News bière – Rencontrez Jean-Pierre, conservateur des bizarreries roulantes à Chéronnac – Bière blonde

Publié le 07 février 2020 par Cafesecret

On dit que mardi est un jour de deuil à Chéronnac: c’est la fermeture hebdomadaire du bar de la Source, que Jean, dit le Biau, tient depuis 1985, au cœur du village. On dit aussi que dans ce cas, et dans bien d’autres, on peut trouver une deuxième taverne sur la commune. Va frapper à la porte de Jean-Pierre.

Ou plutôt d’entrer sous le vaste hangar où l’on risque de retrouver cet homme à tout faire exceptionnel, à moins qu’il ne soit sorti sur la route au volant de sa Cadillac. Le jeudi, il n’est pas rare, voire fréquent, qu’il se rende à Saint-Quentin, en Charente, pour aller déguster une tête de veau avec son ami d’enfance Serge.

Coopérative Gnôle

“Allez, tu vas goûter mon Pineau, hein, il fait à peine 13 degrés!” Dit-il, effronté, à … cinq heures de l’après-midi. Regard d’un gamin qui ne se rendait pas vraiment compte qu’il a déjà 73 ans, ventre de (très) bien vivre, notre mec a plusieurs talents pas vraiment cachés.

Il est ainsi à la tête de ce qu’il appelle lui-même une “coopérative du gnôle”, prenant en charge, une fois tous les fruits récoltés ça et là, d’aller effectuer la distillation en Charente, à Saint-Maurice-des- Les Lions. “Nous sommes habitués à cette convivialité”, glisse-t-il en évoquant le “privilège de la chaudière vintage”.

Non, je ne suis pas collectionneur: je suis comme la dame Thatcher, je suis conservatrice.

En plus d’un stock non négligeable de liquides plus ou moins forts et de conserves de toutes sortes, il possède notamment une incroyable collection de petites voitures qui peuvent être conduites sans permis avec leur moteur de cyclomoteur (ou tondeuse à gazon pour certains, rafistolé) ), le tout en état de marche. “Non, je ne suis pas collectionneur: je suis comme la dame Thatcher, je suis conservateur”, rectifie-t-il. Son credo: sauver de la casse et de l’oubli des véhicules manquants. Deux, trois ou quatre roues qui semblent sortir tout droit d’un dessin animé.

Tout a commencé en 1974 …

On retrouve, en vrac, une décapotable aux faux airs de Méhari avec laquelle elle parade aux beaux jours, une Vespa 400 violette, une Messerschmitt recouverte de cuir, un véhicule que l’on commence par pédaler, un autre dont le levier fait le temps comme accélérateur , frein et direction, alors allez-y, et même … une voiture amphibie, testée et homologuée mais qui reste désormais sur la terre ferme, faute de joints douteux.

Il a acquis le premier en 1974 “pour foirer, je suis allé la chercher en Dordogne. De retour, il y a eu un mariage à Maisonnais-sur-Tardoire, j’ai failli écraser la mariée car il n’y a pas de frein sur ces machines!” Et puis, “fil par aiguille” … “Dans les années 60, il y avait beaucoup de charrettes, pas toutes les personnes âgées avaient un permis. Et tous ces véhicules ont été mis au rebut. C’était dommage, cependant! J’ai toujours tout négocié au bistrot. »En gros: une bouteille contre un petit gabarit.

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Mais la plupart du temps, la terre de Jean-Pierre, gardée par Barbara, son berger australien, rempli de lui-même. Comprenant de nombreux tracteurs de toutes origines (Russie, Chine, États-Unis …), certains “pétarous” sans oublier les tondeuses, histoire de récupérer des pièces détachées ,. “Les gens ne savent pas quoi en faire, alors ils viennent et il s’en débarrasse.”

L’Afrique au cœur

On en sait peut-être moins, mais Jean-Pierre a également un riche passé en éducation. Il a passé 25 ans en Afrique en tant que professeur de mécanique. Dans l’improbable bric-à-brac qui peuple le vaste hangar construit spécialement pour abriter, non pas sa collection, donc, mais sa conservation, des masques sculptés en bois en plus des calendriers destinés à un public masculin.

«J’avais envoyé ma candidature pour aller en coopération mais je n’ai jamais pensé que je serais sélectionné. Et un jour, j’ai reçu une offre d’emploi au Gabon. “Ce qu’il a évidemment accepté avec grand plaisir. Le Gabon donc, mais aussi le Sénégal, la Côte d’Ivoire, la Mauritanie, le Niger, le Cameroun, le Tchad … Avec des contrats de quatre ans, Jean-Pierre a profité pleinement de l’expérience et est littéralement tombé amoureux avec elle. ‘un continent. “Ce que j’ai aimé? Tout ! Mais pas au point d’imaginer sa retraite comme à Chéronnac, chez lui.

Marjorie Queuille, photos Stéphane Lefèvre