Magazine Humeur

Le Billet Amer #9

Publié le 05 février 2015 par Observatoiredumensonge

Ce qui ne veut pas dire que nous approuvons.

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   Le Billet Amer #9  

Par L’Aigre Doux

Ça n’a pas tardé…Les premières déclarations du nouveau gouvernement grec ont plombé la place boursière d’Athènes en chute vertigineuse. Un mouvement qui devrait s’accentuer dans les jours à venir. Le parti d’extrême gauche, vainqueur des élections législatives, se positionne dans sa logique idéologique. Il n’en reste pas moins surprenant par ailleurs. Ainsi cette proximité pour le moins curieuse avec la Russie de Vladimir Poutine, difficilement explicable seulement par la communauté de rite religieux, le christianisme orthodoxe, qui prévaut dans les deux pays. Un soutien appuyé apporté par Alexis Tsipras, au nom d’une solidarité dans la lutte conte les « fascistes de Kiev »qui doit certainement être une des revendications pressantes des chômeurs grecs.

De même, le contrat de gouvernement passé avec le Mouvement des Grecs indépendants, solidement situé à droite de l’échiquier politique, au nom d’une commune europhobie, laisse perplexe. D’autant plus que le Premier Ministre devra et très rapidement tenter de convaincre les partenaires européens de continuer à faire crédit à la Grèce tout en dénonçant les accords passés. Vaste et périlleux chantier alors que ses alliés inattendus prônent en effet sans nuance, la sortie de l’euro et de l’Europe.

Toutes ces incohérences sont caractéristiques de ces alliances de circonstance qui mêlent sans distinction, dans un ensemble de bric et de broc, des ralliés de tous horizons n’ayant comme lien conjoncturel que le rejet d’une politique, de ceux qui l’assument et le ras-le-bol de ses conséquences sur la vie des citoyens. Par son talent et son charisme, le leader de Syriza a su polariser les rancœurs, les humiliations, les souffrances d’un peuple, malmené depuis des années par les rigueurs d’une rude austérité, sanction du laxisme, de l’incompétence et de l’irresponsabilité des gouvernements grecs, de droite comme de gauche, sévissant depuis plus d’une décennie avec la complicité coupables des instances européennes.

L’Histoire tragique nous rappelle que souvent les mêmes causes produisent certains effets, pas toujours identiques mais presque toujours catastrophiques. L’Allemagne de l’après Première Guerre mondiale en est le plus sinistre exemple. Et que dire de la France des années 2000 ?

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Le bilan est accablant : trois millions et demi de chômeurs, chiffre officiel, probablement plus de 5 millions dans la réalité, deux cent mille supplémentaires en 2014 et six cent mille au total depuis l’arrivée de François Hollande à l’Elysée. Et nos frontières passoires laissent entrer plus de 200.000 immigrés chaque année, méthode ubuesque de lutte contre le chômage et les déficits sociaux. Comprenne qui pourra…

Après l’euphorie post attentats des sondages, la réalité du terrain plus rude que jamais devrait rapidement ramener le jugement des Français à plus de lucidité dans leur appréciation de l’action gouvernementale.

En matière économique comme dans la guerre intérieure contre les islamistes, les socialistes ont tout faux. Entravés par une idéologie archaïque dont les plus lucides d’entre eux n’arrivent pas à se désengluer, ils continuent à affronter les difficultés en niant leurs causes et en plaçant tous leurs espoirs dans la magie du verbe qui leur a permis, à l’issue d’une campagne présidentielle irréaliste et mensongère, de rallier une majorité d’électeurs.

La loi Macron , annoncée comme le tournant du quinquennat, n’est en définitive qu’une infime goutte d’eau dans l’océan des réformes indispensables à la remise en mouvement du grand corps malade qu’est devenu notre pays. De même, les mesures dégoulinantes d’angélisme et nappées de bons sentiments annoncées pour combattre un terrorisme islamique caractérisé par sa barbarie extrême ne sont pas, loin de là, à la hauteur du violent défi existentiel lancé à la France. Les compromis, les atermoiements, les doutes, les remises en cause permanentes n’ont jamais constitué des armes décisives pour gagner des guerres, qu’elles soient menées sur le front économique pour nous sortir de la crise ou civilisationnel pour assurer la survie de notre mode de vie et de nos valeurs.

L’émotion, indispensable dans les circonstances graves que traverse une Nation, est par essence, éphémère. On ne peut rien construire de durable sur cette communion populaire si les réponses apportées aux tragiques et persistants traumatismes subis par notre corps social s’avèrent, comme par le passé, totalement inadaptées à l’ampleur des périls encourus. Rien dans les analyses gouvernementales de ces derniers jours ne plaide en faveur d’une véritable prise de conscience. Les opérations de police qui se déroulent actuellement à Lunel, petite ville provinciale devenue comme beaucoup d’autres une place-forte djihadiste, sont la consternante illustration de l’étendue des dégâts.

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Les socialistes vont probablement remporter l’élection législative partielle dans le Doubs, la première après 13 échecs consécutifs, en profitant peu ou prou, de cette fameuse union républicaine grouillante d’arrière-pensée et d’hypocrisie. De quoi redonner, pour la première fois depuis bientôt trois ans, un regain d’espoir aux forces de gauche tellement malmenées par une conjoncture dont, à longueur de discours, la réalité avait été niée par leurs porte-paroles. François Hollande voit s’ouvrir devant lui une opportunité portée par les sondages, qu’il ne pouvait même pas imaginer en songe tellement le bilan de sa présidence était calamiteux.

Ce retournement improbable il y a quelques semaines encore rappelle à tous les acteurs de ce psychodrame permanent que la politique est tout le contraire d’une science exacte. S’adressant à la nature humaine, elle demeure fondamentalement soumise à tous ses caprices, ses émotions, ses coups d’éclat et ses coups de cœur. Cent discours feront moins pour la défense d’une cause qu’une seule phrase sachant capter cette sensibilité profonde commune capable de faire bouger les peuples. La marche nationale après les attentats islamistes a rassemblé autant de citoyens de droite que de gauche. C’est pourtant sans contestation le Président de la République qui en a seul tiré tout le profit étant en cette circonstance particulièrement dramatique ce que seule la formule anglo-saxonne « The right man in the right place » traduit exactement.

Toutes les grandes élections ont été gagnées sur un slogan concrétisant, selon l’époque et le contexte, les aspirations populaires : espoir, crainte, patriotisme, idéal, tantôt rassurant, tantôt exaltant, parfois pragmatique et quelquefois suggestif ou allusif. Depuis « la nouvelle frontière » de Kennedy au « Yes we can » de Obama, en passant par « Regarder la France au fond des yeux » de Giscard et « la force tranquille de Mitterrand », sans oublier « la fracture sociale » de Chirac ou « le changement c’est maintenant » de Hollande. Autant de messages subliminaux de génie tout de suite tombés dans l’oubli, une fois les flonflons de la fête électorale éteints.

Confirmation que les êtres humains ont un besoin vital de leur part de rêve, sachant au fond d’eux-mêmes qu’ils se réalisent rarement. La preuve : ils sont à chaque élection de nouveau disponibles pour suivre en rangs serrés le joueur de flûte.

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Piégée… une fois de plus la Droite se trouve en position d’échec. Après avoir été contrainte par la nécessité nationale engendrée par les événements dramatiques du mois de janvier de faire du suivisme unitaire sur lequel François Hollande reconstruit avec habilité son image, elle s’empêtre dans ses contradictions dérisoires qui donnent une piètre idée de son homogénéité. Dès qu’un de ses porte-paroles s’exprime, c’est pour donner un point de vue divergent de celui qui l’a précédé. Si ce courant de pensée, aujourd’hui encore malgré l’effet post- attentats largement majoritaire dans le pays, est incapable de trouver une position commune dans une simple élection législative partielle qui a mobilisé 30% de l’électorat, qu’en sera-t-il pour les affaires d’Etat, le jour de l’alternance ?

La débandade est pitoyable. L’incapacité à trancher en responsabilité et unanimement cette question piège du front républicain mine la crédibilité de ces partis de gouvernement et fait de notre démocratie, comme d’ailleurs de cette fameuse liberté d’expression tellement invoquée, une étrange construction intellectuelle à géométrie variable.

Si front républicain il faut c’est que la démocratie est en danger. Si c’est le cas, qui est l’agresseur? Et si l’ennemi est identifié il faut l’empêcher de nuire et édicter des lois et des règlements lui interdisant l’accès aux joutes électorales. On imagine mal qu’un parti djihadiste, ennemi déclaré des libertés, puisse prétendre se présenter à une élection.

Ce débat, ouvert depuis des décennies, n’a jamais été tranché. François Mitterrand, pour des raisons tactiques, avait donné droit de cité au Front National en 1986 en instaurant le scrutin proportionnel. Une trentaine de députés du mouvement de Jean-Marie Le Pen avaient été élus. La démocratie n’en est pas morte. De même, François Hollande a reçu la présidente du Front National à l’Elysée après les attentats islamistes. Les dogmes républicains n’ont pas eu à en pâtir.

Mais là n’est pas le fond du problème soulevé par le 2° tour de cette élection partielle : front républicain, ni-ni ou front national, chaque option n’appartient finalement qu’à l’électeur face à sa conscience civique, politique et morale. Dans cette cacophonie ambiante, le plus inquiétant réside dans l’incapacité chronique des responsables de droite à définir une position commune sur un cas de figure déjà ancien, qui va croitre et se multiplier lors des scrutins futurs. Et ça, c’est finalement pour la démocratie le risque le plus réel, les citoyens déboussolés devenant disponibles pour toutes les aventures. Ce qui se passe dans certains pays européens en est l’illustration concrète.

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La messe est dite. Si l’on ose encore s’exprimer ainsi en ces temps de laïcité sourcilleuse. Ce sera donc le fameux « ni-ni », décision votée aux forceps par le bureau politique de l’UMP. Ce qui ne va pas arranger les choses et surtout n’atténuera pas le désarroi de l’électeur UMP de la circonscription du Doubs. Cette formule imagée permettant de justifier l’inaction fut illustrée en son temps par François Mitterrand, Président de la République, au moment de son grand virage économique en 1983, après deux ans d’aberrations dans la conduite des affaires du pays. « Ni nationalisation, ni privatisation », manière de mettre un terme au lourd débat idéologique qui avait plombé les débuts de la première expérience du pouvoir par les socialistes sous la V° République.

Inutile de souligner que cette non-décision, adoptée à peu de voix d’écart contre la volonté du Président de l’UMP qui souhaitait pour sa part laisser la liberté de vote, ne va pas contribuer à clarifier la situation à l’intérieur d’un mouvement où les écuries pour la course à la présidentielle se mettent déjà en place.

Etrange scénario où le champion que les deux partis de gouvernement désigneront au terme de chaque primaire n’aura comme ambition que la deuxième place de la joute initiale, synonyme de victoire au second tour sur la candidate du Front National, donnée largement en tête au 1° tour. D’où l’importance pour toutes les parties concernées des résultats de cette élection partielle qui renferme à échelle réduite toutes les données du problème. Notamment l’efficacité de ce front républicain plus ou moins souhaité de part et d’autre et qui marque des lignes de fracture importantes dans les deux camps.

Quant à l’esprit de la démocratie rudement mis à l’épreuve par ces consignes de vote, il enregistre un recul significatif, l’électeur étant par définition libre de son choix. Qu’un parti lui demande de voter pour son représentant, quoi de plus normal. Mais qu’il suggère de porter son suffrage sur le candidat d’un mouvement dont il n’approuve pas le programme politique parait plus contestable.

Gageons que le citoyen de la circonscription du Doubs tiendra peu compte des recommandations des uns et des adjurations des autres. En son âme et conscience… Ce serait sinon douter du libre arbitre de chacun.

L’Aigre Doux

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*** Attention ce texte est une TRIBUNE LIBRE qui n’engage que son auteur ***

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