Espé... rance de Vie*

Publié le 12 septembre 2007 par Mimie In Vivo


*Petite digression inspirée depuis fort longtemps mais propulsée par quelques discussions récentes ici-bas


Ce matin-là, régénérée par les huit heures de sommeil ininterrompu préconisées par le haut-commissariat de la République à l'espérance de vie et encouragées par le couvre-feu de 23 heures imposé à coup de décrets éco-sanitaires, je me levais au son de la web-TV d'Etat Santé-Bonheur qui diffusait en boucle les messages informatifs dans le cadre du programme d'utilité publique Perfect Life.

Portée par le concert des annonceurs agréés manger-bouger.com, fumer-tue.org, sans-alcool.net, risque-zéro.fr, no-microbes.org et halte-soleil.com rappelant les principes élémentaires de bonne conduite, je me glissais dans le caisson détox de purification et de décontamination corporelle requises avant tout contact extérieur.

Après quoi, j'avalais une batterie de compléments minéraux et vitaminés, collais mon patch anti-nicotinique, enduisais ma peau d'une pellicule anti-UV puis me rendais dans le carré Joule pour absorber une ration de céréales complètes garanties anti-OGM accompagnée d'un décaféiné. Fin prête, je procédais alors à l'extinction totale des équipements électriques de ma cellule de vie, actionnais les volets anti-effraction, enclenchais l'alarme puis verrouillais la porte blindée.

Munie d'un masque anti-pollution, j'entamais alors une marche soutenue d'une demi-heure qui devait me conduire à la centrale des produits frais labellisés Bio afin d'acquérir deux pavés protéiniques et l'équivalent de cinq fruits et légumes recommandés journellement par le projet Perfect lLfe.

Cette mission acquittée, je me mettais en route pour le club local Physio+ en empruntant un de ces Vélib généralisés aux agglomérations hexagonales désormais interdites aux déplacements automobiles non professionnels.

Quelques kilomètres de tapis, brasses, développements et steps plus tard, je pénétrais dans le sas de vérification des efforts, lequel délivrait son feu vert. Il était déjà l'heure de regagner ma cellule de vie où m’attendait un frugal repas composé d’un steak de soja, de haricots verts au beurre allégé, le tout arrosé d’une bière sans alcool.

J’étais en pleine dégustation quand soudain… je sentis les gouttes de sueur perler sur mon front, dans ma nuque puis… un réveil en sursaut m’arracha de cette torpeur nocturne. Je reconnus les bruits familiers, les odeurs habituelles. Ouf ! J’étais bien là, mon corps et mon esprit intacts, fondamentalement imparfaite, assurément mortelle certes, mais libre.

Puis, le doute s'est mis à envahir mon esprit.

Libre oui, mais pour combien de temps ?