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Brahms, Schumann et Beethoven

Publié le 18 octobre 2014 par Rolandbosquet

X_musique

      Voyage vespéral dans le romantisme musical allemand. De nombreuses têtes chenues et brushings cuivrés ou naturellement gris garnissent les gradins. Quelques élèves des écoles de musique accompagnés de leurs parents entretiennent un brouhaha bon enfant dans les premières travées. On se salue, on s’interpelle, on se congratule. L’orchestre s’accorde. Le silence se fait. Le chef, Robert Tuohy, entre et, après quelques instants de recueillement, lance l’ouverture de "Manfred" de Robert Schumann. Le drame métaphysique du héros de Lord Byron plonge l’assistance dans le ténébreux romantisme transalpin du début du dix-neuvième siècle. L’esprit enfiévré par de terribles hallucinations auditives, le compositeur retrouve, dans l’errance vagabonde de son modèle, les échos de ses propres tourments. De déchirements en apaisements, il suit les affres de Manfred jusqu’aux accents de plus en plus passionnés dont l’orchestre peine, hélas, à exprimer le climat sombre et angoissé. Le temps de quelques applaudissements d’inconditionnels et la soirée se poursuit avec la symphonie N°3 en fa majeur (opus90) de Johannes Brahms. Son créateur, Hans Richter, l’avait surnommée, la "dixième symphonie de Beethoven" tant le poids de l’héritage du père du romantisme pesait sur les épaules de celui qui se considérait comme son successeur. J’ai dans l’oreille la version de l’orchestre de Cleveland dirigé par Christophe Von Dohnanyi et ce n’est pas juste pour les braves musiciens qui, sur la scène, font simplement ce qu’ils peuvent. Après un allegro terne et sans saveur, l’entracte est bien venu pour libérer les esprits de toutes mauvaises pensées et rester ouvert pour le fameux concerto pour violon et orchestre en majeur (opus77) de Beethoven. L’orchestre semble alors complètement transformé. Attaque franche avec les quatre coups tonitruants qui ouvrent l’allegro ma non troppo, lignes limpides du motif rythmique rempli de sérénité, transitions lumineuses vers les longs solos du violon de Dorota Anderszewska, moins virtuose qu’expressif, qui, laissé libre par le compositeur de toute indication de cadence, s’appuie sur les timbales pour achever le premier mouvement. Le joyeux thème de chasse du Rondo confirme la métamorphose de l’orchestre qui soutient et accompagne en délicatesse la course du violon. Enchaînant directement le troisième mouvement, il entraîne l’auditoire en une marche enlevée entre couplets enjoués et refrains optimistes jusqu’à un final vraiment vivace. Applaudissements mérités pour les interprètes et le chef. Un accessit particulier pour le violoncelle solo, Julien Lazignac, qui, à la fin du premier mouvement, avait la rude tâche de dialoguer avec le violon de Dorota Anderszewska et merci à elle pour son étincelante interprétation.

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