Andrès Sánchez Robayna, Patmos (extrait)

Publié le 13 novembre 2018 par Angèle Paoli

u commencement, un nom, sa muette résonance.
Rien d'autre qu'un nom ? Tu sais bien qu'ainsi commence,

et peut-être ainsi finit,
la vibration du soleil sur le versant, dans le couchant

de septembre,
sur la couleur du chardon,
une couleur indistincte,
entre l'acceptation et l'abandon, comme si
dans l'aubépine brillait la lumière finissante,
que personne ne contemple. Ainsi le commencement.

Le commencement. Un nom, deux syllabes qui jaillissent
comme la langue de l'eau sur le rivage.
Elles glissent ainsi que deux petites vagues
sur cette plage déserte,
et font tinter des galets,
s'entrechoquer des cailloux sous la lumière du temps.

Le nom. Ne glisses-tu pas, toi, à l'intérieur de l'ombre,
entre noms et rivages, entre les noms véritables
et la lumière qui sauve ?
Mais ne dis pas qu'un nom n'est rien d'autre qu'un nom,
il contient le matin, et le soir qui s'éteint, tamisé

par le temps,
deux syllabes s'enflammant dans le brasier de juillet.
Le vent s'agite en elles, et dans la canne sifflante.

Le nom te convoquait. Tu connaissais le signe.

Il n'y a peut-être rien d'autre que tu connaisses,
ce son obscur des noms, les paroles

obscures,
les archétypes,
comme sur la page d'Hölderlin,
lue en juillet,
quand le soleil est un ravissement.

Va aux syllabes
indestructibles.

C'est le son obscur qui convoque ainsi
dans les montagnes de l'île.

[...]

Andrès Sánchez Robayna, Patmos, in Europe, Revue littéraire mensuelle, novembre-décembre 2018 n° 1075-1076, pp. 242-243. Traduit de l'espagnol par Claire Laguian.