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Les corneilles, les pies et le chat

Publié le 18 décembre 2013 par Corboland78

Il s’en passe sur le toit du centre commercial près de chez moi. Heureusement, j’ai l’œil et je surveille.

Elles sont arrivées par un vol plané puissant et parfaitement maîtrisé. Les deux corneilles, tout de noir vêtues, se sont posées sur le toit du centre commercial, zone plate et dégagée. Elles avaient repéré du ciel, un détritus de mon point de vue, quelque chose de comestible du leur. D’un pas raide mais ferme, elles s’en sont approchées.

C’était sans compter sur les gardiens du temple, talibans intraitables qui font la loi dans le quartier depuis ces dernières années. Les pies, en bandes agitées et bruyantes qui sillonnent le territoire et s’en prennent à tous, pour le simple plaisir d’assoir leur autorité et leur mainmise sur une zone autoproclamée leur.

Les oiseaux bicolores ont pris position, certaines à l’écart sur les branches d’arbres dénudés par la saison, en guetteuses et renfort d’appoint tandis que les autres encerclaient les corneilles et les harcelaient de cris et de mouvements d’ailes brusques. Les corneilles les ont d’abord ignorées, picorant leur butin maigre à tour de rôle mais devant l’insistance intrusive des attaquantes elles ont modifié leur comportement. Quand une corneille s’occupait de son repas, l’autre invectivait les pies hurlantes puis elles inversaient les rôles.

L’esclandre tournait à l’émeute sur le toit quand il s’est approché, le chat noir et blanc. Lui aussi revendique ce terrain comme son domaine, chaque jour il y vient matin et après-midi. De là, tranquille et au soleil quand il y en a comme ces jours-ci, il s’allonge au bord du toit, la tête sur ses pattes avant, et il surveille en contrebas, les gens qui passent et les voitures qui circulent au pas. Poste d’observation idéal, on devine qu’il se régale de ces instants de bonheur.

Pourtant lui aussi connait la noirceur des pies, lui aussi a dû plus d’une fois reculer devant leurs assauts et battre en retraite un peu piteusement devant la horde ailée. Alors aujourd’hui, quand le chat s’approchant, a réalisé qu’une bataille entre oiseaux se préparait, il s’est imaginé que peut-être, il pourrait sans dommage prendre sa vengeance et faire son quatre-heure d’une victime du combat. Naïveté du matou.

L’organisation tactique des pies est sans faille, non seulement elles ont obligé les corneilles à déguerpir mais elles ont aussi tenu à distance le félin timoré qui instruit par l’expérience, n’a pas insisté. Quand enfin leur terrain a été dégagé de ces intrus, elles se sont intéressées à l’objet de la convoitise des corneilles. Quelques coups de bec pour le retourner en tous sens et en peser la valeur, puis elles se sont envolées bruyamment, dédaignant ce repas vulgaire, pour aller surveiller une autre zone. 


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