Magazine Humeur

Bibliothèques

Publié le 03 février 2014 par Rolandbosquet

bibliotheques

   Sauf dérogations explicites, le travail du dimanche est interdit par la loi française. Le citoyen doit pouvoir visiter sa famille, se distraire au bistrot et se cultiver. Les personnels des bibliothèques, dont le temps libre est régi par la loi générale, se voient donc contraints d’apporter, chaque dimanche, une tarte aux pommes, une galette des rois ou, exceptionnellement, une simple crêpe au sucre à leurs vieux parents reclus dans leur maison de retraite dans les tréfonds de l’Auvergne. Les bibliothèques se trouvent, de ce fait, exclues de la culture. Le chaudronnier-zingueur natif de Ouagadougou, le plombier Polonais de Wroclaw ou le chevrier aveyronnais de Castelnau-Pégayrols qui souhaiteraient tant le dimanche s’imprégner de littérature, rencontrer madame Bovary, côtoyer Jean Valjean ou dialoguer avec le professeur Robert Langdon, ne peuvent que contempler les portes fermées de nos belles médi@thèques de verre. Demeurent les musées. Ils peuvent y admirer  plusieurs millénaires de peinture et de sculpture. Nombre de statues remontent à la plus haute antiquité. Le temps, les voyages et les heurts inévitables leur ont parfois causé quelques outrages. L’une a perdu ses bras, une autre sa tête, une troisième ses couleurs vives. Mais on voit bien qu’elles furent jadis des chefs-d’œuvre entiers. Les cimaises offrent quant à elles au regard de féeriques paysages que l’on ne verrait jamais dans la nature. Certains peintres sont parfois de véritables artistes. D’autres se sont spécialisés dans les portraits des femmes de leurs commanditaires. Heureux hommes si l’on en croit la chair pulpeuse et délicate de leurs épouses ou de leurs maîtresses. Mis en appétit par toutes ces beautés si diverses et si enrichissantes, le public aime ainsi de plus en plus aller digérer sa poule au pot dans les allées du savoir. Rassasié, après un certain nombre de visites, de spectacles bucoliques, de grandioses batailles ou d’images édifiantes, il se plonge bientôt dans les siècles de l’Histoire. Il ne pourra certes contempler, à la Sainte-Chapelle de Paris, le moindre morceau de la vraie croix du Christ sur le mont Golgotha, des scientifiques empreints de modernité doutant fortement de son authenticité. Mais on lui montrera, à Alésia, la superbe moustache de Vercingétorix si bien reconstituée par le peintre Lionel Royer dans sa toile exposée non loin de là au Puy en Velay. À Soissons, une châsse magnifiquement ouvragée héberge un éclat du vase cassé en 486 par Clovis lui-même. Le pays basque s’enorgueillit de posséder la fameuse Durandal, l’épée de Roland, le neveu de Charlemagne. Elle ne sut lui sauver la vie mais elle lui apporta la renommée. La bonne ville de Nantes consacre un reliquaire aux derniers lambeaux pieusement conservés dans l’alcool de prune de l’estomac de Gargantua, si cher à Alcofribas Nasier. Ailleurs, face au canif qui mit fin aux jours glorieux du bon roi Henri IV, notre visiteur condamnera fermement Ravaillac ainsi que l’assassinat politique comme régulateur des pouvoirs qui oppressent depuis toujours le petit peuple. Il plaindra Charlotte Corday qui paya si cher son acte de bravoure en tuant le révolutionnaire Marat dans sa baignoire. Celle-ci a disparu au cours des déménagements successifs des héritiers du chantre de la Terreur, mais le poignard est toujours là, encore souillé du sang honni. Une vitrine en plexiglas vient par ailleurs d’être installée à proximité. On y attend un scooter noir de grande notoriété. Nul doute que tous les garçons coiffeurs de la place pourront bientôt s’en émerveiller. En un mot, hors le truchement des livres, les portes de l’érudition sont malgré tout ouvertes au plus humble ouvrier comme au  plus savant des universitaires. On reconnaît par là la grandeur d’une civilisation endimanchée et notre beau pays peut sans conteste s’en glorifier. Puisse le monde tourner ainsi un peu moins de travers les autres jours de la semaine !

Suivre les chroniques du vieux bougon en s’abonnant à newsletter


Retour à La Une de Logo Paperblog

Magazine