Les mêlées atemporelles

Publié le 14 décembre 2015 par Masmoulin

La journaliste et critique d'art  Caroline Canault vient de publier sur son site consacré aux  "talents émergents de l'art contemporain" une critique intitulée "Les mêlées atemporelles" qui m'est consacrée.

Voici ce que dit Caroline : "Il délaisse parfois l’aquarelle pour l’encre de chine lorsqu’il travaille ses « scènes de genre » ou réalise des monotypes ; des empreintes colorées sur plaques de verre transférées ensuite sur papier. Mais lorsque cet aquarelliste lillois revient à sa première passion, il choisi la technique du « mouillé sur mouillé » sur un papier au grain fin à base de cellulose, offrant un rendu où le précis se laisse détrôner par le flou, à la limite du figuratif.
Sous une palette aux tons doux, sa recherche d’effets de dépassement du contour visible, vers l'indéterminé et l’effacement, participe à un style parfaitement identifiable. Sa contemporanéité se situe dans cette maîtrise du hasard des effluves.
« Dès le départ, un style de dessin imprécis, naïf, s'est naturellement imposé, dans mes compositions. Je n'ai pas voulu « faire du Raoul Dufy » comme le pensent certains. Je chercherai plutôt une influence dans le dessin de presse et la BD (…) Et puis il y a aussi les Bruegel et James Ensor. »
Il y a effectivement dans œuvres de Pierre Debroucker, alias Masmoulin, une délicatesse presque naïve, toujours agréable.  L’artiste peint des espaces symboliques, seulement identifiables par ses protagonistes réunis en groupe. Concerts, réunions médiatiques, embouteillages, match de foot, courses à pied, vacances à la plage…
« Dans le Nord et la Belgique toute proche les manifestations festives sont nombreuses : Braderie de Lille, Carnavals de l'agglomération dunkerquoise, Gilles de Binche, fête des louches, cortèges autour des géants. Je pense que ces ambiances ont inconsciemment influencées mon approche. »
Entre peinture et poésie, cette source d’expression créative se fige dans une mêlée atemporelle. L’artiste brouille les pistes de l’élan narratif en décontextualisant ses rassemblements. Le lieu et le temps ne sont pas perceptibles. Il porte la tension de l’instant sans en proposer la description. Seuls les personnages participent au message et à l’identification de la scène.
Si ces ambiances chargées sont panoramiques et enveloppantes, elles ne saturent pas la surface et sont arrangées avec les qualités de l’humour. Les protagonistes ont, lorsqu’ils participent à la même activité au même moment, quelque chose de grotesque, « l’effet mouton » que l’artiste tourne volontiers en dérision.
Délicates, fluides et volubiles, les foules de Pierre Debroucker sont sentimentales et délicieusement caustiques. Leur esthétisme amusé nous place dans une profonde sensibilité pour les contempler avec un réel plaisir."
Caroline Critiks

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