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Léonard Cohen

Publié le 15 novembre 2014 par Rolandbosquet

Cohen   Mes locataires des combles, Hector et Pâris, deux hiboux qui reviennent chaque automne pour y passer les mauvais jours, sont de retour. Ils ont joué la sarabande toute la nuit devant la porte dans l’espoir que je la leur ouvrirais. Mais il pleuvait à torrent et je n’ai pas cédé. J’ai par contre accueilli à bras ouverts mon jeune voisin Mathieu et sa petite Anaïs. « Maman, elle travaille », explique-t-elle en se dirigeant sans attendre vers son coffre à jouets. Mathieu s’est muni d’un modeste Château La Lauze de la maison Faugères. Je fournis le potage de légumes maison, la tarte aux poireaux du jardin, les premières mâches et le camembert, comme de bien entendu. Lorsque la donzelle consent enfin à gagner le lit, la pluie dévale toujours à grand seaux sur la contrée ; nous décidons d’un commun accord qu’ils passeront la nuit chez moi. Elle s’endort finalement sur le canapé, veillée jalousement par mon chat César enroulé tout contre elle. Afin d’accompagner mon mélange de Malabar moussonné du Vietnam et de Kwilu du Congo et l’indispensable petit verre de calvados de trente ans d’âge directement importé de sa ferme normande, je glisse le dernier Léonard Cohen, "Popular problems", dans le lecteur de disque. Sa belle voix grave et craquelée comme une écorce de chêne octogénaire envahit bientôt le salon. Certes, ses précédentes "vieilles idées" m’auraient suffi comme dernier souvenir du mythe de ma jeunesse, à l’époque où il entrait en scène à cheval pour chanter "The partisan". Mais dès les premières mesures de "Slow" je suis de nouveau captivé. Mathieu, qui redoutait probablement une soirée ennuyeuse en compagnie d’un vieux bougon nostalgique, semble lui aussi séduit. Nous nous laissons emporter par la caressante lenteur du Canadien qui flâne comme s’il avait toute la nuit devant nous. Nous savons tout de suite que la mélodie du deuxième titre, "Almost like the blues", pourtant minimaliste sur son rythme décalé, tournera dans notre tête toute la journée du lendemain. À quelques mots grappillés par-ci par-là, nous comprenons que "Samson in New-Orleans" parle du terrible ouragan Katrina ; la musique, lancinante et râpeuse comme le râle d’un quartier populaire dévasté par les flots, aurait suffi à l’identifier. L’avant-dernière chanson, "Born in Chains" nous bouleverse avec son chœur de gospel dont les voix féminines attendrissent les résonances caverneuses de celle du chanteur. Je nous ressers une larme de calva et relance le disque. Je n’avais pas pu voir, jadis, Léonard Cohen investir la scène d’Aix-en-Provence parce que je me baguenaudais encore, au même moment, dans les rues de l’après-festival à Avignon. Mais c’est sans regret aucun puisque, après tout, Léonard Cohen n’a jamais que quatre-vingts ans. Il nous fera bien encore quelques autres chansons.


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