Hier, nous sommes allés faire du manège.
J’avais tellement de peine, depuis la veille au soir. On ne savait pas vraiment quoi faire, mais il fallait sortir de cet appartement.
Alors on est allés au marché de Noël, et on a fait faire un tour de manège à Rose. Je l’ai installée dans la petite voiture, et je me suis assise à côté. La manège a démarré. Je n’avais vraiment pas la tête à ça. J’avais les yeux rougis, le cerveau hébété, depuis la veille.
Mais je l’ai regardé, et elle, elle avait les yeux levés vers le ciel. Un sourire d’émerveillement sur la bouche. Les lumières se reflétaient dans ses yeux. C’était l’image parfaite et clichée du bonheur et de l’enfance. Mais je ne me suis pas dis que c’était ça qui comptait, ce sourire. Non, ça n’a pas marché. Je ne me suis pas dis que son bonheur et sa naïveté étaient plus forts que ces fous.
En fait, la voir si heureuse m’a brisé le coeur, sans que je comprenne vraiment pourquoi. Je crois que je me suis dis que la vie devrait être comme ça. Que je devrais être juste heureuse de ce sourire, mais qu’on ne pouvait plus.
Je me suis dis que les gens qui sont morts hier ont des parents. Des parents qui les ont emmené au manège quand ils avaient 20 mois, eux aussi. Et que ces gens ont vu leur vie se terminer sans prévenir, parce qu’ils étaient sorti profiter, s’amuser. Faire ce qu’on a toujours fait le vendredi soir. Et que leurs parents vivent le chagrin le plus immense en ce moment. Et que putain, on ne peut pas supporter ça. On ne peut pas supporter d’avoir fait du manège, d’avoir élevé ses enfants, pour les voir mourir à cause de fanatiques qui ont perdu toute leur humanité. On ne peut pas voir des gens pour qui la vie humaine n’a aucune valeur.
Je lis que nos enfants sont le monde de demain. Je lis aussi qu’on les a fait naître dans un monde fou. Mais que leurs bonheurs nous font tenir, que c’est ça qui compte vraiment.
C’est vrai, peut-être, je ne sais pas.
Je n’en suis pas encore à penser à tout ça.
Rose va continuer à s’émerveiller de rien. Son père et moi allons continuer à avoir la tête ailleurs, le coeur à Paris. Et puis certainement que la vie reprendra son cours, mais jamais plus comme avant.
