Magazine Journal intime

Le jeu de l'amour et du hasard

Publié le 03 juin 2008 par Mirabelle
Je pensais naître de lui. Je pensais n'être forte qu'en le sachant à mes côtés. Je me trompais. J'ai largement la force de faire ma route seule. J'ai largement la force de supporter l'idée qu'il fasse l'amour avec une autre, largement la force de savoir qu'il la présentera bientôt (si ce n'est déjà fait) à sa famille, à ses amis. J'ai largement la force de faire ma vie sans lui, de profiter de chaque minute, sans le pleurer. Je ne le pleure plus. Je ne le regrette plus. Ce que je regrette, c'est de n'avoir personne, aucun corps masculin contre lequel me blottir le soir avant de m'endormir. Oui, ça, ça me manque. Mais lui... Non. Je ne suis pas une victime.
Il m'a appris que l'amour est éphémère. Que de belles paroles peuvent se transformer en leur exact contraire, en l'espace d'une semaine. Il m'a appris que la vie est une succession de rencontres. De moments. On tombe sur quelqu'un, il nous plaît, on s'embrasse, on fait l'amour, plusieurs fois par jour et puis un peu moins souvent, au fil des jours et du quotidien. On s'emmène partout l'un l'autre, et nos amis savent tout d'elle ou de lui, il ou elle devient "mon coeur", "ma puce", on s'étreint, on s'interroge, on se dispute pour des conneries, on se bagarre, on dit qu'on y croit plus mais on y croit encore, dans le fond. On se le dit ou on n'ose pas le dire, on dit l'inverse pour l'emmerder et ne pas se montrer dépendante. Et puis on tombe sur la nouveauté. Toujours mieux que des années d'engueulades et de par coeur. Et tout recommence. Et tout ce qui s'est passé, avec lui ou elle, n'existe plus. Oui, au moins, il m'aura appris ça.
Ce n'est pas une leçon très agréable, c'est vrai. Cependant, il vaut mieux savoir, avant de s'engager dans une relation, que quand on nous dit "je t'aime", il ne faut pas entendre "toujours". Et que, quand bien même des "toujours" seraient prononcés, nous ne sommes, nous-mêmes, pas maîtres de ces "toujours". Qui peut prétendre demeurer fidèle, ne pas être ébloui par une rencontre ? Qui peut prétendre qu'il restera, pour le bonheur de quelqu'un, au détriment du sien ? Qui peut prétendre respecter assez quelqu'un pour ne faire preuve de lâcheté ? Qui peut combattre son égoisme naturel au point de résister à la tentation d'une histoire qui débute et pourrait mieux réussir que la précédente ?
La vie, c'est ça. Une succession d'histoires, différentes. Et j'avoue qu'il m'est difficile de l'admettre. Je n'aime pas l'idée du provisoire. Je n'aime pas l'idée que tout puisse se casser la gueule, tout le temps. Je n'aime pas l'idée du tout qui passe au rien. De l'amour absolu qui passe à l'indifférence. A la limite, je préfère la haine. Oui, devoir tirer sa révérence, sans un mot, parce que c'est comme ça, que c'est la vie et qu'il n'y a pas à contester, j'ai du mal à l'avaler. Ce que je ressens, pourtant, ce n'est plus de l'amour. C'est la constance des souvenirs, l'idéalisation d'instants précieux. Il n'est pas dans la nature des hommes d'être amoureux de la même personne pendant toute leur vie. Ou alors, c'est si rare ! On aspire tous à ça, bien sûr (quoi que...), mais on a, toujours, en toile de fond, la conscience que tout peut se terminer, là, maintenant, et que de toute façon, si ça se termine, eh bien, on s'en remettra, comme tout le monde. Voilà. J'ai appris ça. Je le savais, évidemment, en théorie, mais il y a un pas de géant entre la réalité imaginée et la réalité vécue.
Maintenant que je sais tout ça, je sais que j'aurai largement la force de continuer toute seule. C'est sans doute la leçon la plus douloureuse, mais la plus nécessaire, qu'il m'ait jamais inculquée. Je ne suis plus une petite fille. Il disait que je vivais dans mon monde. Grâce à lui, depuis plus d'une semaine, j'en suis sortie. J'ai les deux pieds bien ancrés dans la terre, la tête bien clouée sur mes épaules, et elle n'en bougera plus. Je n'irai pas jusqu'à le remercier, parce qu'il y avait, je crois, de multiples manières, bien plus élégantesn plus respectueuses que celle qu'il a choisie, de m'enseigner ça. Mais bon. C'est le résultat qui compte. Et le résultat, en l'occurence, c'est que je suis seule, libre, et que j'ai enfin compris que l'amour, c'est comme la vie. C'est comme traverser la rue, prendre l'avion, le train, le bus. On sait qu'on peut avoir un accident, que tout peut s'arrêter. Mais ce n'est pas ça qui nous empêche de monter, parce qu'on ne sait jamais, le voyage pourrait être fantastique, avec de superbes paysages...

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