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Un point, c’est tout. n°40, 21/02/2016

Publié le 21 février 2016 par Legraoully @LeGraoullyOff

01-06-Un point, c'est tout.

Point chaud : Que de palabres, cette semaine, autour de cette énième loi sur le travail, énième rustine sur un système de production obsolète et à bout de souffle qui a déjà donné mille fois la preuve de son injustice et de son incapacité chronique à rendre heureux qui que ce soit ; depuis le grand patron qui ne peut pas être heureux vu qu’il n’en a jamais assez jusqu’au chômeur qui a toutes les raisons d’être malheureux, tout le monde fait la gueule ! Ce système repose sur le chantage d’une poignée de nantis, que l’on peut résumer ainsi : vous vous tuez à la tâche à un boulot de merde sinon on vous laisse crever la gueule ouverte ; lesdits nantis, eux, ont bien compris que l’avenir n’appartient pas à ceux qui se lèvent tôt mais à ceux qui font se lever tôt les autres. À force de perdre sa vie à trouver de quoi la gagner, on a finir par oublier que le travail est fondamentalement une abominable aliénation qui ne doit être ni recherchée ni valorisée mais au contraire minimisée ; mais bon, je ne vais pas me mettre à dire que les patrons voyous (un pléonasme, excusez-moi) qui mettent des milliers de personnes au chômage sont des bienfaiteurs ! Pour revenir à cette vaine agitation que constituent les débats sur cette loi, je ne comprends pas cet acharnement autour des 35 heures : il y a longtemps que cette loi n’a plus aucune signification, tous les gouvernements ayant succédé à celui de Jospin s’étant employés à la vider de son sens ; l’accuser de tous les maux, c’est vraiment prendre un cadavre comme bouc émissaire ! Quant à la question de l’ouverture des magasins le dimanche, elle me fait bien marrer : venez faire un tour dans certaines villes, ne serait-ce que ma chère ville de Brest, et vous verrez que la vraie innovation, ce ne serait pas des magasins ouverts le dimanche mais des magasins ouverts le lundi voire des magasins ouverts tout court !

10-02-Travail dominical

09-09-Macron 01

Point décalé : Vous avez lu les livres de Josef Schovanec ? Non ? Et bien je vous les recommande vivement : j’ai rarement lu quelque chose d’aussi intelligent et aussi anti-faux cul ! Schovanec a gagné de son vivant sa place dans mon panthéon personnel au même titre que Bergson, Desproges et Cavanna, tout comme Pauwels et Mauriac ont leur place au panthéon de la connerie ! Laissez-moi d’ailleurs vous raconter une mienne aventure qui confirme pleinement les observations du savant autiste sur le repli sur soi qui caractérise notre époque pourtant culotée au point de se prétendre celle de l’ouverture sur le monde : mercredi dernier, pour des raisons personnelles, je devais me rendre à l’école d’ingénieur de Brest, en réalité située sur la commune de Plouzané. Malheureusement, j’avais mal calculé mon itinéraire, je suis descendu du bus beaucoup trop tôt et j’ai dû terminer la route à pied ; j’ai passé un bon tiers du chemin à marcher le long d’un grillage totalement inhospitalier et, une fois arrivé sur place, j’étais frappé par l’absence presque totale de présence humaine qui contrastait violemment avec le cadre de la faculté de lettres, située en centre ville, que j’ai l’habitude de fréquenter. Pourquoi ce grillage ? Que cherche-t-on à protéger à deux pas d’une plage que les plaisanciers et les estivants fréquentent assidûment ? On prétend abattre les frontières mais on n’a jamais érigé autant de murs. En fin de compte, la possibilité de se rendre d’un point à un autre de la planète en un rien de temps est une illusion : non seulement cela n’est qu’un privilège réservé à une élite mais, de surcroît, si on retire de la liste des destinations possibles les lieux privatisés par des nantis pleins aux as et les lieux purement et simplement interdits pour des raisons de « sécurité », la liste se réduit comme peau de chagrin ! Malgré les moyens de communication et de transport à notre disposition, le « village global » n’a jamais été si loin, c’est le premier point déjà soulevé par Schovanec et confirmé par votre serviteur. Second point, l’éloignement des lieux de formation et de recherche : à de rares exceptions comme la vénérable Sorbonne qui n’est plus que l’ombre d’elle-même ou ma chère fac Segalen dont la situation en plein centre-ville lui vaut l’envie du monde entier (je ne plaisante pas), les Universités sont complètement décentrées, littéralement mises à l’écart des villes qui prétendent les accueillir. Simple manque de place dans des villes déjà saturées ? Ça n’explique pas tout et, en tout cas, ça ne justifie pas que le décentrage soit tel que les facultés soient séparées des agglomérations par des rubans d’asphalte qui valent tous les barbelés du monde ! De là à dire que c’est calculé pour éviter un nouveau mai 68, il n’y a qu’un pas…

Josef Schovanec vu par votre serviteur.
Josef Schovanec vu par votre serviteur.

03-05-Etudiants

Bon point final : Ennemisdavant.com, l’album de Reuzé et Fayol mettant en scène ce qu’auraient vécu les grandes figures du XXe siècle (Hitler, De Gaulle, Pétain, Staline, Landru, etc.) est sorti cette semaine en librairie. Je n’aurai qu’une chose à vous dire : foncez l’acheter d’abord et réfléchissez ensuite ! Vous ne le regretterez pas de toute façon ! Les « bandes dessinées autobiographiques qui posent un regard désabusé mais tendre sur le monde d’aujourd’hui » que l’on encense dans Libé et Télérama, ça va bien cinq minutes ! Aux chiottes les désabusés casse-couilles, merde à la tendresse de mes deux, au placard les philosophes présocratiques de salon, voilà de l’humour, du vrai, du qui tâche ! Ennemisdavant.com est certainement ce qu’on a fait de mieux en matière de BD d’humour depuis le dernier album de Goossens ! Emmanuel Reuzé s’y affirme comme un véritable virtuose du dessin, digne du trop tôt disparu Alexis, et met son savoir-faire graphique au service d’une idée génialissime servant de base à des scénarios hilarants où l’Histoire permet de mener une satire impitoyable de notre époque obsédée par l’image que l’on donne de soi sur la toile ! N’en déplaise à Filippini, tant que Fluide Glacial continuera à éditer des albums comme celui-là, je resterai fidèle à la maison fondée par Gotlib ! Un point c’est tout.

12-14-Internet

01-25-Fluide Glacial

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