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[masse critique, babelio] la faucille d'or, roman d'anthony palou

Publié le 30 septembre 2020 par Tilly

éditions du Rocher, septembre 2020,lien 160 pages, 16 euros
lu pour l'opération Masse Critique de Babelio lien (on choisit un livre dans une liste de nouveautés, on reçoit le livre, on donne son avis sur le livre, on le partage)

4è de couverture : En reportage dans le Finistère, cette « fin de la terre » de son enfance, un journaliste quelque peu désabusé, s'intéresse à la disparition en mer d'un marin-pêcheur. Une manière d'oublier sa femme et son fils, qui lui manquent. Préférant la flânerie à l'enquête, David Bourricot peine à chasser ses fantômes et boucler son papier, malgré les liens noués avec des figures du pays : la patronne du bistrot où il a ses habitudes, un peintre nain, double de Toulouse-Lautrec, ou encore Clarisse, la jolie veuve du marin-pêcheur. Retrouvera-t-il, grâce à eux, le goût de la vie ? Roman envoûtant, porté par des personnages fantasques et poétiques, La Faucille d'or allie humour et mélancolie, dans une atmosphère qui évoque à la fois l'univers onirique de Fellini et les ombres chères à Modiano. — Anthony Palou est chroniqueur au Figaro. Auteur de Camille (Prix Décembre 2000) et de Fruits et légumes paru en 2010 (Prix Des Deux Magots, Prix Bretagne, Prix La Montagne Terre de France). La Faucille d'or est son troisième roman.Après être passée sans me ménager d'un poids lourd de la rentrée littéraire à l'autre (Eric Reinhardt, Emmanuel Carrère, Hervé Le Tellier, Richard Russo, Véronique Olmi, Franck Bouysse, etc.) j'avais envie d'une lecture plus facile, plus populaire... mon choix s'est porté sur La Faucille d'or d'Anthony Palou à cause du titre de la chronique du Télégramme (de Brest) : “ Tranche de vie à Penmarc'h ”.
Et justement ça tombait bien, il figurait dans la liste Masse critique de Babelio : je l'ai demandé, je l'ai eu !

Par snobisme je ne conviens pas facilement de mes (parfois) mauvais goûts littéraires. Plutôt que de les assumer bravement, je suis souvent assez faux-cul pour les dissimuler sous des explications alambiquées, pour “ voir ” des sous-textes, des doubles fonds, des ambitions cachées, là où il n'y en a peut-être pas.
Faute avouée, donc j'espère à demi pardonnée, mais maintenant ça va pas être facile d'expliquer que cette fois, m'attendant à un petit roman noir de terroir et de détente, j'ai déniché un poignant récit de milieu de vie ratée, le sombre portrait d'un homme sans illusions, à bout de course. C'est pourtant ça, exactement ça.

A quarante-cinq ans, le journaliste d'investigation David Bourricot (!) croule déjà sous le poids de blessures anciennes et celui du naufrage annoncé de son couple. Être seul à Paris pour Noël et Jour de l'An n'arrange rien.
Pour ne plus le voir s'enfoncer dans la morosité et l'à-quoi-bonisme, son rédac chef inquiet lui concocte une mission de la dernière chance, un reportage en pays bigouden sur la disparition en mer, quelques mois plutôt, d'un marin-pêcheur ; du réchauffé, mais pour pimenter la chose il lui souffle de s'intéresser à la consommation et au trafic de drogues dures parmi les hauturiers.
David, pas dupe, enquête mollement sur place, se laisse aborder par les piliers de bar locaux plus qu'il ne les interroge.
Il n'a pas grand effort à faire non plus pour attendrir la belle Clarisse, veuve Kermadec, qui lui livre quelques confidences sur canapé.
Peu à peu, des similitudes lui apparaissent entre ses propres galères professionnelles et familiales et celles du marin-pêcheur neurasthénique disparu.
Quitte à écrire un papier, il en ferait bien un sur le parallèle entre deux métiers en perte de repères : la pêche et le journalisme.
Mais ce n'est pas du tout du goût de son rédacteur en chef...

Un scénario de roman noir américain des années 50 (détective alcoolisé et déprimé) transposé en Finistère ?
Un Simenon gris (atmosphère) décoiffant ?
Un San-Antonio (personnages azimutés) introspectif ?
Non, non : le style d'Anthony Palou est bien à lui, distinct et original, constamment sur le fil entre dérision-farce et émotion-poésie, entre images déformées par la fantaisie et jeux de mots décalés, entre naïveté feinte et érudition littéraire.
Un roman placé tout entier sous le signe de l'astre lunaire ; je me suis amusée à relever les apparitions métaphoriques de madame la lune, j'ai dû en manquer tant elles sont nombreuses (parmi les plus faciles à trouver : le sourire de clown, la serpe coupante, le croissant dans une tasse de cacao, le jouet sur un phare, et bien sûr la faucille d'or dans Booz endormi)
Je n'oublierai pas non plus ce personnage secondaire combien important : le nain Henri-Jean de La Varende, un Quimper-Lautrec, peintre, pétomane et sorcier.
Mais les autres sont très bien aussi...
Un seul reproche (hyperbole) : je ne regarderai plus jamais comme avant mon “ assiette du pêcheur ”. Les bulots m'apparaîtront à jamais comme des “ tongs à la mayonnaise ”. Quant aux crabes, homards, araignées... ce seraient des charognards des mers qui se nourriraient des corps de noyés, pêcheurs ou estivants ! Sans parler de la lotte...

Anthony Palou rejoint Jean-François Vilar, Franck Bartelt et Abdel Hafed Benotman sur mon étagère "noire" (clairsemée... mais j'aime mieux faire lire les livres que j'aime que les garder !).

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