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What’s the bordel de fuck ? (râlerie)

Publié le 17 avril 2018 par Hesperide @IsaBauthian

Râlerie initialement parue dans le numéro d’été 2017 du Lanfeust Mag.

Les gens qui me connaissent bien le savent : je ne peux pas blairer les effets de mode.
Précision : je n’ai rien contre le fait d’adopter une mode. Le sage l’a dit : « Naviguer à contre-courant, c’est encore dépendre du sens du courant ».
Je n’ai rien contre le fait d’adopter une mode, donc, tant qu’elle n’implique ni barbe de bucheron trop bien taillée associée à une chemise à carreaux (soyons sérieux), mais le conformisme le plus crasse des effets de mode me donne des envies de filer des tas de pichenettes (c’est l’été, j’ai la violence modeste).
C’est pas tant le fait de suivre la mode, d’ailleurs, que de ne pas y réfléchir. Par exemple, je fais partie des quelques névrosés qui parviennent à être horripilés par leurs propres tics langagiers, a fortiori quand je les ai absorbés en fréquentant un peu trop mon groupe social. « T’as dit ‘c’est juste génial’, connasse ! Tu peux essayer d’avoir ENCORE MOINS de personnalité ? C’est quoi, la prochaine étape ? T’achète un ukulélé et t’enfiles un t-shirt avec une tête de carlin avant d’aller fêter ta crise de la quarantaine au Burning Man ? »
« Pardon, pardon, Moi-Même ! Pas taper ! Je le ferai plus ».
« J’espère bien. La prochaine fois, j’te démonte façon puzzle ! »
« Mais… euh… tu viens de citer Audiard, là ! »
« Ta gueule, gueuse ! Si la référence a plus de 30 ans, on n’est pas un mouton, on est un érudit ! »

De nombreuses expressions resucées, qu’elles viennent de Friends (Oh. My. God !) de Kaamelott (On n’est pas sortis du sable !) ou de votre copain hipster (je ne salirai pas mon clavier avec une citation), me font régulièrement repenser mes fréquentations.
Mais LE truc insupportable.
LE summum du ridicule.
L’habitude qui réussit l’exploit d’être à la fois exaspérante ET gênante.
C’est le fait de coller des expressions anglaises dans des phrases en français.
Ou pour répondre à des français.
Quand ya un équivalent français tout aussi efficace.
Et que vous parlez pas anglais.
Pardon : et que vous CROYEZ que vous parlez anglais.
Sauf que pas.

[Aparté culturelle :
Au début de Guerre et Paix, Tolstoi nous fait assister à une réception mondaine de nobles Russes aussi profonds que des cendars. Toujours au taquet sur la critique sociale, le père Léon nous inflige sur plusieurs pages ces précieux ridicules/imbéciles cultivés, et, pour bien les défoncer dans les grandes largeurs, insiste sur une de leurs habitudes aussi pédante que consternante : ils parlent en français. Entre eux. Sur plusieurs lignes, cette habitude trop fashion devient le symbole du grotesque consumé de leurs caractères et du vide abyssal de leurs personnalités, dont le reste du roman se chargera de détailler les dramatiques conséquences.] Un siècle et demi plus tard, les intellos de bazar sont de retour, et ils ne font même plus l’effort d’être bilingues (non, parce que les pédants de Tolstoi, au moins, ils gèrent !).

What’s the bordel de fuck ? (râlerie)

Voyez par exemple le milieu militant. Pour s’y moquer des sales cons qui, sous un article parlant d’oppressions graves, se payent l’indécence d’un « Mais moi je fais JAMAIS ça ! », se répand l’expression horripilante « Tu veux un cookie ? ». Héritée par pur moutonnisme du « Do you want a cookie? » américain, le réflexe crée bien des incompréhensions (Hein ? De quoi ? Pourquoi il me parle de bouffe?), alors que le français « Tu veux une médaille ?» fonctionne aussi bien, possède l’avantage indéniable de se faire comprendre de son interlocuteur, mais demande, et c’est contrariant je l’admets, de vraiment RÉFLECHIR à ce qu’on dit au lieu de vanner en mode pavlovien.
Ce comportement, c’est celui des mecs qui, quand tu discutes sur Facebook, te répondent avec des photos, des memes ou des citations. Ça les rassure, ils récoltent des petits pouces levés pour la pensée d’un autre, et referment leur téléphone avec l’impression satisfaisante d’avoir trop cassé le mec d’en face.
Mais il n’y a pas que ça.
L’anglais est PARTOUT.
Il doit, je suppose, donner l’impression qu’on est trop cool. Ou alors ; il permet de se détacher un peu de ce qu’on écrit, en mode saleté passive-agressive. Je ne sais pas.
Mais quand je vois ça :

What’s the bordel de fuck ? (râlerie)
Ça :
What’s the bordel de fuck ? (râlerie)
Ou ça :
What’s the bordel de fuck ? (râlerie)

Je suis perplexe.

Notons que, si certains ont un peu de mal…

What’s the bordel de fuck ? (râlerie)
(Non.)
What’s the bordel de fuck ? (râlerie)
(Essaie encore.)
What’s the bordel de fuck ? (râlerie)
(Caramba ! encore raté !)

… D’autres ont le mérite de maîtriser la langue :

What’s the bordel de fuck ? (râlerie)

What’s the bordel de fuck ? (râlerie)

Ce qui n’empêche pas de se demander : pourquoi ?
What’s the bordel de fuck ? (râlerie)
POURQUOI ?
What’s the bordel de fuck ? (râlerie)
POURQUOI ?!
What’s the bordel de fuck ? (râlerie)
Vraiment, POURQUOI ?!

D’autant qu’à certains moments, ça devient inquiétant :

What’s the bordel de fuck ? (râlerie)

Notez que je n’ai pas l’habitude… de me moquer… de la syntaxe des gens !!!!!! Mais… à un moment… Ne faudrait-il pas procéder par étapes ??????????? Par exemple… finir de maîtriser une langue… avant d’user… d’une seconde !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!! Bloody Hell !!!)

Allez, comme c’est les vacances et que je vous aime bien (je suis une authentique connasse, j’ai pris certaines de ces captures chez des potes), je vais vous aider :
– Heureuseemnt
– Encore
– D’ailleurs
– Ça va pas plaire XXD (Ou, allez, celui-là je vous l’accorde, mais faut pas le louper : « Haters gonna hate »)
– La vache, elle est trop canon !
– Ma première voiture ! <3
– Egocentré
– Taxes venues de nulle part
– Au hasard
– Capacités
– Machine à voyager dans le temps
– Carrément flippant
(Ça sonne pas mieux ?)

Happy holidays, les petits trolls. Pensez à ramener plein de gifts à vos proches, et revenez-nous in shape ! Je vous laisse avec my favourite. Celui qu’on est tellement used à le lire qu’on le notice même plus, et qui summarise bien ce que tout ça m’inspire, seriously :

What’s the bordel de fuck ? (râlerie)

Kudos, dudes !


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