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Petite histoire de cheveux crépus : jeune fille on avait toute plus ou moins peur du peigne et la douleur qu’on ressentait n’était pas franchement sympas…

Publié le 23 septembre 2015 par Clodia
Petite histoire de cheveux crépus : jeune fille on avait toute plus ou moins peur du peigne et la douleur qu’on ressentait n’était pas franchement sympas…

Dans une petite campagne antillaise souvent animée aux chants des Léwoz et des coups de tambour, on pouvait entendre une petite voix mélodieuse ou parfois, tel une bête que l'on égorge, une voix stridente raisonner dans tout le quartier. Elle s'appelait Francine, couleur marronne et souriante c'était une fillette ravissante. Elle avait de longs cheveux noirs dont sa mère, Marjorie, était très fière. Elle disait à tout son voisinage " Francine an mwen sèlman i ni bèl chivé ! " Néanmoins, Francine était trop sensible de la tête. Ses longues et belles nattes une fois défaites, ses cheveux emmêlés devenaient difficile à coiffer et des cris et pleures se mêlaient. Marjorie s'était habituée aux cris de sa fille mais ne comprenait pas cette crainte. Ni la douleur que ressentait sa fille quand elle la coiffait. La pauvre Francine courrait partout, telle une forcenée, trop effrayée par ces peignes aux dents serrées, arracheur de cheveux ! Avec le temps, lassée de la comédie, sa mère ne la coiffait quasiment plus. Sauf les jours où la famille devait sortir. Marjorie osait parfois lui présenter un peigne. Elle espérait que sa fille comprenne enfin qu'une jeune fille doit être élégante de la tête aux pieds. Parfois, le week-end venu, elle finissait en garderie chez sa tante Marianne le temps que sa mère revienne de ses sorties.

En période scolaire elle avait élaboré une parade qui lui permettait de ne plus se coiffer : elle se contentait simplement de se brosser les cheveux pour ôter les boulettes de matelas et à aucun moment elle ne réclamait l'assistance de sa mère qui, d'ailleurs, était toujours en retard le matin, trop occupée à préparer les jumeaux. Elle se réjouissait que sa mère ne songeait pas un seul instant á s'occuper de ses cheveux, les jours où c'était le carnage capillaire. Elle avait donc tout le temps les cheveux désordonnés rappelant des grosses nattes ou parfois des nattes collées. Immature et innocente dans ses actions, elle ne se rendait pas compte que son manque de soin capillaire pouvait susciter de grosses moquerie. Elle était devenue la risée de toute l'école. Ses camarades de classe dont la plupart étaient ses voisins, l'avaient rebaptisée " Francine chivé gréné ".

Entre la peur du peigne et la honte qu'elle éprouvait à chaque fois qu'elle allait à l'école, Francine faisait toujours le mauvais choix et sa mère commençait à être sujet des commérages : Ses voisins la traitaient de mauvaise mère alimentant ainsi les ragots, sans pour autant comprendre qu'elle soit un peu débordée avec ses enfants, seule à les éduquer tout en travaillant. Pour eux cela n'était pas une excuse et l'insulte devenait facile. Les Vendredi soir, place au Léwoz on pouvait alors entendre les " gens disent " et une petite fille chanter. Malgré elle, et toujours fière, Francine chantait et dansait, oubliant les moqueries, envoutée par le gros Ka.

Douleur et honte se mêlaient en Francine qui n'avait qu'une envie, courir chez sa mère. Les taties, en charges des enfants le midi avaient séparées les enfants en les emmenant à la cantine au bout de l'école mais Francine se cachait derrière un arbre pour pleurer, hors de la vue des Taties. Ils avaient Franchie la limite... Francine, face à elle-même, se blâmait mais espérait toutefois trouver une oreille compatissante...Quelqu'un qui pourrait lui trouver une solution.

Petite histoire de cheveux crépus : jeune fille on avait toute plus ou moins peur du peigne et la douleur qu’on ressentait n’était pas franchement sympas…

Rosette une amie qui avait tenté de calmer la foule moqueuse remarqua son absence et vint la retrouver.

− Pourquoi te caches-tu ? On t'attend pour déjeuner, demanda Rosette.

− Je n'aime pas qu'on m'appelle chivé gréné ... pleurait-elle. Moi, je ne me moque pas de leurs sandalettes, ni de leurs t-shirt à trou !

− Je sais. Ce sont des imbéciles. Il ne faut pas écouter leur moquerie. Moi j'aime bien ta coupe afro, j'aimerais bien avoir des cheveux qui donnent du volume comme les tiens. Il faut juste que tu les coiffes. Il y a Tatie qui te cherche. Allons à la cantine. Après je te débarrasserai de ces choses blanches.

−Promis ? demanda Francine, un peu plus calme grâce à la bienveillance de son amie. Elles essuyaient ses dernières larmes, et allaient en sautillant jusqu'à la cantine où une bonne odeur de repas gastronomique flottait. Francine retrouvait finalement le sourire devant la buche glacée et les bonbons de noël.

Après le déjeuner, Rosette avait tenue sa promesse et Francine pour la remercier décida de lui faire une belle coiffure. Elle aimait coiffer Rosette. Elle trouvait ses cheveux beaux et lisses. Son amie qui était indienne, avait souvent les cheveux lâchés ; était parfois coiffée de deux nattes, ce qui incitait Francine à s'improviser coiffeuse après le déjeuner. " Aie ! Maman va encore crier si tu me laisses encore des nœuds dans la tête. Alors fais attention ! " Expliquait Rosette à Francine, quand celle-ci lui tirait un peu fort sur une mèche. Complice, elle se prêtait au jeu même si elle sera obligée de donner des explications à sa mère.

−Moi, maman aime trop me tirer les cheveux et fait des nœuds exprès ! J'aimerais bien avoir tes cheveux, ils sont tout le temps lisses, facile à coiffer et on peut les lâcher. C'est fascinant ! Ma maman quand elle ne veut pas se coiffer elle met une perruque mais cela ne lui va pas du tout, quand je serai grande je me lisserais les cheveux comme tatie Véronique parce que mes cheveux me font trop mal.

− C'est pour ça que tu cris quand on te coiffe ? On t'entend dans tout le quartier. Tu le sais ? Maman, quand elle t'entend elle dit " sé ki timoun yo ka fouété kon-sa, mwen ka kriyé ladass non ? " Rosette imitait un peu trop sa mère et fini par lâcher " mè yo té di sé Francine ! Ah wi, jôdi la chivé ay gréné ça explique tout ! " Et éclatait de rire.

− Ce n'est pas bien de se moquer ! Méchante Rosette !

− Non je ne me moque pas de toi... mais si les gens t'appellent chivé gréné c'est parce que tu n'aimes pas te coiffer.

− Laisses-moi tranquille je ne veux plus te parler. Francine boudait, et finit l'après midi en classe sans émettre le moindre son. Ce jour qui devait annoncer les fêtes de Noël fut inoubliablement teintée de gris et le vent froid rendait ses yeux humides. Ce soir là personne ne l'entendit dans le quartier, recroquevillée dans son lit elle se refermait au monde.

Petite histoire de cheveux crépus : jeune fille on avait toute plus ou moins peur du peigne et la douleur qu’on ressentait n’était pas franchement sympas…

Son amie ne pouvait pas comprendre sa douleur, elle qui avait des cheveux lisses et doux où le peigne trace harmonieusement des sillons. Francine n'en pouvait plus de démêler ses cheveux avec des peignes aux dents serrés, des peignes afro, trop durs pour sa petite tête sensible. Un petit corps beaucoup trop fragile au point de sentir la douleur sous la plante des pieds. Francine avait développé une peur absolue du peigne, convaincue d'avoir atrocement mal. Qui pourrait comprendre ? Après tout, ce n'était pas une excuse pour ne pas se coiffer.

Certes elle avait de longs cheveux, mis en valeur avec une coiffure élaborée, mais trop épais, beaucoup trop crépus pour qu'au repos ils ne résistent au rétrécissement et ne se durcissent comme de la cire. Incapable alors pour le peigne de tracer en douceur des sillons sans être teintés de rouge.

Face à la grande incompréhension de sa famille et ses camarades, elle devrait affronter les moqueries sans aucune chance d'empathie. Dans le silence, Francine réfléchit et compris qu'elle devait changer. Affronter crainte et douleur pour gagner le respect de ses camarades. Mais le changement n'arriverait pas de sitôt. Toujours incapable sous la douleur, préférant hurler et se débattre lorsque, tenue trop serrée sous le poids du peigne, sa mère tentait encore de la coiffer après une énième tentative de fuite.

Un Dimanche matin, après avoir encore lutté contre le peigne, Francine fut abandonnée chez sa tante Marianne où elle devait attendre son retour. Comme d'habitude, elle alla jouer avec ses cousins dans les bois. Sa tante habitait le quartier mais sa maison était plus proche des bois.

Ces bois où ils avaient pour habitude de jouer étaient le grand terrain familial. A certains endroits, la construction était interdite à cause du marécage et des sources d'eau. Mais il y avait aussi d'autres terrains qui s'y mêlaient, ce qui formait une très grande forêt dont les bruits de bambou qui se frôlent laissaient penser aux cris de bête hors du commun. A l'orée du bois, il y avait des manguiers, des cocotiers, des goyaviers... Un garde-manger qui permettait à ses invités de passer toute la journée à s'amuser en buvant de l'eau de coco et en se remplissant le ventre des fruits de la nature. Francine avait l'habitude de jouer dans ces bois et connaissait donc les alentours si bien que son grand cousin, Yannick, ne s'inquiétait plus pour elle. Au même titre que ses cousins, Francine était une fille des bois.

Yannick, Anne, Sophie et Gaël s'étaient cachés dans les bois pour que Francine puisse les retrouver. Elle avait comptée lentement jusqu'à trente, le temps de trouver une cachette. Lorsqu'elle termina, il n'y avait plus de bruit. Le vent dans les arbres donnait juste le ton. Francine les cherchait un à un dans les lieux ordinaires, mais ils n'étaient pas présents. Elle descendit le long de la plaine espérant qu'ils avaient pris le bord du marécage comme cachette. Un regard dans les arbres au cas où Yannick s'y serait réfugié, mais rien. Francine s'enfonçait dans la forêt, certaine qu'ils s'étaient tous cachés là-bas.

− Où êtes-vous ? Gaël ! Anne ! Sophie ! Criait-elle mais sa voix retentit comme un écho. Ce n'est plus du jeu ! Je ne veux plus jouer ! Yannick ? Où es-tu ? Je veux rentrer à la maison !

Personne ne répondait. Francine commença à pleurer. Les bruits des bambous l'effrayaient, elle n'avait jamais osé demander ce que c'était et s'imaginait toujours que c'était des bêtes sorties tout droit du marécage prêt à la dévorer s'ils la trouvait. L'absence de ses cousins amplifiait sa peur, et comme tétanisé son esprit commençait à lui jouer des tours et Francine commençait a frissonner...

− Yannick ? Anne ? Où êtes-vous ? Je veux rentrer ! Essayait-elle encore une fois, convaincue qu'ils l'observaient cacher derrière un arbre ou une vieille feuille de tôle.

Elle finit par tomber et s'écorcha le genou sur une pierre : " Ouiille !!! " Pleurait-elle. Personne ne sortit de sa cachette pour la consoler, et la silhouette avait disparu. Francine commençait vraiment à avoir peur et paniquait. Recroquevillée à même le sol, elle pleurait, pleurait jusqu'à ce qu'on vienne la chercher.

Francine se leva en sursaut et chercha du regard mais ne vit personne. " Où te caches-tu ? " demandait-elle.

− Je suis ici... non pas là, plus haut ! dit cette voix.

− Mais je ne te vois toujours pas ! Pourquoi tu te caches, qui es-tu ?

− Je ne me cache pas, riait-elle. Je suis sur l'arbre. Regarde bien !

− Waouh ! fit Francine. Elle pouvait enfin la voir. Tu es une princesse ?

− Je suis Dame Nature.

Petite histoire de cheveux crépus : jeune fille on avait toute plus ou moins peur du peigne et la douleur qu’on ressentait n’était pas franchement sympas…

− Sais-tu qui je suis, ma petite enfant ?

− Dame Nature, m'as-tu dis.

− Oui... Mais ça veut dire quoi pour toi ?

− Que tu es une dame qui vit dans la nature.

− Si on veut. Mais je suis partout sur la terre. Comprends-tu ? Les arbres, les plantes, les fruits, les animaux, les rivières, les océans... Ils sont tous issus de moi, même ta maman. Je suis la Terre, la Nature. Et c'est Pourquoi je suis Dame Nature.

− Ma maman ? Tu es sa mère ?

− Non ti doudou, pas comme tu le penses, mais elle fait partie de moi et toi aussi tu fais partie de moi.

− Comment ça ?

− Quand ta maman était enceinte de toi, c'est moi qui t'ai donné ce beau visage, tes grands yeux et tes longs cheveux. Et j'ai fait pareil pour ta maman et ton papa. Les arbres aussi. Je choisis s'ils seront des manguiers, des pommes malacca ou des pommes maracuja, par exemple. Je décide si l'eau de coco sera sucrée ou gazeuse, comprends-tu ?

− Oui...Je comprends que c'est de ta faute si j'ai les cheveux trop durs à coiffer. A cause de toi, mes amies m'appellent Francine Chivé gréné parce que je ne veux pas me coiffer ! Répondit-elle en boudant.

− Ne te fâches pas ma petite jolie, tout à une raison d'exister. Tes cheveux sont épais et très jolis. Ils sont épais pour te protéger du soleil, et parfois même du froid. Ta chevelure est magnifique et te permet de faire de jolies nattes. Je ne donne pas pour faire mal. Je vais t'apprendre comment prendre soin de tes cheveux. Tes amies oublieront même que tes cheveux ont été un jour grainés. Moi aussi j'ai les mêmes cheveux que toi et regarde comme ils sont longs.

Elle défit sa coiffure et lui montra sa longue tignasse qui arrivait jusqu'à terre. " Tu veux apprendre comment les rendre plus faciles à coiffer ? "

− Oui ! répondit Francine. Elle regardait avec admiration la magnifique chevelure de Dame Nature. J'ai trop mal quand on me coiffe... Montres-moi s'il te plait, Dame Nature !

Elle prit Francine par la main et entra dans l'eau avec elle. Elles plongèrent et passèrent dans un tunnel souterrain pour ressortir dans une autre rivière. L'eau était chaude et cette rivière avait le gout d'eau de coco. Elles sortirent de l'eau et entrèrent dans un vaste jardin. Un jardin qui ne finissait pas où il y avait plusieurs variétés de fleurs, de plantes, d'arbres fruitiers. Il y avait seulement une petite case en bois au milieu de la rivière. " Où sommes-nous Dame Nature ? " s'inquiétait un peu Francine.

− Ne t'inquiète pas ma jolie. Ici c'est chez moi. Tu vois l'arbre là bas ? C'est un avocatier.

− Oui, j'en mange tous les jours à la maison.

− Avocatier, viens ! Ordonna Dame Nature.

L'arbre se déplaça. Francine fût surprise et effrayée á la fois. " J'ai peur, Madame !

− Mais il ne mange pas voyons. Regarde, il t'offre un avocat. Prends-le.

− Merci, Avocatier... et elle essuya une larme.

− Tu vois cet avocat, ma jolie, si tu l'écrases en purée et que tu le passes dans tes cheveux cela te permettra de faire à la fois un masque pour réparer les cheveux abimés mais il te permettra aussi de les démêler sans problème.

− Ah bon ? Je croyais qu'on ne faisait que le manger avec des ignames et des bananes vertes.

− C'est le secret de Dame Nature, sourit-elle. C'est bon pour le ventre mais aussi pour les cheveux. Mets-le dans ton panier.

Elle lui tendit un panier tressé avec des feuilles de cocotier.

− Je peux avoir un autre avocat pour ma maman ?

− Bien sûr. Avocatier, donnes- lui de tes bons fruits ".

L'avocatier obéit et donna trois gros avocats à Francine.

− Tu aimes l'eau de coco, pas vrai ? Sourit Dame Nature.

− Oui c'est très bon, j'aime manger la chaire aussi.

− Les cocos sont très bons pour les cheveux. Quand un coco est sec, on peut extraire son huile.

− Mais comment fait-t-on ?

− Avec du coco râpé et de l'eau dans une marmite que l'on va mettre à bouillir jusqu'à ce qu'il lâche son huile. C'est vrai que tu ne peux pas le faire toute seule mais ne t'inquiète pas je t'en donnerai ! Il y a aussi de l'huile de carapate, on en trouve partout, en as-tu déjà vu ?

− Non je ne connais pas, c'est quoi ?

− Viens, suis moi.

Elles rentrèrent au fond du jardin. Il y avait un champ de carapate à côté des gombos. Sur une feuille de bananier séchaient des graines de carapate, elle prit un tas et lui montra une graine sèche qui ressemblait à une puce. " C'est ça le carapate, c'est très bon pour les cheveux ", confia Dame Nature.

− Ah oui, je vois. Ma tante Marianne en a devant chez elle. Mes cousins me font croire que ce sont des puces qui poussent.

− Grace à moi, maintenant, tu sais que ce sont de simples graines. Je te donnerai de l'huile de ces graines avant de partir. Maintenant, il faut que je te coiffe.

− Pourquoi ? demanda-t-elle. Je ne veux pas qu'on me coiffe. J'ai trop mal quand on me coiffe. S'il vous plait, Madame... Et elle commença à pleurer.

− Ma petite jolie, si tu ne te coiffes pas, tes cheveux deviendront encore plus durs. Regardes, pour l'instant tes cheveux sont mouillés. On va commencer par faire le masque à l'avocat, tu verras tu n'auras pas mal. Fais-moi confiance. D'accord ?

− D'accord... Je veux bien les éplucher dit Francine curieuse de voir si ça marchait vraiment.

Elle alla prendre un avocat dans son panier. Mais Dame Nature en fit apparaitre deux gros avocats bien mûrs et les lui donna : " Gardes ceux là pour en faire chez toi " finit-elle. Elle prit la main de Francine et marcha sur l'eau pour aller dans la case en bois qui était au milieu de la rivière. Elles s'assirent à même le sol et, dans un grand bol, Dame Nature indiqua à Francine comment faire pour rendre l'avocat crémeux.

− Tu vois c'est facile ! Sourit-elle.

− Oui. C'est de la bouillie pour chats, ricanait Francine.

− T'es prête pour le beau masque ? Tu n'auras pas mal, ne t'inquiète pas, continua Dame Nature en voyant que Francine hésitait.

− Ok ! Je suis prête.

Elle s'installa contre Dame Nature et ferma les yeux. Dame Nature passa alors la crème d'avocat dans ses cheveux en bataille, mèches par mèches. Elle massa le cuir chevelu de Francine et, une fois que la crème eût bien imprégnée ses cheveux, elle prit un peigne à grosse dent et démêla en douceur ses cheveux. " Il faut laisser poser un petit moment. Ce masque répare les cheveux abimés et les rend plus souple." dit-elle quand elle eût terminé le masque capillaire.

− C'est fini ? ! dit-elle stupéfaite.

Francine n'avait rien sentit. Pas même un nœud prit dans le peigne. Elle toucha ses cheveux et constata qu'ils étaient plus souples. Elle était contente car jamais ses cheveux n'avaient été aussi bien démêlés. " Qu'as-tu fais ? " questionna Francine.

− J'ai juste démêlé tes cheveux. Si tu fais cela à chaque fois qu'ils sont durs, tu les nourriras mais tu les rendras également plus souples pour un meilleur coiffage.

− Dois-je attendre qu'ils sèchent ?

− Non, tu dois les rincer. Viens, je vais te montrer. Il faut faire attention quand tu les laves pour qu'ils ne s'emmêlent pas.

Petite histoire de cheveux crépus : jeune fille on avait toute plus ou moins peur du peigne et la douleur qu’on ressentait n’était pas franchement sympas…

Elle lui rinça les cheveux tout en passant le peigne de nouveau. La tête en arrière, Francine se laissait faire, sans crier ni pleurer. Elle plongea alors la tête dans l'eau et s'amusa. Elle était libérée. Elle ne se souciait pas de savoir si elle ferait encore des nœuds dans ses cheveux car elle avait trouvé une solution. Les doigts de Dame Nature lui avaient ôté toute sensibilité capillaire. Elle l'invita à se coiffer, en lui rappelant que c'est bientôt l'heure pour rentrer.

− Tu te rappelles de l'huile de coco dont je t'avais parlé ? Et l'huile de carapate ?

Dame Nature lui montra deux grosses bouteilles d'huile. " C'est ce qu'il faut à tes cheveux "

− Humm... ! Ça sent bon le coco !

Elle essuya Francine. Lorsqu'elle fut bien sèche, elle la fit s'assoir sur un petit banc. Elle versa des goutes d'huile de coco et d'huile de carapate dans sa main puis les mélangea dans sa paume. Dame Nature massa les cheveux de Francine pour bien imprégner les huiles et, sans attendre elle prit le peigne et traça, démêla et natta.

− Alors, petite jolie, tu ne dis rien ?

Francine s'était endormie. La douleur l'avait quittée à tout jamais.

Dame Nature la porta, prit le panier qu'elle avait remplit de fruits et avait déposé deux bouteilles d'huile de coco et de carapate. En chantonnant, elle traversa la forêt et laissa derrière elle une tracé de fleurs blanches que seule Francine pourrait voir quand elle souhaiterait lui rendre visite. Dame Nature la réveilla doucement en lui disant que ses cousins s'inquiétaient pour elle et qu'ils l'appelaient. Elle entendit alors leurs voix " Francine ! Francine où es-tu ? ".

Ici dans les bois, l'heure était très lente. Mais auprès de Dame nature Francine avait passé deux heures à ses cotés.

− Quand tu voudras me voir ma petite Francine, tu n'auras qu'à suivre ce tracé de fleurs blanches et tu seras chez moi. Avec ce que je t'ai appris, plus personne ne t'appellera Francine Chivé gréné ! Cours rejoindre tes cousins.

− J'espère te revoir prochainement. Merci pour tes cadeaux dit Francine.

Elle s'embrassèrent et, avant que Yannick ne rejoigne Francine, Dame Nature disparut. Laissant flotter un parfum de fleure derrière elle.

− Pourquoi tu ne réponds pas quand on t'appelle ? Où étais-tu ? Qui t'as donné tout ça ? Qui t'a coiffée, Francine ?

− Dame Nature, répondit Francine.

− Ecoutes c'est la dernière fois que tu t'éloignes de nous ! Tu veux que Tatie Marjorie me dispute ou quoi ? Viens, on va manger. T'as de la chance de ne pas être tombée sur un Diable.

Yannick âgée de Quatorze ans ne pouvait pas croire aux paroles de Francine, mais il savait, selon ses expériences, que la forêt regorgeait de toute sorte de chose à la fois mauvais mais aussi magnifique et se rassurait que sa cousine soit saine et sauve.

− Quoi ? demanda-t-il.

− Tu aimes ma coiffure ?

− Oui... Maintenant, on ne t'appellera plus jamais Chivé gréné. Tu es toute belle Francine.

Il prit son panier et porta Francine sur son dos. Ils rejoignirent Anne, Gaël et Sophie qui attendaient à l'entrée du bois, heureux de revoir leur cousine. Francine regarda en arrière et vit Dame Nature qui lui faisait signe de la main. Elle avait désormais un lien avec ce bois, un lien magique et secret.

Quand sa mère vînt la chercher après la messe, elle fut étonnée de voir sa fille bien coiffée. " C'est tatie Marianne qui t'as coiffée ma jolie ? Demanda sa mère.

− Ta fille est revenue du bois comme ça. Répondit Marianne.

− Ah bon ? Mais qui t'as coiffée alors ?

− C'est Dame Nature, maman.

Sa mère lui fit les gros yeux, espérant qu'elle lui fasse une farce. " Dame Nature es-tu sûr ? Francine !"

− Oui demande à Yannick, c'est lui qui m'a retrouvé... je m'étais perdue et je l'ai rencontré maman. Elle est si belle. On aurait dit une reine. Ces cheveux sont Magnifiques et très long.

Elle lui montra alors les huiles et les avocats, et lui expliqua comment faire pour la coiffer. " Elle a dit qu'elle a les mêmes cheveux que moi, si tu voyais comme ils sont beaux " finit-elle.

A partir de ce jour, Francine perdit définitivement la peur du peigne. Quand sa mère la coiffe on n'entend plus les cris de terreur semblable à un cochon que l'on égorge. Il n'y a plus de course poursuite avec son frère Jean-Claude dans le quartier. On entend juste un petit ronflement : Francine endormie entre les mains de sa mère. Maintenant, Marjorie peut non seulement crier haut et fort que sa fille a de jolis cheveux, mais aussi prendre plaisir à tresser sa fille. Quand Francine va à l'école, ses amies ne l'appelle plus Francine Chivé gréné, mais Francine Bèl nate .

Texte et illustration : Emboulé claudia (Syllinah love). Relecture et correction : Muriel Delver et Elodie Carderot.


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