Le journal du professeur Blequin (79)

Publié le 17 avril 2020 par Legraoully @LeGraoullyOff

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Mardi 14 avril

11h : Les provisions que m'avait apportées ma môman ne pouvant éternelles, je sors faire quelques achats à la supérette. Une fois sorti de la ruelle qui mène à mon immeuble, j'avise le panneau d'affichage sur lequel il ne reste déjà presque plus rien des affiches du candidat de la France Insoumise à la mairie (il n'avait pas passé le premier tour) : faute d'être recouvertes par d'autres affiches, elles offrent ainsi tout le lamentable spectacle de leur dégradation naturelle. Quel est le con qui a dit " Les paroles s'envolent, les écrits restent " ? Quand j'arrive au bourg, je trouve le quartier un peu plus vivant qu'il n'a été ces dernières semaines ; bien sûr, tout est relatif, mais il me semble qu'il y a déjà plus de monde et même plus de voitures. Est-ce dû aux annonces de Macron ? J'en doute fort... Je constate aussi que le boucher du coin a rouvert sa boutique après être resté fermé pendant des semaines pour cause d'enfant à charge (c'est du moins ce qui était écrit sur sa porte) : je n'ai pas le courage d'entrer pour en savoir plus. Montant jusqu'à la supérette, je croise les panneaux réservés aux affiches électorales : la seule affiche encore intacte est celle de notre maire, arrivé en tête du premier tour, ce qui donne une coloration particulière au sourire qu'il affiche sur la photo...

14h : C'est la première fois depuis le début du confinement que je me surprends à avoir les larmes aux yeux : je ne sais pas ce qui me déprime le plus. Est-ce ce soleil têtu qui s'obstine à briller de mille feux, comme pour nous narguer ? Est-ce la menace d'une deuxième vague, évoquée alors que de nouveaux cas, importés, ont été détectés en Chine ? Sont-ce les critiques dont l'allocution du président fait déjà l'objet ? La seule chose qui est sûre, c'est que j'ai le cafard... Je ne dois pas être le seul : quand on comptabilisera les victimes du coronavirus, est-ce qu'on tiendra compte des suicides ?

Mercredi 15 avril

11h : Encore une fois, je me suis réveillé sous le soleil ; pas le moindre nuage, ça devient lassant ; je risque de ressortir de cette épreuve dégoûté à jamais de la belle saison ! J'en arrive à souhaiter un été pourri qui me fera oublier l'ambiance dans laquelle nous vivons présentement. Néanmoins, je décide de nettoyer mon plancher et d'ouvrir les fenêtres pour lui permettre de sécher rapidement : au pied de l'immeuble, un employé de la poste parait bien embêté. Il me remarque et me demande si je connais la personne à laquelle le colis qu'il porte est destiné : le nom ne me dit rien, je n'ai pas le souvenir de l'avoir jamais vu sur les boîtes aux lettres. Pauvre facteur ! Déjà que la distribution du courrier ne doit pas être facilitée par la situation... Ça y est, je me remets à pleurer. Je n'ai pas le courage de m'informer, ça ne ferait qu'approfondir mon angoisse ; je ferme le volet de mon bureau afin de mettre une barrière étanche entre moi et le reste du monde : j'entends quand même les pépiements des oiseaux... Je me surprends à comprendre les chasseurs pendant l'espace d'une seconde ! Mais rassurez-vous : si j'avais un fusil je ne tirerais que sur... Moi-même.