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La téloche à jules-True Detective

Publié le 23 mars 2014 par Jules

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Dans son recueil de nouvelles intitulé Le Roi Jaune (The yellow King), parus en 1895, Robert W. Chambers imagine une mystérieuse pièce de théâtre en deux actes. Le premier acte, anodin en apparence, est un prélude au second qui possède la particularité de rendre fou de par les révélations terrifiantes qu’énonce le fameux roi du titre. Cette histoire a eu une influence importante sur des auteurs aussi reconnus que Lovecraft, Raymond Chandler ou Stephen King. On y retrouve même quelques traces dans les films de John Carpenter. Chambers est un auteur assez peu connu de nos jours. Hors depuis quelques semaines, ce livre s’est soudainement retrouvé en rupture de stock, le site d’Amazon ayant du mal à honorer toutes les commandes. Pourquoi un engouement si soudain? La cause en est simple. Nick Pizzolatto, le créateur de True Detective, a tout simplement avoué lors d’un entretien dans la presse s’en être fortement inspiré pour concevoir sa série. Cela montre assez bien l’incroyable engouement qu’a suscité le feuilleton à travers le monde.

En effet, le buzz autour de la série d’ HBO a été assez délirant. Certains même n’ont pas hésités à lui décerner le titre de « meilleur série télévisé du monde » alors qu’a peine deux épisodes seulement avaient déjà été diffusés. Le fait que les deux rôles principaux soit joué par des acteurs de cinéma (surtout le très hype Matthew McConaughey) a beaucoup joué dans l’argumentaire marketing d’HBO qui, en substance, nous disait très clairement que True Detective avait l’ampleur d’un long métrage. Et on ne peut que leur donner raison tant pour une fois la frontière ténue entre télévision et cinéma semble avoir été franchis pour de bon.

Conçu comme un véritable film de huit heures, True Detective a dans sa conception tout d’une production cinématographique. Chaque épisode a été écrit par Pizzolatto himself et la mise en scène elle a été confié au jeune réalisateur Cary Fukunaga. Cette régularité dans des postes aussi clés est extrêmement rare à la télévision (où l’on fonctionne plus volontiers en équipe). Cela permet à la série de garder une unité visuelle et narrative non négligeable. Ainsi, chaque fin d’épisodes est d’autant plus frustrantes qu’elles donnent l’impression aux spectateurs d’avoir à stopper un film en cours de route. Ce qui a eu pour effet de décupler l’intérêt des téléspectateurs. Intérêt qui s’est rapidement changé en obsession.

En effet le public, habitué aux histoires à « twist », a finit par se réapproprier complètement le récit et a traquer le moindre indice afin de percer à jour une soi-disante révélation. Internet fut ainsi le lieu de débats houleux entres fans et de théories toutes plus abracadabrantesques les unes que les autres (captures d’écrans à l’appui). Rappelons au passage qu’un retournement de situation n’a jamais été la garantit d’un bon scénario. Mais il faut tout de même dire que c’est un peu de la faute de ses créateurs qui se sont amusés à truffer leur récit de références ésotériques, religieuses ou cinématographiques (de Seven à Massacre à la tronçonneuse en passant par des citations un peu voyantes au terrifiant Kill List de Ben Whitley). Devant ce délire collectif, Pizzolatto a du faire un communiqué pour « doucher » l’enthousiasme des fans et ainsi ménager leur probable déception devant un final certes plus classique mais pas moins sublime. Si il y a bien une révélation dans True Detective, elle est intime et en totale cohérence avec l’ensemble.

Car, et c’est tout à l’honneur de ses créateurs, True Detective se contente de nous raconter une bonne histoire a travers des personnages emblématiques. On y suit donc la traque d’un tueur en série sur près de vingt ans par deux flics que tout oppose et dont les certitudes vont être profondément bouleversées. C’est avec délice que l’on suit cette traque existentielle dans une Louisiane de cauchemar (Post apocalyptique même car fréquemment dévasté par des ouragans). Une intrigue certe classique mais transcendée par des acteurs tous impeccables et la performance de Matthew McConaughey est d’ores et déjà culte. On n’est pas prêt d’oublier son Rust Cohle, sorte de Martin Riggs* nihiliste et autodestructeur partant dans des délires nietzschéens avant d’aller armes au poing affronter un gang de biker. Un vrai personnage de cinoche à l’ancienne comme on en avait pas vu au cinéma depuis des années. Le contraste n’en est que plus saisissant devant un Woody Harrelson génialement bovin ne pouvant s’empêcher de foutre continuellement sa vie de famille en l’air en se tapant des bimbos à droite à gauche.

Violente et sans concession, porté par une mise très impressionnante (l’hallucinante fusillade en plan séquences de l’épisode 4), et traversé de moments autant horrifiques que profondément mélancoliques, True Detective est sans doute un des meilleurs polars que vous ne verrez pas au cinéma. La série est conçu comme une anthologie (chaque saison possède sa propre histoire) et on souhaite bien du courage à Pizzolatto pour faire aussi bien la prochaine fois.

*Le personnage de Mel Gibson dans l’Arme Fatale.


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