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Récit de la naissance de jumeaux après plusieurs années de PMA

Publié le 14 septembre 2012 par Madameparle

Récit de la naissance de jumeaux après plusieurs années de PMA

Cette semaine Alexandra nous raconte la naissance de ces enfants après 4 ans de Procréation médicalement assistée.

Je me suis permise de mettre une annotation au milieu du récit pour que les personnes sensibles arrêtent la lecture à ce stade.

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Je n’imaginais pas que c’était vrai, qu’on faisait vraiment le ménage, ou son nid, la veille d’accoucher .
Je n’imaginais pas que le 5 juin serait le jour où enfin je deviendrai maman.
Je n’imaginais pas non plus à quel point cette journée serait intense encore moins les mois qui allaient suivre. Parce qu’après 8 mois plein, ou presque, 36SA+4 exactement, ça nous a changé la vie, nos perspectives, et notre vision du bonheur.

Tout à commencé ce vendredi, j’ai fait toutes les poussières chez moi et qu’une cousine m’affirme que j’accoucherai le lendemain…je rigole tout bas, je suis convaincue du contraire.

Le soir même on fait un barbecue dans le jardin, il fait chaud, si chaud et quand je regarde mes pieds je rigole : ils n’ont jamais été aussi énormes, je n’ai plus de chevilles, d’ailleurs, ça ne me fait rire qu’à moitié, je supporte mal la chaleur ce soir là et vais prendre un bain… la soirée se passe, et je vais me coucher, je suis étrangement très fatiguée…la chaleur sans doute…

Ce 05 juin à 5h du matin, je vais comme chaque nuit aux WC puis je vais dans ma cuisine pour boire un verre et là, je sens du liquide couler ; je me dis  » me voilà incontinente, il ne manquait plus que ça » et je retourne aux toilettes.
Je m’aperçois que ça recoule et je pense que ma vessie doit être bien écrasée par les bébés pour que je ne la contrôle plus, du coup je me décide à remonter me coucher… Je vais pour m’allonger quand tout à coup je sens un couac, suivi d’une grosse grosse fuite et là je comprends : je viens de perdre les eaux, yesssss, je l’avais tant espérée cette perte des eaux à la maison, par surprise !!!

Je réveille mon homme très zen « chéri, c’est pour aujourd’hui, on va à la mater » et lui,  très sérieux (surtout pas réveillé :  »ça peut pas attendre, t’es sûre ?? Rire pour moi, car je sais, j‘ai compris c’est aujourd‘hui alors j’appelle la mater : les sf me disent de venir : je prends tout de même le temps de prendre une douche, de m’habiller, de me maquiller…et oui, je veux être présentable pour ces p’tits cœurs.. Lui, prend vraiment tout son temps et moi je savoure, je le regarde boire son café, je suis émue, je sais qu‘on ne sera plus jamais 2… je ne sens aucune contractions.si ça se trouve j’en ai pour 20 heures de travail ou plus….même pas peur !!

On arrive un peu avant 7h à l’hosto. on m’installe en salle de travail et les sages femme de dire qu’on va vérifier si il s’agit bien de la poche des eaux, euh….inutile, j’en suis sûre, ça ne s’arrête plus, ce sont les chutes du Niagara à chacun de mes mouvements! On me confirme que c’est pour aujourd’hui, les bébés se présentent bien, les résultats de l’IRM le confirme, je vais accoucher en voie basse, troooop bien… mais col ouvert à 1 large…ça va être long !!

Je dis alors à mon chéri qu’il peut s’en aller que je l’appellerai quand ça sera du sérieux. on me met sous monito, et on voit des contractions rapprochées, et régulières, mais moi je ne sens toujours rien…jusque 8h.
La sage femme revient plusieurs fois dans la matinée et contre toute attente, le travail avance vite, très très vite, les contractions deviennent douloureuses (et moi toute seule, je m’entends encore répéter « puta*n à chacune d’entre elles !!! J‘inspire, j‘expire, j‘accompagne la contraction comme je l‘avais lu  tellement de fois sur les sites de futures maman, n‘ayant pas eu les cours de préparation à l‘accouchement, map oblige.

A 10h col à 6, je ne suis déjà plus tout à fait moi, je suis seule avec moi-même, je souffle, je m’évade, j’oublie la douleur quand on me propose la péridurale et là j’accepte pendant qu’il en est encore temps. Juste la pose a été un peu stressante, l’infirmière anesthésiste m’a tenu les épaules, car je n’arrivais pas à garder le dos rond…très vite le bonheur total !!

12h30 : à complète, je peux appeler chéri d’urgence, on me dit que les jujus seront là dans l’heure…et moi qui ne sens rien…. Je rêve, je divague, je m’endors.
Finalement, petit bonhomme est resté en stand by pendant 2 heures 1/2 dans le bassin, du coup on m’assoit et me perfuse avec de l’ocytocine pour augmenter les contractions.

14h50 on m’emmène au bloc opératoire, au cas où on doive faire une césarienne d’urgence, même si jusqu’à présent les petits se présentent tous 2 en position céphalique

Le gygy en chef accepte, face à mon insistance, la présence de mon homme au bloc, c’est génial, il s’est déguisé en chirurgien pour pouvoir assister. Et là, le choc, 14 personnes sont présentes à mon accouchement …je comprendrai que plus tard l’intérêt c’est une mesure de précaution pour les accouchement de multiples….d’accord, s’ils le disent…mais peu importe, mon moment est venu, je n’ai pas le temps d’être gênée.

On me demande de pousser, souffler, je fonctionne à l’instinct, je sens mon bébé descendre.

Après moins de 5mn de poussées efficaces (j’avais une de ces niaques !!), mon chamallow  est arrivé sans douleurs, sans épisio, sans instruments….à 15h09.

Puis on remet ça de suite, elle est arrivée comme une fleur à 15h11….

La joie est immense, je regarde mon homme, qui est devenu le père de mes enfants, il est en larmes, c’est beau et bon, on a réussi !

je les ai eu chacun 30 secondes sur la poitrine, juste le temps de m’enivrer de leur odeur, ils sont beaux, et je les reconnais immédiatement…

Ils sont mon évidence…

Ndlr: Attention à partir de ce stade du récit âmes sensibles passer sa route!

J’entends encore les doc dire à mon homme que je les rejoins en salle de réveil (puisqu’on est au bloc, les soins ne se font pas là).

Puis c’est vite le néant. J’ai froid, je tremble, on m’attache bras et jambes, un anesthésiste me met un masque, et me tient le visage, on me donne des claques, je ne respire plus ou très mal…Je sens qu’on trifouille mon ventre intérieur et extérieur, et ça dure si longtemps et j’ai si mal, inimaginable, je suis meurtrie. je ne supporte plus les massages de l’utérus, les révisions utérines qui se succèdent à vif, c’est violent…je ne comprends rien à ce qu’il se passe juste que les 14 personnes semblent s’agiter comme dans une fourmilière…

Quand je regarde l’heure, je vois 15h50 puis 16h30, j’ai peur, je me sens seule, je n’ai pas de nouvelles de mon mari, de mes bébés….puis je vois qu’on apporte des poches de sang, je ne réagis pas mais c’est bien pour moi…je me dis qu’ils chipotent, que je suis juste un peu en stress, mais pas à mon sujet. Je me dis que mon mari doit s’impatienter et que si ça se trouve il est parti, et que patient comme il est il doit être en boule de m’attendre comme ça…vraiment je ne réalise pas… Et mes bébés ???

Puis j’entends des bribes de conversations entre les docs qui ne semblent pas rigoler « hémorragie sévère, transfusion, ablation de l’utérus, … » pendant ce temps tout le monde vient me parler, me dire de ne pas dormir, on me sourit, je sens une grande compassion, et moi je n’ai plus la force d’avoir mal et pourtant je souffre le martyre. je pleure profondément, c’est l’horreur : on me dit que je suis courageuse et moi je ne cesse de demander des nouvelles des loulous et personne ne sait me répondre…

Enfin j’entends qu’ils ont réussi à re-contracter l’utérus et qu’on va peut être échapper à l’ablation de l’utérus, qu’il était moins une…On me descend très vite dans un autre bloc, et là on m’explique je vais avoir une embolisation des artères et vaisseaux de l’utérus pour me sauver la vie…ça va durer 2 h et demi.

Je me crois dans grey’s anatomie car tous les docs sont derrière une vitre et assistent à l’opération par radio au détail près c’est qu’on est bien loin du dr mamour !!

En plus, c’est un mr sans gêne qui ne cesse de répéter pendant  l’opération « fais chi**….je ne vous raconte pas dans quel état je me trouve, en plus je commence à vomir, encore et encore. A l’issue de l’opération, tout le monde l’a félicité de son travail si minutieux et de son professionnalisme alors je décide de le remercier à mon tour, car apparemment c’était gravidique…je suis toujours médicamentée !!

On me remonte en salle de réveil et je vois mon mari. Là on m’annonce que je vais être transférée dans un autre hôpital en réa, moi qui avait prévu d’accoucher là car on avait une maternité de niveau 3 et donc une néonat et une réa pour les bébés et finalement c’est moi qui pars en laissant mes petits chats…Hors de question, je ne pars pas, je fais une nouvelle crise d’angoisse, je n’en peux plus.

Finalement, devant mon état, on me garde la nuit aux urgences obstétricales pour surveiller mon état et que l’hémorragie ne recommence pas.
On m’emmène un peu les petits bouts qu’on me pose sur la poitrine et là je peux enfin devenir maman…mais trop de monde autour de moi, je n’ai pas le temps de faire leur connaissance qu’on me les enlève déjà.

La nuit qui suit est un calvaire, entre douleur, stress, contrôle de mon utérus toutes les 30 mn, je ne supporte plus qu’on me touche, j’ai si soif, et on me refuse de l’eau. Je n’ai rien bu depuis le vendredi soir, et là on m’explique que j’ai perdu plus de 3l de sang + du plasma et c’est donc normal d’être déshydratée alors je feinte et je réclame des brumisateurs.

On m’informe que les petits sont hébergés en néonat vu mon état, et on m’apporte leurs photos.

Enfin, le dimanche midi on me remonte en chambre de maternité

Enfin.

Je vais vivre ce moment si attendu…cependant, joie vite gâchée quand on m’annonce qu’on ne peut descendre mes petits cœurs qu’une petite heure, sans vraiment me donner de raisons, en fait ma puce et mon petit chéri ont eu besoin d’une présence accrue pour contrôler leur alimentation et leur température, et je suis donc incapable de m’en occuper car je dois rester alitée, j’ai toujours mes cathéters de péri, ma sonde urinaire et tout le tralala que je garderai finalement jusqu’au mardi jour où mes petits bouts m’ont été « rendus »…

C’est finalement 3 jours plus tard que je suis vraiment devenue maman., après avoir attendu 4 ans de pma, je vis enfin un bonheur sans  faille, je suis prête à revivre tout ça pour tout l’amour que je reçois.


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