Le québécois Norman Baillargeon nous fait partager son analyse et sa vision du monde et de la société. Bien que l’ensemble des textes concerne le territoire Nord-américain, son pamphlet reste tout aussi valable pour nos pays européens. Il nous incite à regarder d’un oeil critique la société d’aujourd’hui et à être plus que vigilants et surtout il nous aide à démonter toutes les idéologies pourries, la propagande qui nous plombent le cerveau et la vie quotidienne.
Il commence par dénoncer les intellectuels, qui au lieu de rechercher la vérité, profitent de leur position de privilégiés tout en s’asservissant au pouvoir. De plus ils emploient un langage obscur destiné à repousser le commun des mortels afin que seuls les initiés pourront appréhender. La science aux scientifiques !
Puis il dénonce les médias organes de propagande, qui manipulent les masses populaires au nom d’intérêts privés et du pouvoir et qui ainsi contrôlent l’opinion publique. J’ai beaucoup aimé l’appellation de « la boîte à crétiniser » pour désigner la télé.
Je n’entrerais pas plus en détail sur son chapitre extrêmement intéressant concernant l’anarchisme, je vous invite à lire son article à ce sujet publié précédemment. Simplement une chose, ne confondons pas libertariens (les anarcho-capitalistes) et libertaires (anarchistes). Très schématiquement, les libertariens prônent la liberté absolue des individus de faire ce qu'ils veulent de leur personne et de leur propriété, avec pour conséquence qu'ils n'empiètent pas sur cette même liberté des autres. Mais le concept reste assez flou dans ses applications et tend à retomber très vite dans les travers du capitalisme dès qu’on aborde le thème du marché. Et les libertaires, eux, désignent les théories et les pratiques basées sur une liberté individuelle absolue, sans limitation dans les domaines socialo-moraux-économico-politique. Ils prônent non seulement la liberté, mais aussi l'égalité totale de condition entre les citoyens. Leur modèle économique est centré sur l'autogestion, c'est-à-dire le contrôle à la base des moyens de production par les travailleurs, sans propriétaire ni hiérarchie. Selon Sébastien Faure « Être libertaire, c'est ne vouloir être ni maître, ni esclave, ni chef qui commande, ni soldat qui obéit ; c'est tenir en égale horreur l'Autorité qu'on exerce et celle qu'on supporte ; c'est n'accepter aucune violence et n'en pratiquer soi-même sur personne. »
Pour ce qui est de la violence, Norman Baillargeon concède à la légitime défense, au désespoir le droit de s’exprimer. Kropotkine « Il y a aussi une limite à la patience humaine. Les hommes sont réduits au désespoir, si bien qu'ils commettent des actes désespérés. [...] Nous pouvons dire que la vengeance n'est pas un but en soi. Elle n'en est certainement pas un. Mais elle est humaine et toutes les révoltes ont eu et auront longtemps encore ce caractère. En fait, nous qui n'avons pas souffert des persécutions comme eux, les ouvriers, en souffrent ; nous qui, dans nos maisons, nous mettons à l'abri des cris et de la vue de la souffrance humaine, nous ne pouvons pas juger ceux qui vivent au milieu de tout cet enfer de souffrances. [...] »
Norman aborde différents thèmes tels l’éducation (vous verrez comme l’éducation finit par devenir une arme pour le commerce et formate nos têtes blondes afin qu’elles deviennent des moutons dociles, parfaits consommateurs et ayant tous une pensée unique), l’économie politique, les impôts, et termine par nous aiguiller sur l’idée qu’une autre économie est possible, qu’il est temps de s’y ouvrir.
De nombreuses références émaillent le livre le rendant fort bien documentés et agréable à lire.
Son recueil de textes gratuit en ligne :
http://classiques.uqac.ca/contemporains/baillargeon_normand/chiens_ont_soif/les_chiens_ont_soif.pdf
Son blog: http://voir.ca/normand-baillargeon/

