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Le cinoche à Jules -The Insider

Publié le 04 juin 2014 par Jules

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Bien qu’appartenant à la même génération des cinéastes du nouvel Hollywood (les Coppola, Scorsese, De palma…) Michael Mann n’a réellement commencé sa carrière cinématographique que dans les années 80. Avant cela, il a patiemment créé un véritable empire télévisuel. Il a d’abord participé à la série Starsky et Hutch en tant que scénariste, puis a connu la consécration avec son feuilleton culte Miami Vice (Deux flics à Miami), une série pour laquelle il sera l’unique décisionnaire (des scénarios jusqu'à la couleur des gentes de la Ferrari de Don Johnson). C’est précisément là qu’il va expérimenter divers modes de narration et de mises en scènes qui lui serviront ensuite au cinéma. Tel un sportif avant la compétition, Mann se prépare. Et on ne sera pas déçu car, de Manhunter (première et meilleur adaptation du Dragon Rouge de Thomas Harris) à Public Ennemies avec Johnny Depp en 2009, Mann va construire une filmographique d’une grande cohérence, creusant, film après film les mêmes thématiques visuelles et narratives.

En effet, ses films traitent tous de personnages isolés en lutte contre une forme d’oppression et portés par une mise en scène toujours immersive (Mann cherche à plonger le spectateur dans l’action). Malgré la disparité des sujets abordés, chacune de ses œuvres s’inscrit dans un ensemble. En cela, il se rapproche d’un réalisateur comme Stanley Kubrick car, comme lui, il utilise le film de genre comme champ d’expérimentation. Il est ainsi passé du film d’aventure avec Le dernier des Mohicans au Biopic sportif avec Ali, mais le film policier reste bien sur un de ses genres de prédilection (Son fameux Heat sublime polar chorale, mais aussi Public Ennemies dans lequel Mann fait preuve d’une audace visuelle proprement démentielle). Mais The Insider qu’il réalise au début des années 2000 reste peut être sa plus grande réussite.

"Are you a businessman or a newsman ?!"

The insider ou Révélation (en Français) s’inspire d’un article paru dans Vanity Fair qui raconte l’histoire de Jeffrey Wigand, ex vice-président d’une des plus grosses compagnies de tabac aux Etats Unis. Par l’intermédiaire de l’émission de télévision 60 minutes et de son producteur Lowell Bergman, il va révéler l'un des plus gros scandales de santé publique de l’époque : l’ajout à la cigarette de substances entraînant la dépendance. Secret de polichinelle qui va pourtant faire trembler la chaine CBS sur ses bases. Datant du début des années 2000, The insider est un film un peu oublié aujourd’hui. C’est assez injuste car c’est une œuvre magistrale qu’il faut absolument avoir vu. Le film est décomposé en deux parties. La première nous raconte le chemin de croix de Wigand (magnifiquement campé par un Russell Crowe fiévreux) qui doit témoigner contre ses anciens patrons tout en sachant ce que cela implique. La deuxième partie, elle, se focalise sur le combat de Bergman (Pacino impeccable) pour diffuser l’émission malgré les pressions de la chaine CBS.

Filmé à hauteur d’homme (de nuque même) Mann s’empare de ce sujet passionnant et en fait un véritable thriller politique. Le spectateur est, comme le personnage joué par Crowe, mis sous pression constante. On en sort épuisé mais captivé, autant par les performances d’acteurs que par le découpage ultra efficace d’un Michael Mann au sommet. Il a, de plus, l’intuition géniale de confier la musique du film à l’ex chanteuse du groupe Dead Can Dance, Liza Gerrard, amorçant ainsi pour elle le début d’une longue collaboration avec le cinéma*. En plus de son sujet brûlant, The insider est également une réflexion passionnante sur l’héroïsme. Cette fois, le personnage joué par Al Pacino devra faire plus que d’interviewer des djihadistes (incroyable scène d’introduction). Il devra à son tour prendre le risque de sacrifier quelque chose pour réaliser le véritable courage dont a fait preuve Wigand. Car au final, faire triompher la vérité est moins important que la nécessité de rester un homme intègre**. En cela c’est un film profondément humain qui questionne au fond notre propre moralité. Avons-nous réellement le courage de nos opinions ? Mann nous emporte dans un tourbillon d’émotions qui reste longtemps en nous une fois le film achevé. Un grand film !

*Un style de Bande Originale qui deviendra une marque de fabrique et qui sera copié jusqu'à la nausée dans une bonne partie des blockbusters de la décennie.

**Le regard de la fille de Wigand à son père à la fin du film comme suprême récompense.


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