Il y a quinze jours, François Bonneau, président du conseil régional Centre-Val de Loire, a visité la ferme de Vincent Crosnier à Sours. Le créateur de la bière artisanale L'Eurélienne a ensuite expliqué les obstacles que le coronavirus avait mis en place:
"En plus d'avoir préparé beaucoup de choses pour fêter dignement notre nouvelle bière, nous avons investi 5 millions d'euros, sur deux ans, pour agrandir nos ateliers de fabrication et automatiser l'outil de production dans une perspective environnementale, en réduisant la consommation d'eau de 17 % "
Vincent Crosnier (agriculteur et co-gérant de la brasserie Chandres)
Pertes liées à des événements annulés
Pour ses deux journées portes ouvertes, prévues les 4 et 5 avril, le professionnel attendait près de 10 000 visiteurs et de nombreuses dégustations et ventes sur place. Cet événement a été annulé. Vincent Crosnier explique:
"Bien que les restaurateurs aient ouvert leurs établissements, cela ne changera pas les pertes que nous subirons. Notre activité la plus importante est toujours interdite et accompagne les rencontres sportives, les foires, les salons, les foires et les événements grand public. Sur les 3000 fûts stockés dans nos ateliers, nous n'en avons que 500 remplis. Le reste est désespérément vide faute de marché. "
S'il a réalisé un chiffre d'affaires de 1,8 million d'euros en 2019 avec ses six salariés et son co-gérant, l'agriculteur estime ses pertes en 2020 à près de 40%.
La Brasserie de Chandres remporte trois médailles
La nouvelle cuvée est disponible depuis quelques jours dans la boutique de la brasserie de Chandres. Vincent Crosnier veut se battre et compte sur les amoureux des produits locaux pour aider le secteur.
"Derrière les brasseurs, ce sont les producteurs céréaliers euréliens qui sont concernés"
Eric Thirouin, président de la Chambre d'agriculture d'Eure-et-Loir et président national de l'Association générale des producteurs de blé (AGPB), est conscient de l'effondrement de l'activité des brasseurs.

Plus généralement, en tant que président des céréaliers de France, nous produisons pour les brasseurs. C'est un domaine qui a beaucoup souffert depuis le début de Covid-19. Les prix mondiaux de l'orge se sont effondrés. En effet, l'aspect festif et les rassemblements sportifs, qui sont des moments de consommation de bière, sont arrêtés et également frappés par l'annulation de plusieurs championnats sportifs. La réalité est dramatique. C'est une situation similaire pour les horticulteurs et les restaurateurs. Nous voyons l'État venir à la rescousse de tous les secteurs économiques, à l'exception du secteur des brasseurs qui est vraiment touché par une catastrophe.
La sucrerie de Toury et ses salariés devenus symboles de la crise sanitaire et sociale
Avez-vous des solutions spécifiques pour les producteurs locaux?
Il existe des mesures qui existent grâce aux prêts garantis par l'État (PGE) et au Fonds de renaissance de la région. Je sais qu'il y a des communautés de municipalités qui appuieront ce secteur de façon palliative. Je demande aux Euréliens de consommer localement. Il est maintenant temps de soutenir les producteurs locaux. Toutes les céréales d'Eure-et-Loir ont subi d'énormes pertes. Nous attendons la prochaine récolte, qui commencera dans une dizaine de jours, pour voir ce qui va se passer. Pour l'orge de printemps et la bière, nous nous fatiguons le dos car la période de sécheresse a été très forte et nous nous inquiétons des rendements futurs.
Le nombre de brasseurs devrait fortement baisser en raison de l'arrivée de grands groupes dans ce créneau. Que proposez-vous pour soutenir le développement des brasseurs artisanaux?
Sur l'accompagnement, j'invite le Conseil régional, les communautés de communes à nous soutenir. Nous avons peu de brasseurs localement et nous devons les aider. La Chambre d'Agriculture, de l'Artisanat et du Commerce pourra aider les professionnels à constituer leur dossier d'aide en fonction de leur statut d'agriculteur, d'artisan ou de commerçant. Nous avons peur de la sécheresse qui risque d'avoir des conséquences aussi dramatiques qu'en 2016.
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Ahmed Taghza avec Hélène Challier et Françoise Illy