"En tout, malheur, c'est bien", a déclaré ma grand-mère, qui devait ressembler au grand-père de Boucar: pour le moment, nous avons plus de temps pour penser à nous-mêmes, à ce que nous sommes collectivement.

François Dompierre
Compositeur
Et dans la saga catastrophique dans laquelle nous vivons, quelque chose me rappelle la capacité des Québécois, non seulement de parler d'une seule voix, mais aussi de poursuivre les choses. Nous l'avons démontré une fois de plus en nous classant au premier rang des provinces des États-Unis et du Canada pour la conformité aux directives de confinement.
Au début des années 1960, lorsque nous avons commencé à produire des interprètes et des auteurs-compositeurs, nous avons très vite occupé la première place dans le domaine de la chanson francophone, allant jusqu'à exporter nos stars vers d'autres pays de la Francophonie et ailleurs.
Quand il nous est venu à l'esprit de faire d'autres fromages, nous avons inventé 400 variétés. Idem pour la bière, pour faire un belge jaloux. De partout, nous utilisons notre savoir-faire en matière de production d'effets spéciaux au cinéma. Nous avons un rang enviable en intelligence artificielle. Nous le devons certainement aux Québécois autochtones, mais aussi dans une large mesure aux nouveaux citoyens que nous avons réussi à accueillir chez nous.
Posons-nous la question: et si cette propension à développer nos connaissances et à les faire connaître n'était qu'une autre façon d'affirmer notre souveraineté?
Je ne veux pas avoir l'air heureux, mais donnons-moi un coup d'espoir. Même s'il reste encore un long chemin à parcourir, un terrain à déplacer, des problèmes à résoudre, le respect collectif que nous portons en ces temps difficiles laisse prévoir un retour à la vie normale moins perturbé que ce à quoi on pourrait s'attendre. L'exemple vient d'en haut: les chefs de partis, unis dans l'adversité, parlant d'une seule voix, nous offrent depuis quelques semaines une vision que de nombreux citoyens du monde doivent nous envier. Le jeu politique va reprendre et, comme je l'ai lu, il arrive bientôt. S'il est souhaitable qu'il revive - l'exercice de nos droits démocratiques en dépend - le ton du débat sera certainement changé.
On dit qu'après cette crise du COVID-19, rien ne sera plus pareil. C'est probablement vrai. Mais cela pourrait-il être pour le mieux? Nous venons de voir avec consternation notre négligence coupable envers nos aînés. Oui, il va falloir repenser le système de santé, on a la capacité de se réinventer, de bousculer le système. Oui, il va falloir revoir les mécanismes du commerce, oui, il va falloir redéfinir le "vivre ensemble". Nous sommes un peuple d'entrepreneurs. Faisons-le comme nous le faisons souvent, inventons des moyens de sortir de cette impasse, pour prouver que nous ne sommes plus nés pour un chignon.
