Arrivée à Djibouti

Publié le 10 juillet 2008 par Tazounette


J’ai lâché ce récit il y a quelques temps déjà… Reprenons où j’en étais restée…

Hier encore, j’avais mes deux pieds sur le sol français que je ne refoulerais pas d’une année entière… Hier encore j’embrassais ma maman, hier encore, à Paris, il ne faisait pas chaud… Ni dans l’avion climé d’ailleurs…

Et là, je suis sur le tarmac djiboutien.

Cet endroit tant fantasmé, cause de tant d’affabulations pendant les 8 derniers mois. On a déjà vécu Djibouti dans nos rêves, nos attentes, nos espoirs, nos préparatifs, les mails des amis qui y vivaient et nous expliquaient un peu, ce qui nous attendait. Et là, j’y suis. J’attache ma veste à la taille, celle qui m’a réchauffé pendant ma nuit à la clim’, au milieu du brouhaha des familles djiboutiennes, somaliennes, afhars ou issas qui rentrent au pays après avoir rendu visite au fils étudiant à Paris…, je porte mon sac en bandoulière et un sac à dos.

J’ai regardé par le hublot lorsqu’on a amorcé la descente et j’ai vu le bras de terre en pleine mer. J’aurais presque pu apercevoir notre appartement. J’ai vu la ville presque invisible, les toits couleur sable, la poussière à perte de vue… J’ai vu la mer sableuse, boueuse, et la nappe de chaleur et de moiteur…

Lorsque je sors de l’avion, c’est une chaleur humide qui me prend à la gorge. On n’est jamais préparé à cette impression suffocante, la même que nous avions eu en arrivant à Bangkok lors de notre voyage en janvier dernier…

Mon jean commence à me coller à la peau. Et un jean qui colle, ma foi, ce n’est pas du meilleur effet sur une terre musulmane.

Je suis le troupeau qui entre dans l’aéroport pour le contrôle des passeports, les papiers d’immigration à remplir. Les autorités prennent mon passeport et le gardent, il me sera rendu quelques jours plus tard, le temps d’apposer l’autorisation de séjour… Je regarde les gens autour de moi, les familles djiboutiennes, les femmes aux voiles chamarrés de mille couleurs gaies. Ca leur va bien ces dégradés de fuchsia, vert pomme, jaunes ou turquoises, sur des peaux burinées par le soleil. L’aéroport est spartiate. Nous sommes dirigés vers les tapis pour récupérer les bagages. Je ne me souviens pas, je suppose que j’ai deux gros sacs… J’ai zappé ce souvenir bien futile. Une femme d’une quarantaine d’années à la stature plus qu’imposante tient lieu d’inspecteur des douanes, vérifiant le contenu des sacs.

Puis je me dirige vers la sortie, une sorte de préau où se tiennent les familles qui attendent. J’aperçois mon homme. En « bleu » de travail (chemisette blanche et pantalon bleu-marine en laine), je le plains, le pauvre. L’armée Française n’a que faire du confort de ses hommes, et c’est même tarif pour les tenues, qu’on soit dans la toundra soviétique en plein hiver russe ou dans le pays le plus chaud de la planète… Les retrouvailles sont des plus agréables, même si je suis un peu cassée par la chaleur, la surprise et ce n’est qu’un début.

Quelques arbres disséminés sur le parking ont du mal à faire de l’ombre aux véhicules tant ils sont pauvres en verdure… Je reconnais le Terrano, l’immense 4x4 que je n’ai vu qu’en photo dans les mails envoyés par notre copain arnaqueur. Nous hissons les sacs sur les sièges arrière. Ici les sièges sont recouverts de housse en serviette éponge car le cuir est impossible à de telles températures ainsi que les housses en laine ou autre tissus modernes peu adaptables à la vie africaine. Je me hisse dans le Terrano…

L’aéroport se situe juste à côté de la base aérienne, puisque les avions de combat et les avions de ligne partagent la même piste… En route donc pour la base aérienne faire les photos pour le laisser-passer, indispensables pour avoir accès à n’importe quelle activité, ainsi que le bureau de poste, et le bureau de banque postale, la piscine, le club de plongée, le cinoche de plein air (attention aux moustiques), le club vidéo, le petit snack, et les copines et copains qui vivent sur la base. Bref INDISPENSABLE et à ne surtout pas perdre…

Mon homme me fait faire le tour du propriétaire, me montre la base en long en large et en travers, je suis déjà un peu sonnée par tout ça, et la lumière pour laquelle les lunettes de soleil ne suffisent jamais… Ensuite on part pour « la maison », histoire de poser les sacs, faire connaissance avec Fatouma, notre femme de ménage. Car les expat’ ont pour obligation d’embaucher du personnel djiboutien. Fatouma est une perle, de discrétion et d’efficacité. Elle me manque encore…

Nous traversons par la « Siesta », F* me montre les différents locaux appartenant aux armées devant lesquels on passe : les clims, l’ameublement, le supermarché avec les produits importés directement de France à des prix très concurrentiels et non au double comme dans les supermarchés « locaux », et puis au hasard de notre route, j’aperçois les cahutes de fortune en planches et bois de récup ou en tissus à peine fixés sur des bâtons, au bord des chemins, sur les bas côtés. C’est les « salons de thé » locaux. Les djiboutiens habillés de « foutah » sorte de jupe en tissus aux couleurs variées, prennent place sur des morceaux de bois pour partager le « chaï », le thé aux saveurs d’épices très fort et merveilleusement bon lorsqu’il est très sucré… ou pour partager leurs branches de kath… Cette herbe hallucinogène qu’ils mâchent des après-midi entières, leur donnant des dents vertes, et ils en font des boules de plus en plus grosses qu’ils mâchent non-stop au fur et à mesure que l’après-midi passe, les yeux injectés de sang. pour le premier effet kiss-cool, de ces chewing-gum du bonheur c’est un endormissement quasi complet, bon pour l’heure de la sieste, l’heure chaude de la journée, puis suis un deuxième effet moins prometteur : agressifs en fin de journée…

Il faut savoir que les djiboutiens ont pour la plupart à peine de quoi se nourrir, mais le président Djiboutien s’arrange pour que le kath soit une des seules dépenses possible avec le pain. Ainsi il peut se nourrir, et se rendre la vie plus belle. Le président drogue son peuple et affaibli, il en redemande… Je résume, mais hélas c’est ainsi que ça se passe…

On trouve des baguettes de pain partout dans Djibouti. Des Djiboutiens marchent pieds-nus dans les rues tirant leur charrette à bras, contenant des centaines de baguettes de pain frais, d’une main et un klaxon pouet pouet de l’autre… Les camions approvisionnent les petits vendeurs tout au long de la journée en pain frais, souvent chaud, et les baguettes sont bien meilleures que dans bien des boulangeries ici…

Longtemps après mon retour, lorsque j’entendais un klaxon ressemblant à ce bruit-là, comme la petite madeleine de Proust, je revoyais dans ma mémoire, le djiboutien de mon quartier, tirant sa charrette et auquel je faisais signe pour qu’il me vende son si bon pain….

Le long de la route, nous croisons beaucoup de bergers avec pour toute richesse 2 ou 3 chèvres bien maigrelettes… et puis il y a les routes défoncées, les égouts qui se jettent dans un fossé, dans lequel vont boire les chèvres, vaches et autres animaux « domestiques », nous passons devant l’hôpital des armées « Bouffard », F* m’explique l’importance de cet endroit, que tout expat’ doit connaître « en cas de pépin »… Nous y ferons l’un et l’autre un séjour très marquant…

Nous continuons et passons devant la plage des « locaux ». En tant qu’expat’ dans un pays à majorité musulmane nous n’avons forcément pas accès à toutes les plages. Les seules autorisées sont sur Djibouti même dans l’enceinte militaire, sécurisée dite « du Héron », proche de notre appartement, ou sur les îles de Musha et Maskali, au large… Propriété de l’armée pour la majorité des plages sises sur ces îles paradisiaques…

Nous regardons les gamins jouant au ballon, tandis qu’un jeune homme se lave dans la mer, il se frictionne à l’eau salée… C’est toujours mieux que rien. Nous arrivons sur un rond-point puis longeons une école, puis un petit restau qui ne paie pas de mine. Pas mal de petits snacks dans les rues, mêmes des rues excentrées, pratique pour les soirs de flemme culinaire, les omelettes sont incroyables, et les pâtes à la bolo, les poissons frais…

Nous arrivons au portail de notre résidence. Nous nous garons en face, sous la fenêtre de la voisine. Nous croisons Hassan le « chouf », ou gardien de la résidence. Ils sont deux et se relaient, ils nettoient les voitures, surveillent les intrus potentiels, nous aident à monter les courses, les bonbonnes d’eau pour les fontaines, et autres services utiles.

Je suis contente d’arriver chez nous. L’appart est très spacieux. 95m² à deux. Le hall d’entrée, la cuisine, le chiotte et la salle de bain sont au centre. A droite une porte donne sur l’immense salon/salle à manger. La télé est déjà installée, quelques livres et la déco est déjà mise sur les murs, il a bien bossé. Et à gauche, 2 vastes chambres. De chaque côté, les pièces climatisées. Et au centre, le sauna ou le hammam selon la période de l’année. Le supplice de la cuisine et de la salle de bains… De l’eau brûlante à la saison chaude, et de l’eau fraîche à la saison sèche…

Je vais saluer Fatouma.

Mes impressions se téléscopent en ce premier jour intense.

Je suis sonnée. La journée sera encore longue…

F* m’avait prévenu du pays, il ne m’avait rien caché de la « laideur des faubourgs », de la saleté des « rues », « avenues » ou « boulevards », il m’avait raconté la misère, la pauvreté qui prend à la gorge si souvent, les injustices, le peuple asservi à son président, drogué pour que cet homme garde sa légitimité… Il m’avait raconté sa déception en arrivant, cette chaleur insupportable, la difficulté de la vie ici. Il ne m’avait pas épargné…

Du coup, en ce premier jour, j’ai été presque « agréablement » surprise… Et chaque découverte devient magique parce que « vraie » et non emprunte de déception ou de désillusion…

Je ne suis pas déboussolée.

Je suis avec mon homme dans un projet qu’on a mis en place pendant des mois. Deux mois que je ne l’ai pas vu. Heureuse de le retrouver dans ce nouveau chez-nous à apprivoiser, à visiter, à s’habituer. Loin de tous les autres, loin de nos familles, loin des gens qu’on aime, loin des amis, au paroxysme de la fusion…

Deux, nous deux à 7000km …