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Le cinoche à Jules-Zardoz

Publié le 10 mars 2014 par Jules

zardoz

François Forestier, critique cinéma au Nouvel Observateur, a connu une certaine renommée avec son livre « 101 Nanars, une anthologie du cinéma affligeant». Il a popularisé le concept du nanar en France, et au passage, s’est amusé à dégommer certains « chefs-d’œuvre officiels »*. Si l’exercice peut être amusant au départ, il se révèle n’être au final pour Forestier, qu’une excuse de plus pour taper sur tout le monde (le bonhomme n’a jamais brillé par sa finesse). Mais le film qui en a le plus pâti est sans conteste Zardoz de John Boorman. En effet, en choisissant de mettre en couverture de son livre une photo emblématique du film, Forestier a contribué à en donner une fausse image. Bon, faut dire Sean Connery en slip rouge le choix était plutôt tentant. Mais le film vaut quand même bien plus que cela.

Evacuons d’entrée le sujet qui fâche. Oui Zardoz est kitsch. On y voit notre James Bond Ecossais tirant une charrue, à moitié nu ou déguisé en robe de marié. On y entend également des répliques plutôt singulières tel que « Penis is Evil ! Gun is Good ! ». C’est que John Boorman est un poète. Sa culture, à la fois picturale et littéraire en fait un réalisateur inspiré. Cependant, son enthousiasme lui fait parfois composer des tableaux que l’on pourrait juger « ringards ». Adepte de la métaphore, il peut parfois aller très loin ( comme le montre une partie de sa filmographie : L’exorciste l’hérétique, Léo the last, Excalibur). Mais pour certains (dont je fais parti) c’est ce qui en fait également le charme. Boorman, sur ce film, a dû composer avec des contraintes budgétaires importantes. Toutefois, le bonhomme est plus que compétant techniquement. Cadrage, lumière, tout est top. Il expérimente comme un fou divers procédés de trucages optiques, ce qui fait de Zardoz un film psychédélique. Et alors ? Attendons de voir comment certaines croutes numériques du moment vont vieillir dans les prochaines années.

Outre son esthétique particulière, c’est dans son propos que Zardoz impressionne. Car c’est un vrai film de science Fiction au scénario très ambitieux. En effet Zardoz décrit un monde où l’immortalité est rendu accessible par la science. Seule une petite caste de la population en bénéficie. Les autres sont insidieusement laissés à l’état sauvage afin de réguler la surpopulation galopante. Z, un sauvageon joué par Connery, parvient à s’infiltrer parmi les immortels et va semer la révolte parmi cette élite qui, en bannissant la mort de son quotidien, en a paradoxalement aussi banni la vie. Connery, par sa virilité bestiale agit comme un révélateur au sein de cette communauté qui a renié son humanité et son appartenance à la nature. Le film devient alors prophétique et culmine dans un plan final mémorable au son de la 7eme symphonie de Beethoven.

Zardoz aura par la suite une influence notable sur tout un pan de la SF moderne (l’Incal par exemple). Pas mal pour un nanar ! Réhabilitons donc la moustache et les cuissardes de Sean Connery et crions « vive Zardoz » !

* Rappelons que le nanar est un film involontairement drôle.


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