Magazine Humeur

Don't judge a book by his cover

Publié le 09 avril 2014 par Amaury Watremez @AmauryWat

A propos du recueil de nouvelles de Philip K. Dick en Folio SF « Ne vous fiez pas à la couverture »

Science-Fiction, littérature, société
Quand je lis certaines critiques de cet auteur sur le net, jamais sans arrière-pensées critiques tu me connais ami lecteur, je suis souvent effaré et atterré à la fois. K. Dick, d'ailleurs comme Orwell et Aldous Huxley, est pris pour un fantaisiste anticipateur, un peu pessimiste, et dont fort heureusement les visions d'un futur très sombre perçues comme dans une miroir obscurément ne se sont pas réalisées on le constate tous les jours. Ces critiques s'en tiennent à l'écume de ce qu'il est convenable de dire, à l'apparence, à l'étiquette d'auteur drogué au LSD de Dick, un peu fou.

En 2014, il n'y a certes pas de voitures volantes dans les airs, pas d'androïdes viables dans les rues, et les flics ne disposent pas encore de pouvoirs précogs pour arrêter les criminels ou ceux suspectés de pouvoir le devenir un jour, les hommes ne sont pas allés jusqu'à aller Alpha du Centaure ; mais comme tout bon auteur de Science-Fiction Dick y parle de notre monde, de nos dérives, de l'absurdité de certaines de nos aspirations, de notre société dont il pousse les travers jusqu'à l'absurde. Et le fait est que le monde intérieur des personnages de Dick est celui d'un citoyen-consommateur de notre temps, esclave de gadgets parfaitement inutiles que cet auteur n'eût pas osé inventer dans ses livres. Et Dick fait aussi de l'auto-fiction de SF se racontant au passage, ce qui sera encore plus probant dans « la Trilogie Divine ».

Ainsi dans « l'homme variable », la « novella » ou longue nouvelle, qui débute ce recueil, l''écrivain se moque de la manie du contrôle total et de la transparence délirante de notre monde : un homme venu du passé bricoleur et dilettante de génie comme beaucoup de personnages de l'auteur du « maître du haut château » ou de « Ubik » perturbe l’ordonnancement rigoureux et rationnel d'une société à venir s'imaginant utopique, ou dans la dernière nouvelle dans laquelle des envahisseurs se cachent dans les machines à boule de gomme de la terre, histoire où l'on ne sait pas si Dick ne paie notre tête, probable, s'il tourne en ridicule la paranoïa moderne ou s'il croie vraiment en son histoire ; la réponse n'est pas si évidente.

Dick est à la fois un mystificateur et un rêveur qui essaie d'ouvrir le lecteur à d'autres mondes caché derrière le « simple » réel...

Dans « Roug », une des premières nouvelles de l'auteur où il s'affranchit de la tutelle van-vogtienne, on ne sait pas si les « aliens » qui viennent chaque jour voler les déchets des habitants d'une zone pavillonnaire ripolinée et triste à mourir sont simplement des éboueurs qui perturbent quotidiennement le vieux chien héros de l'histoire, ou le canidé a vraiment du flair et alors la banalité prend des aspects terrifiants.

Dans « la planète impossible », une des meilleures du recueil à mon sens, émouvante, dérisoire et désespérée sur la nature humaine souvent bien décevante, il raconte l'histoire d'une vieille dame qui est née sur terre qui veut revenir y mourir trois-cent cinquante ans après sa naissance en nageant une dernière fois dans l'Océan, mais le hic est que tout le monde croit que la Terre, la planète d'origine des hommes qui vivent maintenant dans toute la galaxie, est une légende pour enfants, un conte de bonnes femmes. Des astronautes la déposent sur un astre presque mort pour la mystifier et la contenter, troisième planète après un soleil minable, et réalisent quand même son souhait sans le savoir, l'un d'eux ramassant une pièce de monnaie étrange à la fin du récit...

L'auteur se demande également ce qui se passerait si un livre était relié avec la peau d'un animal méprisé par les terriens, à mi-chemin entre le porc et la vahce, et immortel, le wub à première vue simple ruminant ayant la particularité d'être immortel et de se régénérer ce qui économise en frais d'élevage, wub qui en profite alors pour réécrire les grands classiques des hommes et leurs livres saints, révélant au passage une bonne part de leur hypocrisie.

Cet énième recueil de nouvelles de Dick, l'auteur de SF le plus adapté au cinéma, le plus trahi aussi, joue sur un mélange d'inédits et d'histoires déjà lues dans la collection « Présence du Futur » de Denoël notamment ou en « 10.18 ». L'amateur de littérature dite de genre, romans noirs ou de SF, se sent à chaque fois coupable bien évidemment, mais le désir d'explorer l'univers d'un auteur passionnant tout simplement le pousse à se laisser aller avoir par la logique commerciale, en l'occurrence moi ami lecteur, parce que aussi la littérature est de l'ordre de la respiration pour ceux qui l'aiment vraiment. 

en photo l'auteur de l'article se la jour "cyberpunk"


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