Magazine Journal intime

Résiste!

Publié le 23 janvier 2011 par Sexinthecountry2

Créer, c’est résister. Résister, c’est créer. -Stéphane Hessel-

Ici, maintenant, je pense à toi et je t’invente. Chaque ligne écrite est une souffrance que je m’inflige. Je me presse le cœur pour te trouver. Dans ce lieu où tu es désormais. Perdu en toi-même, loin de nous tous qui t’aimons. 

Cette chose qui a cassé le pont entre toi et nous. Cet événement s’est produit il y a presque un mois.

Tu traversais la rue. Le jeune conducteur a été aveuglé par la lumière du soleil de midi. Il ne t’a pas vu. Le pare-brise de la voiture a été brisé par l’impact. C’est ton corps, mon ami, qui l’a fracassé. Ta tête.  Traumatisme crânien sévère. Dans le journal : «Un piéton s’est fait frapper par une voiture». Pas «un piéton». Non. Mon ami Jean-Maxime Côté. Toi. Max.

Tu as immédiatement été transporté à l’Enfant-Jésus, à Québec.

Éric est allé te visiter la semaine dernière. Tu l’as appelé Écrin, puis Monsieur, puis Éric.

Éric, c’est ton meilleur ami.

Chaque jour, je vais voir sur ton profil facebook. Pour lire les nouvelles que donnent tes parents et les amis qui t’ont rendu visite. Tu as des trous dans ta tête. Des trous, que tu combles en inventant des mots, des souvenirs, des êtres humains qui n’existent pas. Tu parles d’une Nancy aux gros seins, d’un travail en Autriche. La fiction te sert à tisser des liens entre les morceaux de sens que tu parviens à attraper. Le personnel soignant dit que tu dois te retrouver en toi-même. J’essaie de concevoir ce que c’est. Je n’y arrive pas. Quel voyage es-tu en train d’entreprendre mon ami? Reviendras-tu?

Parfois, ta panique est si grande, qu’ils doivent t’attacher. Cette phrase que je viens d’écrire, je la déteste, et je déteste les images qu’elle provoque en moi. Mais elle doit être là, comme toutes les autres. Parce qu’elle permet de rendre le portrait plus complet. Le portrait de toi que je suis en train de faire. 

Je t’écris parce que j’ai l’impression qu’en t’imaginant, j’ai plus de chances d’arriver à te rejoindre où tu es. Mais aussi, parce que ça me permet de te conserver. Ici, dans cette fiction, tu es encore mon Max. Avec ton sourire. Tu as le plus beau sourire du monde. Un sourire qui transfigure complètement ta physionomie. Tes yeux noirs s’étoilent et c’est comme si, tout d’un coup, la vie tirait ton visage tout entier vers le ciel.

La semaine prochaine, je m’en vais là-bas. Te voir pour vrai. C’est prévu. Je sais à quelle heure. Je sais avec qui. J’ai peur. J’ignore qui je vais rencontrer. Je ne sais pas qu’elle est la part de fiction que tu auras mise entre toi et moi.



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