La 66e édition, pilotée par Carlo Chatrian, s'est inscrite dans la lignée de Maire et Père. Le glamour était au rendez-vous, et le public en croissante affluence.
"Le Festival de Locarno vit actuellement en état de grâce", déclarait Marco Solari en 2011, et le glamoureux président à sourire hollywoodien pourrait remettre ça cette année. Dix jours durant en effet, après un bref début sous les trombes, le rendez-vous helvétique le plus populaire des amateurs de cinéma a drainé plus de 162.000 spectateurs et perpétué son image de forum de culture à la fois populaire et pointu.
Déjouant les craintes des réalisateurs suisses francophones de se voir "oubliés" par un Italien succédant au Français Père et au Suisse Maire, Carlo Chatrian a réservé une place de choix au cinéma romand en invitant Lionel Baier et Jean-Stéphane Bron sur la Piazza Grande. Le premier a fait rire celle-ci, tandis que L'Expérience Blocher y prolongeait la paranoïa sécuritaire du milliardaire nationaliste confit d'autosatisfaction dans sa berline-bunker.
Après un Frédéric Maire et un Olivier Père partageant le goût du cinéma de genre, notamment américain, Carlo Chatrian a rappelé qu'il existe encore un peu (!) de cinéma au pays du Cavaliere, en programmant notamment le superbe dernier film de Bruno Oliviero, La variabile umana, sur la Piazza où l'acteur et réalisateur Sergio Castellito a reçu son Léopard à la carrière. Sans que le directeur artistique y fût évidemment pour rien, le palmarès du festival a été marqué, enfin, par une forte présence latine. Contre tous pronostics public ou journalistiques, le léopard d'or a récompensé un film déjanté du Catalan Albert Serra, l'enfant terrible (et terriblement prétentieux) du nouveau cinéma espagnol: Historia de la meva mort, évoquant les derniers jours de Casanova le libertin des Lumières confronté aux miasmes romantiques de Dracula.
D'une tout autre teneur émotionnelle, le récit autobiographique du Portugais Joaquim Pinto, témoignant de ses tribulations de sidéen survivant dans E agora ? Lembra-me, a vu le bon accueil du public confirmé par le prix spécial du jury. Même remarque pour le prix d'interprétation féminine à Brie Larson, et les mentions spéciales à Short Term 12 de Destin Cretton, dont l'aperçu des désarrois d'une jeunesse mal dans sa vie a beaucoup ému.