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UKRAINE. Guerre du Donbass: la guerre vue de Moscou par ceux qui combattent Kiev

Publié le 13 décembre 2014 par Menye Alain

alexPar Alexandre Sivov

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Depuis le mois du mai, les Brigades Internationales, aile militaire du parti russe l’«Autre Russie» (de gauche) – parti non-enregistré par le pouvoir russe mais bel et bien existant – a envoyé au front du Donbass plus de mille personnes. Leur bureau, espace sans fenêtres muni d’une porte blindé se trouve au sous-sol d’un bâtiment – ça coûte moins cher. Là, se trouve aussi l’entrepôt pour la logistique et la nourriture prêtes à être envoyées au Donbass. Il y a une petite cuisine et même un abri de nuit servant d’hébergement pour les camarades venus de loin, qui font une escale à Moscou avant de partir au Donbass ou ailleurs. Ici, en sous-sol, la vie est présente 24 heures sur 24. 

En Russie, il existe encore un autre réseau non-gouvernemental  d’enrôlement des volontaires au front, cette foi-ci, des élements issus de la droite. Ce sont des nationalistes russes. Il s’agit du réseau lié à Alexandre Zhuchkovsky, fondateur  de l’excellente source d’information sur la situation en temps réel au Donbass, hébergé par le réseau social russe «V Kontakte». 

Le responsable des Brigades à Moscou, qui s’appelle Artyom, m’a raconté ceci :

Un tiers des volontaires envoyés par les Brigades sont les membres du notre parti. Ce qui ne sont pas nos partisans, me contactent. Parfois se sont des  femmes – les médecins et les infirmières. Ils rappellent sur mon téléphone [il me le montre – A. S.] et j’apprécie, en tant que possible, leurs qualités. Si il (elle) est mentalement normal  – et pour la plupart c’est le cas –  j’explique les conditions et qu’est-ce qu’il faut prendre avec soi. Puis je propose de remplir notre formulaire à sur Internet , puis de l’envoyer par e-mail et attendre les instructions qui suivent. Si il (elle) n’a pas Internet, ce qui peut parfois tromper les gens âgés  (plus de 40 ans), j’envoie un SMS avec le numéro de notre camarade qui habite la ville frontalière russe de Chakhty, qui va le (la) rencontrer pour l’aiderà traverser la frontière du Donbass.

Une fois sur place, les responsables de l’armée du Donbass font le triage des volontaires, en relation avec leurs professions, militaires ou civiles. Pour la plupart, ils deviennent des combattants, mais parfois des médecins, des chauffeurs etc. Si quelqu’un venu d’ailleurs veux combattre au front juste dans les contingents de notre parti, dans la plupart des cas, les responsables acceptent cela. Un brin de chic : on peut devenir membre du parti directement au front.    

Les gens viennent des Républiques de l’ex URSS, mais j’ai aussi acheminé des Serbes, des Français, et même un Turc d’origine russe d’antan, s’exprimant avec un fort accent. Un Hongrois a habité dans notre office en sous-sol  pendant trois nuits, avant de partir directement dans  notre voiture transportant la logistique au front.

  

A Moscou, le parti organise chaque jour dans les rues de la capitale russe, une collecte de fonds qui sert à approvisionner les troupes. Tous les donateurs reçoivent un feuillet comprenant un petit texte, le téléphone, l’e-mail et les numéros des comptes bancaires pour le transfert d’argent de la Russie et du monde entier. Les relations des représentants des Brigades avec les policiers de Moscou sont bonnes. Les rapports avec le pouvoir de Moscou sont variables, parfois suspectes envers l’«Autre Russie». Mais, pour le moment, les rapports sont plutôt corrects et paisibles – les fonctionnaires n’empêchent pas d’organiser l’aide pour le Donbass.  

Le 1 décembre dernier, l’organisation moscovite l’«Autre Russie» a fêté le 20e anniversaire de sa fondation. Les cérémonies se sont déroulées dans un cadre très modeste, avec quelques 30 à 40 personnes. La plupart des militants est au front du Donbass, même l’attaché de presse du parti Alexandre Averine . Il y a eu une petite allocution de Limonov, qui a déclaré, entre autres :

Ce n’est pas nous qui avons admis la politique de Poutine. C’est Poutine qui a admis notre ligne politique extérieure, bien que,  de façon pas encore assez résolu. Je rappelle que l’Ukraine m’a déporté de Crimée en 1994, m’empêchant de revenir à Kharkov où habitaient mes parents. C’est notre parti qui a organisé la protestation spectaculaire de 1999 à Sébastopol sous le slogan «Sébastopol, la ville russe». S’ensuivit, l’arrestation par le pouvoir ukrainien et l’emprisonnement  d’un grand nombre de nos activistes. C’était à l’époque, la première manifestation de ce genre…

Alexandre Sivov


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