Evelyne Boix-Molès | [Le temps séjourne]

Publié le 29 janvier 2019 par Angèle Paoli

[LE TEMPS SÉJOURNE]

L e temps séjourne. Evelyne Boix-Molès,
À mes mains,
la main des siècles,
à ma bouche,
langues qui savent
la soif des millénaires.
Silex. Galet. Sable...
Et les touches d'un instrument,
sous mes doigts.
L'ébauche sourit ;
c'est qu'elle connaît les pleurs, les soleils.
Le blé meurt,
c'est qu'elle devient farine, la pierre.
Aux corps, les massacres.
Aux corps, chaque mot, son poids de terre,
ses battements d'ailes.
Et ce soir, au corps de la fatigue,
un invisible merci (le mutisme,
compact, empêche ; le blanc s'effrange,
le bleu désaltère, m'enlace le silence).
Larmes du marbre,
larmes de l'arbre ;
le temps nidifie ;
pâle soleil.
Se taire et se taire, Al Manar, Collection Poésie, 2018, pp. 22-23.