c'est pas pour critiquer, mais...

Publié le 06 mars 2014 par Pjjp44


"C’est pas pour critiquer, mais je vous l’annonce officiellement ce soir : j’ai pris la présidence du comité de soutien pour la réélection de M. Joël Batteux, M. Archibald Haddock n’étant pas disponible, légèrement indisposé. Donc je vous le dis tout net, madame et messieurs : vous pouvez rentrer chez vous ! Je note d’ailleurs que M. Le Merrer a préféré ne pas venir. Sont pas bêtes à l’UMP, ils ont tout de suite compris qu’ils n’ont aucune chance face à une 6e candidature de Joël Batteux.


Car Saint-Nazaire compte deux monuments, je regrette d’avoir à vous le rappeler, bande d’ingrats : la base sous-marine et Joël Batteux. Je ne m’attarderai ce soir que sur le plus sympathique des deux… Joël Batteux, plus connu sous son nom de scène « Battling Joe », Jojo pour les indigènes.

Notez bien qu’à Saint-Nazaire on aurait pris un poulpe, à condition qu’il fût inscrit au PS, le poulpe aurait été élu. C’est une tradition historique. Je dis un poulpe comme je dirais n’importe quoi : une soucoupe volante, un ruban bleu ou Claude Evin.
À propos de n’importe quoi, quelqu’un sait-il où se terre ce Claude Evin de sinistre mémoire ? Voilà un vrai mystère. Comment les Nazairiens ont-ils pu élire un monstre qui a persécuté des millions de gens qui ne lui avaient rien fait, des millions d’inoffensifs fumeurs et sympathiques buveurs ? Evin : le bourreau des buvettes, la terreur des terrasses, le sicaire des civettes ? Un buveur d’eau, comme la plupart des grands criminels de l’humanité.

Au contraire, Jojo fut un authentique résistant. Oui, notre Jojo a résisté au fascisme sanitaire de Claude Evin : toujours la clope au bec, comme le général de Gaulle ; jamais le dernier à lever son verre, comme Winston Churchill, Batteux est un héros dont Saint-Nazaire peut s’enorgueillir.

Mais causons de Saint-Nazaire, terre de contrastes.
Saint-Nazaire, riante bourgade de la banlieue ouest de Nantes, a été fondée par cet imbécile de Napoléon III.
Il aurait pu faire pire ! Fonder La Roche-sur-Yon, par exemple, comme le fit avant lui son tonton Napoléon Un, lui aussi de sinistre mémoire, comme Claude Evin.
Mais la passion m’emporte, je dérive, je « vague la nuit dans des lumières narratives »*…
Restons dans « la métropole Nantes Saint-Nazaire » comme disait en riant Jean-Marc Ayrault - ce qui ne luiarrive pas tous les jours, surtout en ce moment.
Saint-Naz’ ! « Ach ! Gomment beut-on aimer ein ville auzzi mocheu ? » répétait avec tendresse le regretté Reichsminister Fritz Todt, à qui Saint-Nazaire doit tout. Eh bien oui ! C’est possible. À chaque fois qu’on dit ça, l’excuse est toute trouvée : c’est la faute aux Fridolins, rapport qu’il a fallu tout reconstruire. On a dit beaucoup de mal des Chleuhs, mais sans les Doryphores, Saint-Nazaire aurait-elle sa base sous-marine, chef-d’œuvre de l’architecture boche - et aujourd’hui destination de milliers de touristes en birkenstock et chaussettes blanches ? Saint-Naz’ ! Ses ouvriers en bleu de chauffe, son port, ses docks, ses chantiers, sa poésie industrielle…


Depuis que Nantes a choisi une technologie d’avenir : la construction d’éléphants en bois sur le site des anciens chantiers navals, Saint-Nazaire, bêtement, s’entête à construire des paquebots. Est-ce bien raisonnable ? Bricoler des mouroirs flottants pour des vieillards bourrés de junk food à la Worcestershire sauce, leurs gros culs gélatineux de retraités yankees en shorts moulants assis sur des fonds de pension… Ces mêmes fonds de pension à l’haleine fétide qui soufflent leur vent mauvais sur nos chantiers navals, au profit de camps de travail forcé où des enfants finno-coréens sont jetés vivants dans des cuves d’acier en fusion à bas prix, pour construire des paquebots ahurissants de laideur qui viennent s’échouer sur les côtes italiennes… Je ne peux que saluer la beauté du geste. Et, au nom de notre partenaire Costa Croisières, remercier les dizaines de milliers… Enfin les milliers… pardon, les centaines d’ouvriers nazairiens (et parfois polonais) qui continuent de construire ici ces mégamachins flottants, dont l’utilité pour l’espèce humaine reste à démontrer, mais, et ce n’est pas le moindre avantage, font pâlir d’envie Jean Blaise et son petit poussin géant. Quelle ville peut en dire autant ?

Alors je vous pose la seule question qui vaille ce soir : « Et maintenant, capitaine, me direz-vous enfin où nous allons ? »" Eric Chalmel "Les Etats et Empires de la lune" TéléNantes "pas de blabla"