des réglementations.

La sauvagerie se remarque surtout dans le comportement routier des mototaxistes, qui est tout sauf régulier : faufilement à toute allure entre les rangées de voitures, non respect des sens uniques, utilisation des trottoirs… tout leur est permis, ou presque. La prise de risque est totale. Aussi les automobilistes voient-ils les motocyclistes (car, sur deux-roues, il n’y a pas que des mototaxis) comme des dangers ambulants, qui représentent une véritable plaie pour la circulation. Ainsi, en voiture, ne vous avisez surtout pas d’avoir un accident (ou un simple incident) avec un mototaxi, vous aurez nécessairement tort. Vous en doutez ? Les dizaines de mototaxistes qui s’amoncelleront sur les lieux du sinistre, vociférant contre votre personne, vous en convaincront rapidement… et la police –si elle arrive– ne fera rien pour les démentir.

Émotions garanties

En mototaxi (photo: Leo Ramírez-AFP)

Qu’à cela ne tienne, je vous conseille néanmoins d’expérimenter dans votre propre chair, ne fût-ce qu’une seule fois, le service.

Imaginez que vous avez un rendez-vous urgent à l’autre bout de la ville. En voiture, le trajet vous prendrait entre une heure et une heure trente. Un mototaxi est stationné là, au coin de la rue. Vous vous approchez, vous vous mettez d’accord sur le prix de la course (parfois à peine moins chère qu’en taxi traditionnel, car c’est la rapidité que vous payez). Enfilez alors le casque qu’on vous présente. Ne rêvez pas à un intégral, contentez-vous d’une espèce de casque en matière plastique, dont la forme évoque vaguement les casques allemands de la Seconde Guerre mondiale, ou –pire– d’un simple casque de vélo !

Enfourchez la monture, accrochez-vous bien… c’est parti !

C’est sûr, après cela, vous avez l’adrénaline à million (expression vénézuélienne que vous comprendrez aisément) ! Et ce sont moins de deux minutes ! Si vous en voulez plus, il y a plein d’autres exemples sur Youtube.

En guise de conclusion, je vous propose un court reportage (en espagnol) que l’AFP a produit sur le phénomène mototaxis de Caracas :


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