Marie Ginet | Une scie contre les barreaux

Publié le 29 avril 2014 par Angèle Paoli
« Poésie d’un jour

MARIE-MADELEINE

UNE SCIE CONTRE LES BARREAUX

Quelque fois un ange squelettique
me volubile heurté
sa traversée de l’enfer
ensemble
rires et guérilla
nous parvenons presque à lobotomiser la laideur
une scie contre les barreaux du monde

Des passants quelquefois
venus de pays lointains
montagnes aux noms imprononçables
leurs manteaux de laine sentent la sueur et la neige
ils ont des graines au fond des poches
et la pensée tenace d’une terre à venir

Quelquefois je m’assois près d’un vieil homme
qui regarde les hirondelles dans le ciel virginal
il pose sa main tâchée sur la mienne
et la lumière coule entre nous comme une larme

Nous n’avons connu
ni berceau
ni cachot jaloux
ni alliance
que le goût de la liberté
qui grandissait dans nos murmures

Je sais que tremblera
intacte et juvénile
jusqu’au dernier instant
son étrange révolte qui ressemble à la soif
et jusqu’à son dernier battement
mon cœur lui restera fidèle

Quelque fois il n’y a personne que la solitude
dont l’aile immaculée tournoie
le bourdonnement de l’été
l’ombre des figuiers dans le vent
les ramures qui dansent
l’écorce friable

Une adolescente se baigne à mes pieds
elle connaît les sources et le goût du silence

Tout ce qui respire
transpire et rayonne
tout ce qui s’agite
qui parle et qui danse
tout s’effacera

Il n’est pas de prière au-delà des eaux
et rien ne m’exauce que la création
fébrile présence pénétrant l’instant
comète aux dents de lumière
charge de plaisir au rebours des nuits

Marie Ginet, Pulsation, Éditions L’agitée, 2014, pp. 56-57-58. Préface de Dominique Sampiero.





MARIE GINET

Source

■ Marie Ginet
sur Terres de femmes

Invasion de nuages (+ notice bio-bibliographique)
→ (dans l’anthologie poétique Terres de femmes) Plus vaste que nous




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