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615 – Les Métamorphoses

Publié le 04 avril 2020 par Stiop

Les historiens s’accordent à penser que le poète Ovide a écrit ses Métamorphoses en l’an 1 de notre calendrier. Joli sens du timing, l’Artiste ! Sa longue série de poèmes commence par : I – Le Chaos. « Avant que n’existent la mer, la terre et le ciel qui couvre tout, la nature dans l’univers entier ne présentait qu’un seul aspect, que l’on nomma Chaos. »

Vous aimez le latin ? En même temps, on n’a que cela à faire en ce moment, alors je vous recopie ce passage en version originale, c’est joli aussi, je vous l’assure : « Ante mare et terras et quod tegit omnia caelum unus erat toto naturae uultus in orbe, quem dixere chaos. » Rosa, rosa, rosam, rosae, rosae, rosa. On décline en ce moment, non ?

Lorsque je regarde les éléments de sa biographie, Ovide était une sorte de punk à son époque, qui avait décidé de ne pas chanter des louanges trop appuyées à l’auguste souverain de cette époque, le bien nommé : Auguste. Certes, c’était une période post-assassinat de César, en pleine reconquête de la puissance romaine ébranlée par sa crise de régime et des dérives assassines de Brutus. Un homicide au sommet de l’État, ça fait tâche dans la Légende, alors il fallait faire du story telling à la gloire du Boss en place. « Fluit nihil spectare ! » comme on disait à l’époque.

Non, mais Ovide ne voulait pas faire comme ces fayots de Virgile ou d’Horace qui passaient leur temps à flatter le Pouvoir en prétendant bruyamment que Rome était absolument, vers 5-6 après J-C : « The place to be ». Toutefois, il semblerait dans les faits que la Mère Sup’, Auguste, tentait de restaurer une forme d’ordre moral. Finito, les orgies et les soirées « bunga bunga » chères à l’un des – très – lointains descendants des empereurs romains. Alors Auguste, après une énième critique d’Ovide dans L’Art d’Aimer, décida d’exiler le poète subversif près de la Mer Noire, dans ce que nous identifions comme étant la Roumanie d’aujourd’hui.

Difficile d’enchaîner après Berlusconi…, alors je vais poursuivre avec quelques extraits tirés de L’Art d’Aimer, un tantinet plus classe. « Elle ne te viendra pas du ciel sur l’aile des vents ; la belle qui te convient, ce sont tes yeux qui doivent la chercher. » « Tels sont, chez les femmes, les excès d’un amour effréné ; plus ardentes que les nôtres, leurs passions sont aussi plus furieuses. » « J’allais finir ; mais je dois dire que toutes les femmes n’ont pas la même humeur ; il est, pour répondre aux mille différences de caractère qui les distinguent, mille moyens de les séduire. »

Ovide, franchement, je te cède mon blog, je te donne l’identifiant, le mot de passe, tout ! Je m’incline face à tant de beauté, de clairvoyance et de sagesse. Je m’étais dit ce matin que j’allais publier un texte sur la base d’un jeu de mots un peu facile du style : Les Métamorphoses du Covid, un peu foireux en fait. Et je me suis laissé embarqué dans ton histoire, dans ta poésie, Ovide, on se tutoie ? Tu as métamorphosé ce que j’avais l’intention d’écrire.

Ovide


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