Poussières de Flair

Publié le 26 mai 2014 par Hunterjones

La vie peut être tellement belle.
Jolie je veux dire, désirable, stimulante.
L'été a pointé en plein printemps récemment. Les femmes en ont profité pour se déshabiller. Rendant la plupart des mâles pseudo-dégénérés. Habités par des élans de désirs impromptus.
Moi le premier.
 Un matin, en me rendant au "punch" dans l'entrepôt, j'ai marché mon 7 minutes habituel entre 3h44 et 3h51 derrière Elo Finkelberg, une jeune fille de l'entrepôt, obsédée par l'entretien de son corps. Mes yeux zonant sur son postérieur droit devant. Si vous saviez  mesdames, comme l'esprit d'un homme peut faire du millage sur pas grand-chose. Elle se jouait dans les cheveux rouges en se retournant de temps à autre afin de s'assurer que son opération d'hypnotisme fonctionnait bien. Facile, n'importe quel mâle piégé dans le premier deux heures d'éveil est une proie facile.
À cette heure matinale, la radio est tout simplement sensationnelle. Pendant qu'on charge/décharge/entrepose de l'alcool, la musique sévit dans l'entrepôt. Et le 94, 3 offre la meilleure musique au monde entre 4 et 5h30. Sans publicité et sans animateurs, donc sans marde. Et on entend des bijoux. Des fois des morceaux oubliés. Des morceaux jouissifs. Qu'on entendrait jamais de jour. Des fois des morceaux qu'on avait plus ou moins aimé par le passé mais qui, par la nature de ce que nous faisons dans l'entrepôt, deviennent inspirants.
Des fois aussi, des morceaux entendus 1 000 000 000 de fois, mais qui soudainement nous rappellent que la musique peut être aussi grande que le ciel ou la mer.
Page a beau avoir copié Spirit, quand il s'élance vers 5:55, et que Jones et Bonham offrent une déboulade sonore récurrente pour que le tout tienne (parce que Page, tel que vu et entendu dans The Song Remains the Same pouvait devenir 100% cacophonique et arythmique, rendant les deux autres indispensables comme lien avec l'auditeur) les frissons montent. Puis Bonham annonce à 6:22, comme on cognerait à la porte de la molle radio d'aujourd'hui pour offrir un brin de souffle vers le futur (Does anybody remember laughter?), la chute de l'ange Plant, non pas avant de re-cogner à la porte comme on déboulerait les escaliers menant au paradis et l'orgasme est presque réèl...
"...Jones...?"
"Hein?, quoi?"
"C'est toi ou c'est le bruit d'une souris?"
"Hein? Quoi?"

"Ben j'sais pas j'ai comme entendu des petits sons...Huhuhuhu...andaswewindondowntheroad... que'que chose comme ça...fuck! on vient juste de faire venir l'exterminateur!"
Moi qui pensais que je chantais dans ma tête...
Puis, à la pause on lit sur Cannes et son festival de film. On lit sur Stéphane, qui séduit encore.
"Madame, tu me déconcentres" c'est aussi beau que les mots Avec Pas d'Casque. Stéphane séduit.
C'est con, y a des films comme ça, des gens, des sujets, que tu sais, tout simplement que c'est pour toi.
Certains appellent ça du flair. Certains m'ont aussi prêté ce flair avec les années. Des fois ça fonctionne, des fois pas.

Je ne connaissais du dernier film des frères Cohen que le sujet et les frères eux-mêmes. John Goodman et Carey Mulligan au générique. Justin Timberlake, fabuleusement utilisé aussi. Et l'univers de Bob Dylan qui s'agite dans mon corps depuis 1984 ou 1985. Je n'avais pas le temps de voir le film au Cinéma, mais pour une raison que seul le flair pourrait expliquer, je savais que si j'achetais le film, je serais enchanté.
Je ne me suis en rien trompé. J'ai écouté le film 4 fois depuis que je l'ai acheté. Jubilant à chaque réécoute.
Je le réécouterai c'est certain. Le film est un merveilleux voyage en terrain connu.

En Terrain Connu...tiens...le titre du second film de Stéphane Lafleur...
Gordon Willis est décédé le 18 mai dernier. C'était un fameux directeur photo. Celui des Parrains entre autres. Ce qui est bien avec ses gens que j'admire c'est qu'ils nous laissent du palpable en héritage. Qu'on peut revisiter de temps à autres. J'ai réécouté Manhattan de Woody Allen qu'il avait tourné. C'est fou ce que ce film m'a fait du bien.
Ça m'a réconcilié avec une vie parfois hostile qui m'avait refilé une conne grippe.
Puis, inspiré j'ai (ré)écouté Stardust Memories, le film suivant, en 1980, de Woody Allen, toujours tourné avec l'oeil de Gordon Willis. Encore plus brillamment par celui-ci que dans Manhattan. Dans une mise-en-scène Felliniesque, avec des tonnes de clins d'oeil au grand Federico et quelques autres à Ingmar.
Il y avait Jessica Harper, sosie de Frances O'Connor, que je trouve toutes deux adorables. Mais surtout ces gros plans en fin de film qui soulignent l'extrême beauté de Charlotte Rampling. Une série de gros plans se terminant sur Rampling se jouant dans les cheveux, geste féminin par excellence, et disant "How do I look?", horriblement consciente d'elle-même.
Le selfie 30 ans avant l'heure.
Belle, tu es extrêmement belle Charlotte.
Tu rivalises avec Françoise Hardy ou Helen Mirren à mes yeux dans ce plan.

La vie est belle parfois.
Grâce aux femmes qui la composent.
Stardust Memories est moitié rêve, moitié réalité.
En noir et blanc.
Tiens...
...comme le dernier film de Stéphane Lafleur...