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Les portraits volés du Starbucks

Publié le 28 mars 2014 par Ecribouille @Ecribouille

Environ une fois par semaine, je m’arrête dans un Starbucks. C’est une forme de rituel qui coûte un peu cher et que je fais plus par commodité que par engouement pour le Chai Tea Latte Soja. Un Starbucks dans Paris, c’est très pratique. Il y a constamment du monde et différents personnages peuvent défiler en l’espace d’une demi-heure. C’est ainsi un excellent endroit pour croquer des personnes en mouvement mais pas trop, travailler sur la mémoire des courbes d’une machoire, sur la position d’une oreille, la forme du crâne…

On peut dessiner une ambiance pour saisir plusieurs personnages rapidement et fixer surtout l’atmosphère du lieu. Y a-t-il du monde, est-ce quasiment vide ? Les gens sont-ils calmes ? Des groupes de conversations se sont-ils formés ?
Ce type de croquis est pratique car il permet d’aller d’un sujet d’attention à un autre sans trop s’y attacher, mais il est aussi complexe car lorsqu’on n’est pas très bon pour situer les choses dans l’espace, cela devient vite compliqué. L’aspect flemme est aussi un enjeu décisif.

En pleine conversation

Mais on peut aussi s’attarder sur une personne. Il s’agit alors de comprendre son attitude et de figer sur une position la personne qui est là et qu’on tente d’observer discrètement. On plage alors le menton à une certaine hauteur par rapport aux épaules, on s’applique à avoir une courbure de dos réaliste, on prend garde à avoir une forme de crâne pas trop plate. Observer au préalable sans dessiner permet de situer ces éléments. Cela peut durer quelques secondes ou plusieurs minutes en fonction de ma concentration. Mais plus ce moment d’observation est rapide, plus je pourrai prendre du temps sur quelques détails.

Faire le portrait d’un inconnu, c’est aussi prendre plaisir à dessiner. J’ai le sentiment de revenir à la base du dessin, de manière quasi enfantine, à l’époque où les seules choses que je dessinais étaient ma mère et mon chien devant la maison de mes parents.

Je regarde les gens vivre leur vie, et je décide finalement de capturer un aspect mince de leur existence. Le portrait est partiel et il ne reflète pas vraiment leur quotidien, j’essaie tout juste d’avoir au moins leur humeur et leur attitude à ce moment précis où je trace le premier trait. Le reste se fait grâce à la mémoire et à de la composition avec d’autres éléments observés sur mon modèle qui a sans doute bougé. J’essaie quasiment de projeter dans mon esprit la personne qui a depuis longtemps changé de position, dans celle que j’ai fixé au début de mon dessin. Effort d’imagination, la personne devient pour moi une forme de pantin que je manipule pour imaginer mon modèle vivant, et en mouvement.

La liseuse
De dos


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