Magazine Journal intime

Le début de la fin (2)

Publié le 28 juin 2012 par Mirabelle

Mon cher Victor,

Samedi 7 avril, Chéri et moi tentons d'oublier cette histoire de tension (ce qui n'est oas facile, car qui dit tension haute dit obligation d'en faire le moins possible !) et surtout de "passer le temps" en attendant les résultats de mon analyse d'urine Quelle analyse d'urine ? Mais siiiii Victor, tu sais bien, quand j'ai fait pipi dans le pot ! Roooo ! Je l'avais apporté le matin-même, très anxieusement, au laboratoire de la clinique, et chassais de mon esprit (ou du moins essayais de le faire) la menace de prééclampsie que je sentais fondre sur moi vitesse grand V. Et puis soudain, vers les 16h...

Alors que je fais la sieste (ben oui, ça fatigue la grossesse !), mon téléphone sonne, je reconnais immédiatement le numéro de la clinique, mon sang ne fait qu'un tour, j'ai le coeur battant, je sais, je sais déjà, s'ils m'appellent c'est qu'ils ont eu les résultats et qu'ils ne sont pas bons, pas bons du tout...

" Nous avons vos résultats. Il faudrait que vous veniez tout de suite à la clinique."

- J'ai des protéines dans les urines ?

" Oui."

- Beaucoup ?

"Oui, beaucoup."

- Combien ?

" 3,30 g."

- Ce que vous êtes en train de me dire, là, c'est que je fais une prééclampsie, c'est ça ?

"Oui, tout à fait Mademoiselle."

- J'arrive.

Je raccroche. Je tremble. Je sais que c'est là, maintenant. J'ai lu plein de choses. Je sais qu'au-dessus de trois grammes, on considère que c'est une prééclampsie sérieuse. Je sais qu'ils n'attendront pas. Beaucoup de protéines, beaucoup de tension : ils vont me déclencher. Chéri, lui, ne s'affole pas, ne réalise pas, ne prend pas toute la mesure. Je lui parle de faire le sac. Quel sac ? Et puis il faudrait appeler mes parents, aussi, pour décommander le repas de Pâques demain midi. J'appelle ma  mère. J'annonce la couleur. J'entends la peur dans sa voix. Je raccroche. Je saute sur le sac de voyage. Bien sûr, rien n'était prêt. C'était trop tôt. C'est trop tôt. Je suis terrifiée. Pour elle. Pour moi. Je ne sais plus ce qu'il faut prendre. J'attrape les vêtements naissance dans l'armoire, en priant pour que ce ne soit pas trop grand pour elle. Je prends ce qui vient dans mes tiroirs. Je tremble. Je pleure un peu. Chéri m'aide, prépare ma trousse de toilette. Ils vont me déclencher, je lui dis, j'en suis sûre, elle sera là bientôt, très bientôt. Demain, peut être, nous serons parents, tu te rends compte ? Mais c'est trop tôt, proteste-t-il, bien trop tôt, tu ne peux pas accoucher maintenant... De l'inquiétude dans ses yeux. Il a compris, enfin. J'essaie de sourire : On n'a pas le choix. Je dois accoucher. Ou on pourrait mourir, elle comme moi.


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