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Ni d’Eve, ni d’Adam

Publié le 03 août 2008 par Fuligineuse

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En furetant dans des sentiers qui bifurquent (toujours plus intéressants que la grande route), j’ai trouvé une explication intéressante sur l’origine du nom de notre père à tous, Adam – problème majeur assurément. Elle est due à saint Cyprien, évêque de Carthage au 3e siècle de notre ère. Selon lui, le nom d’Adam serait un acronyme formé à partir des noms grecs des quatre points cardinaux, A (Anatoli, l’Est), D (Dysis, l’Ouest), A (Arctos, le Nord) et M (Mézénobris, le Sud) afin d’indiquer qu’il s’agit d’un être universel, créé avec de la terre prise aux quatre coins du globe (ne me demandez pas comment un objet rond peut avoir des coins). L’hypothèse cyprianique (NB : je ne sais pas si cet adjectif existe) est citée par Gérard de Champeaux et Dom Sébastien Sterckx dans leur ouvrage Introduction au monde des symboles (Zodiaque, 1984).

Il existe en effet diverses hypothèses sur l’origine de ce nom, car le Créateur lui-même n’est pas très explicite à ce sujet, alors qu’il est bien précisé que « Adam donna à sa femme le nom d'Eve : car elle a été la mère de tous les vivants. » (Genèse, III, 20). Le lien avec la terre comme matière première est par contre attesté par le récit de la création : « L'Éternel Dieu forma l'homme de la poussière de la terre, il souffla dans ses narines un souffle de vie et l'homme devint un être vivant. » (Genèse, II, 7) (*)

D’après l’Encyclopedia Universalis, « en hébreu, le nom commun adam, toujours employé au singulier, signifie ‘homme’ en tant qu'espèce et non en tant qu'individu de sexe masculin. L'étymologie en est discutée. Le récit de la Genèse (II, 7) l'a rapproché du mot adamah, ‘terre’, mais c'est peut-être là jeu de mots significatif plutôt qu'étymologie véritable. Ce nom d'adam est employé dans les récits de la création de la Genèse (I, 3) avec l'article ‘ha’, ce qui, en hébreu, montre qu'il s'agit d'un nom commun. Peu à peu, il a été compris comme un nom propre : déjà dans certaines parties de la Genèse (IV, 25 ; V, 3-5), où manque l'article, dans le livre des Chroniques (I Chron., I, 1), vers 350 avant J.-C., et dans la tradition grecque des Septante (**). Adam est le père de l'humanité dans le judaïsme, et dans les traditions chrétienne et musulmane. (...) »

Fuligineuse

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(*) Texte du site La Bible Online. La traduction mise en ligne par ce site est celle de Louis Segond, qui a traduit la Bible en français à partir de l'Ancien Testament en hébreu (traduction achevée en 1874) et du Nouveau Testament en grec (1880). Le texte de Louis Segond a été revu en 1910 par une commission d'experts, puis dans les années 1970. Cette traduction est acceptée à la fois par les autorités juives et chrétiennes francophones, et donc considérée comme oecuménique.

(**) La Septante est une version en langue grecque du Tanakh (Bible hébraïque). Selon une légende rapportée dans la Lettre du pseudo-Aristée, la traduction de la Torah aurait été réalisée par 72 (Septante-deux) traducteurs à Alexandrie, au IIIe siècle av. J.-C, sur proposition de Démétrios de Phalère. Une légende postérieure veut que ces 72 érudits aient tous traduit séparément l'intégralité du texte, et qu'au moment de comparer leurs travaux, on se soit aperçu avec émerveillement que les 72 traductions étaient identiques. Par extension, on appelle Septante la version grecque ancienne de la totalité des Écritures (l'Ancien Testament chrétien).

Image (icône de saint Cyprien) Wikipedia 


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