Magazine Journal intime

Maria

Publié le 27 mars 2012 par Sexinthecountry2
Maria

Brent Stirton from South Africa, a Getty Images photographer working for Kiev Independent, has won the first prize Contemporary Issues Singles with this picture of Maria, a drug addict and sex worker.

J’t’ai rencontrée par un beau samedi avant-midi

J’étais de bonne humeur

Ma maison embaumait l’café,

Pour une fois mes toasts avaient pas brûlées

C’était une de ces journées précieuses, gorgées de sens

De ces journées où je pourrais attraper le chaos pour en faire ressortir des motifs de fleur, des cristaux précieux

De ces journées où je me sens toute ouverte, fendue en deux, incapable d’empêcher la vie d’entrer de partout.

Y’était passé onze heures pis j’avais pas encore enlevé mon pyjama à cerises

J’écoutais Tom Waits, j’avais l’goût de faire l’amour

Mais quand j’t’ai vu, ma bouchée d’toast au Nutella est restée pognée dans ma gorge

Un peu comme quand on mange un roteux vapeur trop vite, pis qu’ça fait mal

Un peu comme un serpent qui avale un œuf

Sur mon écran cathodique l’image choquante, insoutenable de ton corps à demi-dénudé

Avec pour seule légende : «Maria, prostituée junkie Ukrainienne»

J’ai eu mal à mon humanité

T’avais une pose provocante digne de la Grande Odalisque

Tu regardais l’objectif drette dans l’oeil

Tes cuisses, maigres, sales et bleuies

Tes p’tites culottes jadis blanches maintenant grises, en charpie

Comme si c’était la seule paire qui te restait

Ta jambe droite entourée d’un bandage crasseux de la hanche jusqu’en dessous du genou

Quessé qu’a l’a ta jambe Maria?

Ton seule bijou : une montre.

Probablement pour vérifier depuis combien de temps tu te fais passer sur le corps par celui là.

Pis dans combien de temps tu vas te taper l’autre.

Tes yeux graves, bleus, dures

On dirait presque un regard d’homme Maria

Est-ce qu’à force de les voir, penchés au-dessus de toi, pour te prendre ou te violenter, ton visage a fait du mimétisme?

As-tu essayé de devenir celui qui t’achète

Pour enfin savoir à ton tour ce que c’est que de pouvoir choisir?

Comment ils font pour te désirer Maria?

Comment on peut avoir envie d’un corps dévasté?

Un corps en charpie comme tes petites culottes?

T’es clients doivent être aussi scraps que toé?

Aujourd’hui j’ai décidé d’écrire un texte sur toi

Depuis une demi-heure je m’impose ta photo Maria,

Pour essayer de te rendre

Pour essayer de retrouver ce que j’ai compris ce jour là en te voyant pour la première fois.

Toute la soirée j’ai cherché à faire de la poésie avec ton image, de trouver des beaux mots pis des figures de style.

J’ai essayé toute la soirée de faire émerger le sens.

Mais ta photo est tellement crue, tellement saignante tellement gorgée de désespoir que j’ai baissé les bras

Je reste atone devant ton image Maria

Je pense qu’elle parle d’elle-même

Ton image hurle qui a quelque chose de pourri au royaume de l’humain

Pis pour que je passe par-dessus ça,

Va falloir des milliers de jardins.



Retour à La Une de Logo Paperblog