Pour une septième et dernière fois, la chaîne britannique E4 diffuse au cours de l’été la nouvelle saison de Skins, cette série lauréate de moult prix qui a fait passer le téléspectateur par toute une gamme d’émotions. Pour clore le tout en beauté, son créateur Bryan Elsey a décidé de ramener trois personnages des précédentes saisons alors qu’ils débutent leur vie adulte, et de leur consacrer chacun deux épisodes, loin de Bristol. Dans la première partie intitulée Fire, on retrouve Effy (Kaya Scodelario) alors qu’elle travaille comme réceptionniste pour un fonds spéculatif de Londres. Elle doit aussi s’occuper de son amie Naomi (Lily Loveless), en phase terminale d’un cancer. Dans la deuxième, Pure, c’est Cassie (Hannah Murray) qui est toujours à la recherche d’elle-même, alors qu’elle travaille comme serveuse dans un petit restaurant grec. Enfin, la série se clôt avec les épisodes Rise, où Cook (Jack O’Connell) est devenu dealer (ça étonne quelqu’un?) dans la ville de Manchester. Après avoir vu les quatre premiers épisodes, on peut dès lors conclure que Skins n’a rien perdu de sa créativité et de son mordant. Bien qu’on aurait aimé revoir plus de personnages des précédentes saisons, ou du moins, savoir ce qu’ils sont devenus, ces « tranches de vie » demeurent fort divertissantes, et ce, sans parler d’une mise en scène qui a pris quelques galons, en même temps que ses personnages.

La reine blanche et la reine noire
Il était incontournable que l’on retrouvât Effy dans au moins un des segments de la série. Non seulement son personnage a réussi à assurer le pont entre les saisons 1 & 2 et 3 & 4, mais sa forte personnalité et son habileté presque innée à toujours se retrouver au centre de l’attention justifiaient pleinement son comeback. Si on est déçu de ne pas revoir son frère Tony (Nicholas Hoult) ou de ne pas savoir ce qui s’est passé réellement après le meurtre de Freddie (Luke Pasqualino) à la fin de la quatrième saison, on retrouve tout de même le personnage sulfureux qu’on a connu auparavant.
Dans Fire, son travail de réceptionniste l’ennuie et elle parvient à gravir les échelons, avec l’aide de Dom (Craig Roberts), un analyste financier junior travaillant pour une autre compagnie, qui lui a donné des renseignements confidentiels sur des rumeurs boursières. Malencontreusement, l’Autorité des marchés financiers découvrira le pot aux roses, entraînant une issue tragique à la fin du deuxième épisode.

On se souvient de Cassie dans les premières saisons comme étant une jeune fille complexée et anorexique. On a appris très peu de choses d’elle sinon qu’elle était éperdument amoureuse de Sid (Mike Bailey) et très influençable. Bref, son personnage était faible et effacé.
Dans Pure, elle devient une célébrité sur le web à son insu. C’est que son collègue au restaurant, Jakob (Olly Alexander), la prend secrètement en photos alors qu’elle se croit seule. Les résultats sont époustouflants. Dès lors, des gens la reconnaissent un peu partout et elle se fait même offrir un contrat de mannequinat. Quand elle découvre que c’est Jakob qui a pris les clichés, elle le rejette d’abord puis les deux se lient d’amitié. Plus tard, le père de Cassie qui est un peu trop porté sur la bouteille, lui apprend qu’il part pour l’Italie et cette dernière insiste pour s’occuper de son jeune frère Rueben.
Les destins d’Effy et Cassie sont donc aux antipodes. Effy, femme forte, parfois égoïste, n’a pas froid aux yeux et c’est sa tendance à prendre des raccourcis et quelques fois son manque de compassion qui cause sa perte. Par exemple, elle est incapable de douceur à l’égard de Naomi durant son traitement. À défaut de lui dire à quel point elle tient à elle, Effy préfère se taire. À l’opposé, Cassie, qui avait si honte de son corps étant adolescente, devient le centre d’attention grâce à celui-ci tout en restant naturelle. Celle qui à la fin de la première saison était partie sur un coup de tête pour New York pour s’évader, revient finalement à Londres et prend ses responsabilités en s’occupant de son frère, mais aussi (et surtout) d’elle-même.

Mathématiquement créatif
On se souviendra qu’au cours de toutes les saisons de Skins, chaque épisode portait pour titre le nom d’un des personnages. Ainsi, chacun d’entre eux bénéficiait d’une attention égale. La même « marque de commerce » est utilisée dans la septième saison, comme expliqué en introduction. On retrouve aussi ce concept à l’intérieur des épisodes. Ainsi, les deux heures de la série Fire sont divisées en segments égaux (printemps, été, automne et hiver). Tels des chapitres, on nous montre l’essentiel qui s’est déroulé lors d’une saison de l’année, pour ensuite se transporter plus loin, évitant par là les longueurs et faire accélérer l’histoire.
Outre cette façon de procéder, c’est la mise en scène qui est tout simplement remarquable dans ces deux parties de Skins. Les prises de vues, la musique, l’enchaînement des plans; tout concourt à donner à la série des airs de films d’auteur. Notons entre autres dans Fire les plans dans la tour où travaille Effy. Les vues panoramiques de Londres donnent tout simplement le vertige, à l’image du monde de la finance et des courtiers qui ne connaît aucun répit. De plus l’architecture des lieux est tellement imposante qu’Effy y paraît toute petite, tel un minuscule pion dans l’échiquier financier mondial. La série Pure porte très bien son nom. Les clichés que prend Jakob sont tout simplement déconcertants, montrant Cassie à la fois vulnérable, belle et désinvolte. D’ailleurs, cette composition poétique des photos est aussi appliquée pour tous les plans de la série, caractérisée par plusieurs tons grisâtres.
On peut considérer la septième saison de Skins comme un habile au revoir aux fans de la série. D’ailleurs, Rise, la dernière série mettant en vedette Cook, semble tout aussi prometteuse. Ce qui rend la série intéressante, c’est qu’on a été fidèle à la spécificité des personnages dans cet opus, sans pour autant tomber dans la nostalgie des saisons précédentes et trop nous en dévoiler sur les autres personnages, ce qui aurait pu nous décevoir. Le site digitalspy.ca, en parlant de la série Fire, résume bien cet équilibre entre le passé et la nouveauté qu’on a réussi à conserver dans Skins : «With only the subtlest nods to past events, Fire runs the risk of alienating old-school Skins fans, but anyone willing to take this first hour on its own merits will find much to enjoy».