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L'augure et ses présages

Publié le 06 janvier 2015 par Rolandbosquet

augures

      Le proverbe bantou dit que le berger, là-haut sur la colline, voit plus loin que la chèvre broutant dans la vallée. Fort de cette expérience, notre grand berger à nous  se répand donc de salle des fêtes en salle des fêtes pour distiller ses augustes présages. Il fut un temps jadis où la nuit du solstice d’hiver donnait déjà lieu à d’aussi graves réjouissances. Le maître-soleil avait eu tendance au cours des mois précédents à se coucher de plus en plus tôt et à se lever de plus en plus tard. Qu’adviendrait-il demain s’il persistait plus longtemps sur ces sentiers de la paresse ? Il convenait de le rappeler, poliment, à ses devoirs. À savoir éclairer le Monde, ses humains, ses bêtes et ses fleurs, et les réchauffer autant qu’il est possible à un astre aussi lunatique. Le Pays se rassemblait alors à la nuit tombée devant la grande lucarne. Qui apportait un œuf, qui un fromage, qui trois navets pour agrémenter un vaste banquet où seraient sacrifiés en guise d’offrande rituelle mille et un canards, dindes, huitres et autres chapons. Nul ne doutait en effet que le maître-soleil reviendrait avec tout son éclat après cette fastueuse cérémonie. Le moment venu, l’officiant, grand sorcier, guérisseur ou tout autre bonimenteur habile à user de la parole, donnait le signal aux cymbales et aux tambourins afin qu’ils apportent un peu de rythme à la célébration pour réchauffer l’atmosphère et dicter leur tempo aux bardes à casquette. Leur prière s’élevait alors vers le ciel, chargée des peines et des revendications de chacun. Qui s’estimait discriminé pour son nez de travers ou ses croyances venues d’ailleurs, qui se plaignait de la terre trop basse qu’il lui fallait pourtant bêcher pour gagner ses choux verts et ses radis roses, qui pesait son escarcelle et l’estimait encore trop peu dodue, qui espérait gagner le cœur, et plus si affinités, de l’accorte fille du boulanger qui persistait à l’ignorer, qui mendiait simplement soutien et protection pour sa trop modeste vie. Qu’il soit riche ou qu’il soit pauvre, chacun aspire à l’arrivée d’un nouveau cycle des saisons à goûter pleinement l’aboutissement de ses rêves, qu’ils soient fous ou raisonnables, impossibles ou mesurés. Mais le prêtre levait la main et le silence, lourd des rancœurs accumulées mais lourd aussi des espérances, s’abattait sur la campagne. « C’est l’heure ! » criait-il. Et chacun s’embrassait en une immense clameur qui se hissait d’un coup jusqu’aux voûtes étoilées. Et un trait clair barrait bientôt l’horizon des contrées où naissent les vents de traverse. La foule mettait un genou à terre pour remercier le maître-soleil de l’avoir écoutée et félicitait le grand berger pour la puissance de sa magie. Nul ne doutait alors que les oracles qu’il proférait d’une voix enflammée se réaliseraient : la courbe du réchauffement climatique s’inverserait, le F.C. Tulle serait champion du monde et le lait et le miel couleraient d'abondance de Bastille à Nation. Puis l’assistance regagnait son chez soi, confiante et rassurée, pour jouir en paix des longues soirées d’hiver, l’âme pétrie d’espoir en un monde en marche vers son futur radieux.

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