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03 - Révoltes paysannes contre les maîtres

Publié le 08 septembre 2009 par Collectif Des 12 Singes

 

Révoltes paysannes contre les maîtres
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Quel que soit le contient, le régime politique, les paysans se sont toujours, à un moment ou à un autre, Soulevés contre ceux qui vivaient sur leur dos.
En 861, une Révolte paysanne, d´abord victorieuse, est écrasée en Chine. De 874 à 883, les paysans se Soulèvent à nouveau contre la classe dominante. Ils conquièrent de larges fractions du territoire, y compris la capitale. Ils partagent les biens entre les pauvres. Mais, ils sont finalement écrasés par les armées de l´empereur.

Alors que le franc Charlemagne avait restauré un empire au niveau européen, ses fils s’entre-déchirent et certaines populations se Soulèvent pour rétablir leurs Libertés, Droits et anciens rites religieux, païens.
De 841 à 852, la Révolte « Stellinga » des paysans et serfs saxons sévit contre leurs maîtres.
En 755, Charlemagne établit deux garnisons franques, puis une troisième à Karlsburg. Ainsi, un triangle de postes fortifiés et un segment de territoire occupé jalonnaient le cœur du pays de Saxe.
Au même moment, une organisation administrative civile et ecclésiale commencèrent à se mettre en place, au moyen des comtes, évêques et des abbés introduits en Saxe.
La méthode de réduction du pays fut exactement la même que celle employée par Pépin plus tôt en Frise. Bien que les Francs aient été chassés maintes et maintes fois, ils sont toujours revenus et ont finalement épuisé la Résistance des Saxons dans la soumission à la règle franque et au christianisme. Mais le Soulèvement continuel et désespéré des Saxons, uni à la Protestation humanitaire d’Alcuin, induisit graduellement Charlemagne à modérer la nature drastique du gouvernement en Saxe. Alcuin était un savant et religieux anglais. C’était l’un des principaux amis et conseillers de Charlemagne, et un artisan important de la renaissance carolingienne au VIIIè siècle et au IXè siècle. Il a mené de grandes réformes et il fut un des premiers à défendre l’idée d’une identité européenne qui s’appuie sur la civilisation antique plutôt que sur les héritages barbares. Il insistait notamment sur le rôle des prêtres qui est de prêcher en confiance, tandis que les puissants doivent écouter avec humilité. L’opposition entre les richesses de ce monde et la richesse intérieure, le caractère éphémère du pouvoir politique, le rationem reddere (rendre des comptes) comme horizon d’attente de tout acte politique, la responsabilité écrasante du gouvernant et les dimensions téléologiques (étude des causes finales) de son pouvoir sont les leitmotive qui habitent ses lettres, qu’elles soient adressés à des religieux (insistant aussi sur le devoir d’agir en songeant toujours au Jugement de dieu comme terme de l’action) ou des administrateurs (paroles qui corrigent, auxquelles le pouvoir royal se soumet avec gratitude). Chez Alcuin, théorie et pratique du pouvoir sont intrinsèquement liées. La correspondance est dictée par un impérieux devoir de parler et d’avertir.

Les Saxons étaient trop inflexibles (gens dura) pour être tout à fait réduits, et ont dû transiger de certaines manières. Le changement se mesure en comparant et contrastant le capitulaire féroce De partibus Saxoniae (785) avec une nouvelle loi proclamée en 797, qui fut évidemment le résultat d’une longue négociation entre l’empereur, le clergé, les nobles, les comtes et les leaders saxons eux-mêmes. Il est très significatif que les Saxons de 797 étaient autorisés à tenir des assemblées publiques et à maintenir leurs propres lois héréditaires et coutumes. Le pays a perdu son indépendance et a été incorporé dans le grand empire franc. Mais les Saxons préservaient toujours plusieurs de leurs mœurs indigènes et coutumes, trop invincibles pour céder. Le changement principal en Saxe a été effectué par la conquête en matière de religion. Cependant, le paganisme germanique antique a persisté et était fort en Saxe pendant beaucoup d’années.
Charlemagne, avec ce jugement infaillible qui l’a distingué, quand l’assujettissement des Saxons a été accompli, traita les nobles de Saxe avec une grande considération, et nous trouvons bon nombre d’entre eux à sa coupe dans les dernières années de son règne. Mais la classe des humains Libres (pas si grande que ça) fut lentement incorporée dans le système militaire franc.
Quand la conquête franque s’acheva, le paysan dépendant était déjà la règle. Lorsque des possessions paysannes étaient données à un monastère, le donateur n’était pas le paysan cultivateur mais son petit propriétaire terrien, qui cédait la terre et le paysan. Ce qui arrivait à cette époque carolingienne n’était pas la naissance du noble propriétaire terrien, mais un nouvel allotement (répartition des lots) des paysans dépendants permanents, menant à la formation d’un nombre relativement restreint de grandes seigneuries (moins difficiles à gérer) au lieu de nombreuses petites (qui se Soulèvent plus facilement).

En effet, roi de Bavière depuis 817, ayant participé à la révolte contre son père en 830 puis en 831, obtenant l’Alémanie et la Saxe, Louis II s’était à nouveau révolté en 838 contre son père puis, à la mort de ce dernier en 840, livra une véritable guerre civile contre ses autres frères avant de devenir roi de Germanie en 843. Trente ans de guerres amères et de désolation entre Francs et Saxons, alors que cela créait une aristocratie de guerriers nobles parmi les Saxons, laissaient également dans son sillage des milliers d’humains Libres, de serfs et d’esclaves cassés. Cette nation est divisée en trois classes : les nobles (aedhillingi), les humains Libres (frilingi) et les serfs (lazzi).
Dans les différends entre Lothar et ses frères (fils de Charlemagne qui devaient se partager l’empire selon la coutume franque), les nobles étaient divisés en deux factions, une suivant Lothar, l’autre, Louis II. Ceci étant, Lothar percevant qu’après la victoire de ses frères le Peuple qui avait été avec lui souhaiterait l’abandonner, contraint par diverses exigences, chercha de l’aide là où il pouvait. Il distribua les terres de la couronne pour son propre avantage, il donna la Liberté à certains et promis qu’il la donnerait à d’autre quand il aurait gagné. Il envoya même des messagers dans la Saxe et promis aux humains Libres et aux serfs, dont le nombre était immense, s’ils le soutiendraient, qu’il réinstaurerait la loi que leurs ancêtres avaient possédé quand ils étaient des adorateurs des idoles.
Gagnées par ces pensées, ces classes formèrent en 841 une ligue, adoptèrent un nouveau nom pour elles-mêmes, Stellinga (camarade), et après avoir conduit presque leurs maîtres hors du pays, commencèrent à vivre selon la loi que chacune appréciait après les coutumes antiques des Saxons.
Mais Louis II supprime les Rebelles en Saxe tant par des processus légaux (des confiscations et des déchéances) que par des exécutions.
Que fut la Stellinga ? Est-ce un exemple des anciennes guildes (assemblée de personnes pratiquant une activité commune, et dotée de règles et privilèges précis) qui survivent en Saxe, mais que Charlemagne et l’église ont écrasé chez les autres Germains ? Cela semble plutôt soutenir la ressemblance avec les conjurations servorum (serment commun de serviteurs pour exorciser un mal) qui ont existé dans les marais salins de la Flandre et de Frise, et que la législation de Louis II (« le pieu ») condamna en 821. Si tel est le cas, alors ce fut la Rébellion d’humains Libres et de serfs épuisés. Il n’y a aucun doute que la Stellinga fut un mouvement Insurrectionnel en Saxe, qui visait à assurer la restauration des Libertés et Droits que la conquête avait supprimé ou détruit.
L’empereur Louis II le pieu restaura nombre de Saxons qui avaient souffert sous son père dans leurs Libertés et leurs Droits, et cette restauration des Saxons nobles rendit furieux la paysannerie, qui n’était pas partie-prenante de la clémence impériale et qui endura les exactions de l’église et de la féodalité, menant à la Rébellion. En outre, la tyrannie de la dîme fut une source permanente de leur mécontentement.
En 843, on en est de nouveau venu aux mouvements de Rébellion, qui ont toutefois été terminés également rapidement. Il est significatif qu’en 852 il y ait un enregistrement d’une troisième Révolte de la Stellinga. La conquête de la Saxe par Charlemagne fut le point de départ d’énormes changements politiques, économiques et sociaux. Mais le conservatisme des Saxons était plus étanche contre les poussées et les pressions imposées par la féodalisation croissante des choses que toute autre région d’Allemagne.
Le tissu social était le résultat du système agricole. Tandis que les conditions des manoirs et les pratiques ont prévalu sur les terres de l’église et celles des plus grands nobles, d’un autre côté il y avait des milliers de propriétaires fonciers allodiaux (terre dont quelqu’un avait la propriété absolue, et où le propriétaire n’avait donc aucun seigneur à reconnaître ni redevance à payer) en Saxe et de grandes portions de terre à propriété foncière perpétuellement Libre. En un mot, les propriétés Libres, sans bail, étaient la règle. D’ailleurs, la ténacité des familles et la persistance têtue de l’esprit du vieux groupe de clan ont donné protection et appui à cette condition.
L’isolement du petit propriétaire foncier était sa perte, depuis que cela le rendait incapable de résister à des circonstances défavorables, telles qu’une mauvaise année, un feu, la peste parmi ses bêtes, ou une incursion piratesque sur sa ferme. C’est tout à fait vrai du petit propriétaire foncier isolé, mais ce n’est pas le cas du petit paysan propriétaire qui s’est entouré d’un apparenté. Dans les régions où l’apparentement a préservé la Solidarité, ce serait moins facile pour un riche propriétaire foncier, ou même pour des bases ecclésiastiques, d’exploiter les difficultés financières et sociales d’un pauvre voisin en acquérant ses terres, ou en imposant des droits sur lui en profitant de périodes de besoin.
C’est exactement ce que l’on trouve au début de la Saxe, jusqu’aussi tard que la fin du douzième siècle, tandis que dans tout reste de l’Allemagne cette condition avait disparu plusieurs siècles avant.
Les restes de la municipalité primitive germanique sont évidents dans les « plowlands » (terres de labour) se rattachant à chaque chef de famille, et les prés et les étangs communs étaient partout visibles en Saxe jusqu’au Moyen-Age tardif. Des formes de labourage devenus désuètes dans la vieille Allemagne survécurent en Saxe, comme l’ancien système d’un-champ et de deux-champs, côte à côte avec le système de trois-champs.
La même vitalité caractérise la persistance des institutions sociales primitives. Le comitatus (l’antique bande de guerre germaine, ou
« suite » d’un chef de guerre ou d’un Herzog) peut être clairement tracée dans l’Histoire saxonne, longtemps après que ce soit dissout dans le féodalisme le reste de l’Allemagne. La nature têtue du tissu social des Saxons a toujours cédé tellement lentement à la pression féodale de la structure sociale autour d’elle. Le Sachsenspiegel a maintenu une force en Allemagne du nord longtemps après que la loi des Souabes et des Bavarois ait adopté la manière du féodalisme.
Mais la Stellinga fut également une réaction païenne. Après cinquante ans de christianisme professé, ce n’était qu’une couche de peinture brillante en Saxe. Profondément au-dessous de toute profession extérieure de la foi de conquête, les mémoires du vieux culte et des vieilles victoires étaient dans les cœurs des Saxons, que la religion imposée ne pouvait pas effacer.
Toute énergique que la conquête de la Saxe avait été, la trempe des Saxons indigènes était trop vigoureuse pour être complètement changée. L’influence de l’organisation de l’église n’extirpa pas complètement l’antique Gau-système. L’église ne réussit pas non plus à éradiquer les pratiques religieuses païennes immémoriales des Saxons.

Après des succès initiaux, Louis II réussit à terminer les Rébellions. Il assura sa domination en Saxe et tint un tribunal correctionnel terrible contre les Rebelles. Par le découragement de la Rébellion, l’intégration durable de la Saxe dans le royaume franc a réussi.
Pour autant, dans la dissolution de l’empire franc au IXè siècle, les institutions originales des Saxons ont affirmé leur suprématie sur les institutions externes et exotiques des Carolingiens que Charlemagne leur avait imposé.

La plus grande partie de l’Allemagne actuelle, nommée alors Germanie, ne connut pas la domination romaine. On peut considérer que les territoires germaniques entrèrent dans le Moyen Âge non avec la chute de l’empire romain, mais avec la domination franque et son corollaire, l’évangélisation catholique. Avec les Francs le monde germanique passe d’un ensemble de peuples, de tribus, de clans à une mosaïque d’états, de royaumes, de duchés nationaux, de comtés et de marches.
Suite à une Révolte de serfs dans le Mecklembourg (Allemagne) en 955, des serfs slaves se Soulevèrent victorieusement en 983 contre la domination allemande et la christianisation, dans le Brandebourg (Allemagne). Le 29 juin, les sièges épiscopaux de Brandebourg et de Halberstadt sont détruits.

En France, de nombreuses Révoltes paysannes jalonnent le Moyen Âge. En 997, c’est la première Révolte paysanne connue en Normandie.
Après la mort de Louis le Pieux, l’empire carolingien se morcelle et s’affaiblit considérablement freinant l’élan culturel. L’empire se divise en principautés reconnaissant le roi mais Autonomes de fait. Les comtes, qui sont au départ des représentants de l’autorité impériale, nommés de manière temporaire, se fixent sur un territoire. La seule richesse à l’époque est la possession de terres. Charlemagne, pour garder la fidélité de ses comtes, leur faisait prêter serment, mais il fallait les rémunérer. On leur concédait donc des terres. Quand les fils de Louis le Pieux s’entredéchirent pour le partage de l’empire, ils doivent s’assurer la fidélité de leurs vassaux en monnayant leur Autonomie. C’est ainsi que se crée le système féodal. Plus le pouvoir central faiblit, plus les comtes doivent prendre en charge la défense des territoires contre les envahisseurs (Normands, musulmans ou Hongrois) et plus ils prennent d’Autonomie dans les faits. L’ancrage des comtes à une terre se matérialise par la construction de nombreux châteaux. D’autre part, les évêques, qui sont souvent des laïcs, sont nommés par les princes et échappent souvent à l’autorité du pape. Avec l’affaiblissement de l’autorité impériale et papale, l’empire se morcelle en une multitude de principautés Autonomes bien que reconnaissant leur autorité.
Si au IXè siècle les pillages des Vikings ont notablement ralenti l’économie, il devient plus rentable pour eux de s’installer sur un territoire, recevoir un tribut contre la tranquillité des populations et commercer plutôt que guerroyer dès le Xè siècle. C’est ainsi que Alfred le Grand ayant vaincu les Danois leur laisse le nord est de l’Angleterre (Danelaw) en 897 ou que Charles le Simple accorde la Normandie à Rollon en 911. Ils sont christianisés, s’intègrent de fait à l’occident féodal et en deviennent des éléments moteurs.

À la mort de son père, le duc Richard Sans-Peur, Richard II de Normandie (dit tantôt Richard l’ « Irascible » ou Richard le « Bon ») est semble-t-il, encore mineur, ce qui laisse le champ libre à une vague de Troubles politiques dans le duché normand.
Il y a tout d’abord une grave Révolte de paysans en 996/997, qui décident de former des assemblées pour se gouverner eux-mêmes.
Guillaume de Jumièges : « Dans les divers comtés du pays de Normandie, les paysans formèrent d’un commun accord un grand nombre de petites réunions dans lesquelles ils résolurent de vivre selon leur fantaisie, et de se gouverner d’après leurs propres lois, tant dans les profondeurs des forêts que dans le voisinage des eaux, sans se laisser arrêter par aucun droit antérieurement établi. Et afin que ces conventions fussent mieux ratifiées, chacune des assemblées de ce Peuple en fureur élut deux députés, qui durent porter ses résolutions pour les faire confirmer dans une assemblée tenue au milieu des terres. Dès que le duc en fut informé, il envoya sur-le-champ le comte Raoul avec un grand nombre de chevaliers, afin de réprimer la férocité des campagnes, et de dissoudre cette assemblée de paysans. Raoul, exécutant ses ordres sans retard, se saisit aussitôt de tous les députés et de quelques autres hommes, et leur faisant couper les pieds et les mains, il les renvoya aux leurs ainsi mis hors de service, afin que la vue de ce qui était arrivé aux uns détournât les autres de pareilles entreprises, et rendant ceux-ci plus prudents, les garantît de plus grands maux. Ayant vu ces choses, les paysans abandonnèrent leurs assemblées, et retournèrent à leurs charrues ».
En 1 172 un trouvère normand, Wace, publie Le Roman de Rou (Rou = Rollon, duc de Normandie) qui, avec ses 16 000 vers, est une « amplification » poétique de l’Histoire des Normands de Guillaume de Jumièges.
« N’avait encor guère régné, Ni duc guère n’avait été, Quand au pays monte une guerre, Qui dut grand mal faire à la terre.
Les paysans et les vilains, Ceux du bocage et ceux du plain, Ne sais par quel entichement, Ni qui les mut premièrement, Par vingt, par trentaines, par cent, Ont tenu plusieurs parlements, La devise vont conseillant, S’ils pouvaient la mettre en avant, Et la faire porter en tête : « Notre ennemi, c’est notre maître. »
Ils en ont parlé, en secret, Et plusieurs l’ont entre eux juré, Que jamais par leur volonté, N’auront de seigneur ni d’avoué [l’avoué est un seigneur laïque, exerçant à la place d’un vassal ecclésiastique le service d’ost – service militaire dû au suzerain par les vassaux ; dès le haut Moyen Âge, cette obligation s’imposait à tous les hommes Libres – et chevauchées –long raids dévastateurs sur plusieurs centaines de kilomètres et sur un front de plusieurs kilomètres –, contraires à la loi chrétienne], Ont des seigneurs mauvais renom. Ils n’ont jamais contre eux raison, N’ont jamais ni gain [terre labourable], ni labour, Vont à grand douleur chaque jour, En peine sont et en ahan [effort pénible], L’autre an fut mal et pis cet an. Tous les jours leurs bêtes sont prises, Pour les aides et les services [les aides et les services étaient des droits/impôts seigneuriaux], Tant y a plaintes et querelles, Coutumes vieilles et nouvelles (...)
Ne peuvent une heure être en Paix. Sont chaque jour cités en plaid [assemblée des grands, comtes et évêques à l’époque carolingienne, elle siège souvent à l’automne (plaid restreint) et au printemps (plaid général). En pratique, elle coïncide souvent au printemps avec la convocation de l’armée. C’est au plaid que le roi juge, entouré de sa cour, et qu’on élabore et promulgue les décisions les plus diverses, formulées ensuite en capitulaires. Par la suite, le terme de plaid est utilisé à propos de la réunion (simple assemblée ou audience) des habitants d’une communauté, à la demande du seigneur, chaque année]
Plaid de monnaie et de forêt, Plaid de corvée et plaid de guet [service d’entretien/embellissement et de garde du château], Plaid de chemins, plaid de clôtures, Plaid d’hommages, plaid de moutures [usage du moulin banal], Plaid de fautés [liens féodaux], plaid de querelles, Plaid d’aides et plaid de gabelles [droits/impôts sur les denrées, plus tard sur le sel], Tant y a prévôts [agent du seigneur ou du roi chargé de rendre la justice et d’administrer le domaine qui lui est confié] et bedeaux [employé laïc préposé au service matériel et à l’ordre dans une église], Tant de baillis [représentant de l’autorité du roi ou du prince, chargé de faire appliquer la justice et de contrôler l’administration en son nom] vieux et nouveaux, Qu’ils n’ont pas une heure en repos.
On leur en met tant sur le dos, Qu’ils ne peuvent gagner leur cause, Chacun tire d’eux quelque chose.
Pourquoi nous laissons-nous manger ? Mettons-nous hors de leur danger ; Nous sommes hommes comme ils sont.
Unissons-nous par le serment, Nous et nos avoirs défendons, Et tous ensemble nous tenons ; Avons bien, contre un chevalier, Trente ou quarante paysans, Maniables et combattants. Par le nombre que nous serons, Des chevaliers nous défendrons.
Ainsi pourrons aller aux bois, Trancher arbres à notre choix, Aux viviers prendre les poissons, Dans les forêts la venaison De tout ferons nos volontés, Par les bois, les eaux et les prés.
Par ces dits et par ces paroles, Et par d’autres encor plus folles, Ont marqué leur assentiment, Et se sont juré par serment, Qu’ensemble tous se tiendront, Et ensemble se défendront ; Ont élu, ne sais où ni quand, Les plus adroits, les mieux parlant, Qui par tout le pays iront, Et les serments recueilleront.
Assez tôt, Richard entend dire, Que vilains Commune faisaient [révolte assimilée à celle des bourgeois, contemporaines et recevant le même nom], De ses droits le dépouilleraient, Lui comme les autres seigneurs, Qui ont vilains et vavasseurs [vassal d’un vassal (arrière-vassal) et donc possesseur d’un arrière-fief. Les vavasseurs faisaient partie de la classe la plus inférieure de la noblesse, avec les chevaliers].
Raoul s’emporta tellement, Qu’il ne fit pas de jugement ; Les fit tous tristes et dolents ; A plusieurs arracher les dents, Et les autres fit empaler, Arracher les yeux, poings couper, A tous fit les jarrets rôtir, Même s’ils en devaient mourir ; D’autres furent brûlés vivants, Ou plongés dans le plomb bouillant, Les fit ainsi tous arranger.
La commune est réduite à rien, Et les vilains se tinrent bien ; Se sont retirés et demis.
De ce qu’ils avaient entrepris, Par peur devant les Conjurés, Qu’ils virent morts ou torturés.
Mais les riches se rachetèrent [ce passage marque nettement la différence de sort : celui qui a de l’argent est dépouillé, ce qui veut dire qu’ils participaient aussi à l’Insurrection à tendance Anarchiste contre le pouvoir seigneurial ; celui qui n’a que sa vie est mis à mort], Et de leur bourse s’acquittèrent ; On ne laissa rien à leur prendre ; D’autant qu’on put, on les fit rendre. Tels procès firent leurs seigneurs, Qu’on n’en put faire de meilleurs.

En 1 008 Geoffroi de Normandie meurt au cours d’un pèlerinage à Rome. Sa régence est confiée à Havoise, qui doit concéder la suppression du servage après une nouvelle Révolte rurale en Normandie.
Durant le règne des premiers carolingiens, la structure de la société agricole s’est transformée. Les domaines fonciers francs dérivés de l’antiquité utilisaient des esclaves comme main d’œuvre. Ces derniers, non intéressés au rendement, sont peu productifs et sont coûteux en saison morte. Quand vient la Paix, nombreux sont les hommes Libres qui choisissent de poser les armes pour le travail de la terre, plus rentable. Ceux-ci confient leur sécurité à un protecteur contre ravitaillement de ses troupes ou de sa maison. Certains arrivent à conserver leur Indépendance, mais la plupart cèdent leur terre à leur protecteur et deviennent exploitants d’une tenure (ou manse) pour le compte de se dernier. Dans le sens inverse les esclaves sont Emancipés en serfs et deviennent plus rentables (cette évolution se fait d’autant mieux que l’église condamne l’esclavagisme … entre chrétiens). La différence entre paysans Libres et ceux qui ne le sont pas s’atténue. L’introduction du denier d’argent est un progrès énorme : le paysan peut alors vendre des surplus, il devient intéressant de produire plus que ce qu’il suffit pour survivre (après avoir reversé la partie de la production due au seigneur). La diffusion de la monnaie est une puissante motivation pour augmenter la production dans le domaine agricole que ce soit par l’extension de la surface exploitée ou par l’amélioration technique. Avec cette évolution, les paysans Libres ont une productivité bien supérieure aux esclaves qui n’ont aucun intérêt à produire plus. Les grandes invasions vont chasser les paysans serviles des exploitations pillées, ils se réinstallent à leur compte en défichant leurs propres parcelles, ou se mettent sous la protection d’un seigneur : au total les invasions ont accéléré le processus de mutation du monde agricole, qui devient plus porté sur la productivité afin de dégager des surplus vendables. Il en résulte de nombreux défrichage et des progrès techniques qui se traduisent par une forte croissance démographique. D’autre part, l’augmentation des surplus agricole va permettre d’augmenter les capacités d’élevage et de produire plus de richesses et une alimentation plus variée ce qui a aussi un impact sur la croissance démographique.

       


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