Bonne nouvelle et salamalecs

Publié le 31 janvier 2020 par Anned

Je remarque régulièrement une propension de quelques fidèles, surtout des 20-30 ans, à en "faire beaucoup" à la messe : ils restent longuement agenouillés, voire prostrés, ils s'agenouillent à tout bout de champ quand la majorité des fidèles restent debout, et font force signes de croix avant de recevoir l'hostie sur la langue et les yeux fermés... L'un d'eux - très grand - a même pour habitude de se jeter d'un bloc à genoux (ouïe !) devant le ministre de la communion, avant de tirer la langue et de fermer les yeux.

Puis ils retournent à leur place l'air compassé, et de nouveau restent prostrés en tirant une figure de trois pieds de long. Ils restent longuement ainsi quand la messe est finie et que les fidèles sortent bavarder sur le parvis...

Alors ?

Ces jeunes (et moins jeunes) sont-ils dans le vrai ? Le bien ?

Etymologiquement, "évangile" veut dire "bonne nouvelle". Sous-entendu pour nous chrétiens, bonne nouvelle du Christ ressuscité. Nous sommes sauvés ! Le Christ a vaincu la mort ! Il y a matière à sauter de joie en chantant et en dansant, non ? Le pape François parle sans cesse de la joie de croire, par exemple : le chrétien doit avoir un visage joyeux, pas une tête de piment au vinaigre !

Et souvenous-nous des mots de Jésus lui-même selon Matthieu "... ils aiment à se tenir debout dans les synagogues et aux carrefours... Mais toi, quand tu pries..." (Mt 6, 5-6) ou encore "... ils élargissent leurs phylactères et rallongent leurs franges..." (Mt 23, 5)

Ces postures me mettent extrêmement mal à l'aise. Je sais que je suis spéciale, mais les faits me donnent souvent raison a posteriori : j'y perçois un jugement et des reproches silencieux adressés au reste de l'assemblée.

C'est encore plus saisissant quand on a connu certains de ces jeunes alors qu'ils étaient des ados chahuteurs, messe comprise. Les maîtres des novices veillent notamment à ce que les jeunes ne changent pas de comportement à l'entrée au séminaire. Pour vérifier la maturité de leur foi ? De leur affectivité ? J'ai connu il y a quelques années un prêtre de la Fraternité Molokaï (Points Coeur) aujourd'hui dissoute. Il était intransigeant et triste à mourir, au grand désespoir d'un couple dont il était un camarade de lycée, et qui ne le reconnaissaient pas.

Qu'est-ce qui pousse ces personnes à se comporter ainsi ? Quel mal-être intérieur ? Pourquoi un jeune qui a grandi dans une famille certes pratiquante, adopte-t-il subitement ce genre de posture ? Ce serait un de mes enfants, j'irais vite chez le psy !

Et enfin : qu'est-ce qui pousse des parents et une fratrie à subitement adopter eux aussi ces attitudes ? Ne sont-ce pas des émergences de ce cléricalisme que nous sommes appelés à combattre ?

Où l'on voit qu'il ne faut pas être clerc pour être clérical !

Autistiquement vôtre.