Dans le cadre de notre série Budget personnel, nous avons décidé d’interroger des professionnels et des étudiants, tous franciliens, pour qu’ils nous parlent de leur budget et de la façon dont ils le gèrent au quotidien. Un dévoilement sans tabou, où chacun nous fait part de ses espoirs, de ses difficultés, de ses petites leçons de vie aussi.
Mickaël a 24 ans. Depuis 2011, il vit à Boullay-les-Troux, une commune de l’Essonne réputée pour son art de vivre. Mais ce n’est pas la raison pour laquelle Mickaël l’a élue : avec 1347€, il peinait à boucler ses fins de mois dans le Val-de-Marne. En effet, recruteur djihadiste depuis un an, il n’est pas rémunéré à la hauteur qu’il espérait.« Je touche entre 1340 et 1350€ par mois, c’est variable, mais bon, je ne leur en veux pas, c’est vrai que c’est difficile de gérer tout ce monde. Et puis je dois dire que je n’ai pas compris grand-chose au contrat, il était rédigé en caractères coufiques. »Mickaël travaille pour l’Etat islamique, alias Daech, depuis juin 2014 ; c’est du moins ce qu’il suppose, car son intermédiaire, un revendeur de chaussures de sport basé à Courcouronnes, n’a pas voulu lui donner beaucoup de détails concrets. « Confidentialité, qu’il a dit. Bon, moi, de toute façon, je m’en fous ; vu ce que je fais au quotidien c’est sûr que je ne bosse pas pour Israël ! » (rire discret)
Pour exercer cette activité contraignante, Mickaël s’est largement formé tout seul, en traînant sur Internet ; mais il est aussi diplômé : une licence de biologie de la fac de Rennes, pour laquelle il lui manque encore quelques crédits. « Trop prenant, je n’avais pas le temps de finir. Mais c’est une formation qui m’a beaucoup apporté : le sens du collectif, de la rigueur… Je crois que mes employeurs ne se rendent pas compte que j’ai un diplôme universitaire ! Parfois j’ai l’impression que mes missions sont en-deçà de mes compétences. »La rémunération de Mickaël dépend de critères assez flous. Elle n’est pas indexée sur le nombre d’heures passées devant l’écran, ni sur la pénibilité de ses tâches, et encore moins sur le niveau de vie dans l’Essonne, tient-il à nous signaler. « On voit bien que les types sont au Moyen-Orient ! Ils n’ont aucune conscience des réalités. » Mickaël pense que les salaires chez Daech dépendent du niveau hiérarchique de l’employé. Mais il a du mal à se savoir où se situer : aucune grille indiciaire ne circule. « Il y a encore beaucoup de choses à améliorer. »Il touche ainsi en moyenne 1347€, plus des tickets-restaurant, qui lui sont remis par l’Etripeur, pour un montant de 82,50€ ; comme il préfère manger à la maison, il les revend à ses amis et arrondit un peu ses fins de mois. Examinons un peu son budget.
« J’habite un deux-pièces qui, avec les APL, me revient à 460€ par mois. Ça n’est rien du tout comparé à ce que je payais à Alfortville, mais ça reste un budget… Surtout que je ne suis pas chez moi ! J’ai toujours rêvé d’accéder à la propriété, d’ailleurs dans ma famille ils commencent à me mettre la pression pour que j’y pense. Mais il ne faut pas rêver. Même dans ce bled c’est hors de portée. Et mon statut de travailleur indépendant rend les choses très compliquées. »Il a par contre beaucoup rogné sur les dépenses de nourriture, en évitant les sorties au restaurant et les soirées sushi, dont il était pourtant très friand. Son travail lui laisse d’ailleurs peu de loisirs en soirée et il préfère se rabattre sur des sandwichs. « Il y a des super marques maintenant ! J’ai testé un nouveau modèle surimi-gingembre la semaine dernière. Quand j’en aurai marre de harceler des collégiennes sur Facebook je lancerai une boîte d’export vers l’Irak ! Le surimi hallal, je suis sûr que ça peut marcher. »De la même manière, il a limité les déplacements, car les pleins lui revenaient trop cher. Il s’est même mis récemment au covoiturage, et s’en montre ravi. « J’ai pu rencontrer des gens sympas et leur parler de Bachar. Ils sont souvent très réceptifs. J’espère en profiter pour négocier une augmentation. Franchement, il n’y en a pas beaucoup qui s’impliquent autant que moi ! »