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Methylocystacae, microleus vaginatus et autres gemmatimonadetes

Publié le 19 juin 2014 par Rolandbosquet

Methylocystacae

        Le campagnard se tient rarement le nez en l’air à bayer aux corneilles. Lorsqu’il lève les yeux vers le ciel, c’est pour en évaluer la masse nuageuse. Gèlera-t-il cette nuit ? Pleuvra-t-il demain ? Vais-je devoir arroser mes pieds de tomates ? À moins qu’il n’interroge la lune en ses quartiers. Ai-je le droit de travailler la terre aujourd’hui ? Puis-je semer mes petits pois, repiquer mes plants de salades, sarcler mes poireaux ? Au contraire du jardinier qui ausculte surtout ses parterres de fleurs et les plates-bandes de son potager, les astronomes, le regard rivé sur leurs écrans d’ordinateur, scrutent les étoiles à la recherche d’une exo-planète à ajouter au répertoire. Ils connaissent bien mieux la proche banlieue de la Terre que le jardinier son carré d’oignons. Les canyons de la face cachée de la lune n’ont plus de secret pour eux. La carte IGN de Mars est dressée avec ses départementales et ses chemins vicinaux. Ne manquent que les petits hommes verts. Ils sont jusqu’ici parvenus à sauvegarder leur intimité. Ils ne tiendront pas longtemps. Pourtant, grâce aux avancées techniques et aux progrès de l’informatique, le monde scientifique vient de s’apercevoir que la véritable épopée ne se déroule pas uniquement dans le ciel. Tout ce qui vit sur Terre, depuis les chats de gouttière, les chihuahuas, les souris, les cancrelats, les éléphants, les rosiers de Bagatelle, les châtaigniers et les fougères qui encerclent le jardin du vieux bougon jusqu’au vieux bougon lui-même et ses sept milliards de voisins, tout ce qui vit sur Terre pèse moins lourd que ce qui vit à trois pieds dessous. Et il ne s’agit pas seulement des vers de terre, des larves de hannetons ni même des taupes ! Ce petit monde encore presque inconnu n’est pas plus gros qu’un microbe mais il pullule à qui mieux mieux, vivant en symbiose avec son milieu, le parasitant au besoin et le nourrissant secrètement à l’insu de tous. Là les bactéries transforment l’azote atmosphérique en nitrate et facilite la fabrication du compost si utile pour enrichir la potée de géraniums. Dans l’étang qui étale ses eaux d’argent au fond de la vallée, où s’abreuvent à la nuit tombée les biches et les chevreuils et où se vautrent des hardes entières de sangliers, les cyanobactéries produisent sans relâche de l’oxygène. Le fameux CO2 qui bouleverse parfois les climats et la pluviométrie des mois d’été est menacé par un ennemi implacable, la methylocystacae qui dévore à pleines dents le méthane du sous-sol. De vastes programmes sont à présent lancés jusque dans les recoins les plus dépourvus de jardiniers pour étudier ces alliés de l’homme qui existaient déjà bien avant que le premier hominidé n’ait mis un pied devant l’autre. Ce dernier n’a eu de cesse depuis d’user et d’abuser des trésors mis à sa disposition. Par appât du gain, par paresse ou par goût immodéré du confort. Ses innombrables mauvaises actions contre son environnement trouvent là des adversaires acharnés. Qu’il les cajole comme des associés, les dorlote comme des partenaires, les bichonne comme des compagnons de voyage et évite désormais d’ajouter inutilement à leurs tâches par des gestes inconsidérés et pour tout dire suicidaires ! Et le monde ne pourra que tourner, peut-être, un moins de guingois.

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