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Les nouveaux rustres

Publié le 28 décembre 2013 par Amaury Watremez @AmauryWat

politique, société, maupassant, littérature, péquenots, rustresIl existe à gauche comme à droite des nostalgiques de « lothentique » (TM° Marcel Pagnol dans « Manon des sources »), d'une ruralité rêvée et idéalisée d'un monde qui aurait été plus vrai, plus écologique, plus sain et plus moral, cela va des « rurbains » pendulaires en pavillon « Monopoly » (TM°) à certains réacs en pantalons de flanelle et veste en « touide », tous évoquent une paysannerie fantasmée dont ils n'ont jamais fait partie comme idéal social comme si « la Terre qui meurt », le pensum sentencieux et didactique de René Bazin (on peut lui préférer dans les écrivains réputés « infréquentables » Drieu ou Chardonne qui sont moins désuets), ou « la Terre qui ne ment pas » d'Emmanuel Berl étaient de leurs livres de chevet.

Je m'étonne souvent d'entendre des bonnes gens s'affirmant progressistes de progrès ayant finalement le même point de vue sur le monde actuel que les soutiens du Maréchal Pétain pendant Vichy.

Ces pleureuses et pleureurs ridicules représentent un marché juteux pour les marchands de souvenirs en vacances car il suffit de coller l'étiquette « vrai » ou « fabriqué à la maison », ou « bio » sur n'importe quelle merd...camelote pour la leur faire acheter trois fois plus cher qu'en ville. Le touriste « bio », le « rurbain » con-cerné par le développement durable, le bobo rural somme toute, est une mine d'or pour les ambitieux à la campagne, une manière de faire son beurre plus efficace que rester agriculteur ou éleveur.

Qu'ils relisent donc Maupassant ces pleureuses et pleureurs qui montre dans ses contes que la vie rurale était loin d'être idyllique, qu'elle était même marquée au coin par la sottise et l'avidité autant que dans la ville « corruptrice », la ville la plus « corruptrice » étant encore Paris qui révulse et fascine à la fois les nouveaux rustres. Ami lecteur, j'ai parlé de Maupassant, mais si enlève les « smartfônes » des mains des nouveaux rustres, qu'on les habille en vareuses, blouses, ou tabliers, l'esprit est le même et rien n'a beaucoup changé malgré tous les gadgets électroniques censés ouvrir au monde.

Une chose assez curieuse que j'ai souvent remarqué : des gosses des campagnes qui vont sur Internet où ils ont accès à des paysages du monde entier regardent toujours, ou presque toujours, des photos ou diaporamas de leur bled, de leur village, ne voient pas pourquoi ils iraient regarder ailleurs, comme si il n'y avait plus d'ailleurs puisqu'ils vivent dans un présent perpétuel tout en restant aussi étroits d'esprit, aussi bornés que les caricatures que l'on faisait des paysans auparavant.

Ce sont encore des personnages des « contes de la Bécasse » à qui l'on a à faire, des rustres donc aussi grossiers que dans « Noce normande », voire beaucoup plus, car ils ont certes perdu entre-temps quelque chose que leurs ancêtres possédaient réellement quant à eux et qui était le sens de la communauté, de la nation et quelques valeurs communes un peu plus élevées que la recherche narcissique, la plus égoïste de la satisfaction immédiate de ses désirs les plus vils, les plus abjects. Ils ont gardé le pire de la ruralité :

Le népotisme, le copinage, les ragots putrides, les commérages les plus bas, le respect exclusif de l'argent et du statut social, l'ostracisation des personnes hors-norme, les rancunes tenaces. On parle beaucoup de « téléphone arabe » pour évoquer ces rumeurs galopantes qui tiennent du « bouche à oreilles » foudroyant, l'on devrait plutôt dire « téléphone rural ».

La cerise sur le gâteau dont je couronnerai bien ces nouveaux rustres est qu'en plus ceux-ci méprisent cordialement la ruralité, la paysannerie et tous les métiers liés à la terre, et qu'ils sont tous plus complexés les uns que les autres quant à leurs origines rurales qui pour eux sont innommables. Ils se rêvent en « meussieurs », en « dames », en « stars » même pour des prunes comme celles de la « téléréalité », et ce sont eux qui alors fantasment sur une urbanité qui n'a jamais existée, sur l'Amérique aussi, une Amérique qui n'a jamais été réelle ailleurs que dans les feuilletons à l'eau de rose, en bons larbins qu'ils sont.

image prise ici

Ci-dessous le début de "l'enfant" de Claude Santelli d'après Maupassant, une des meilleures adaptations de l'écrivain


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