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Sans sang (TITO FARACI & FRANCESCO RIPOLI)

Publié le 29 avril 2015 par Olivbd

Sans sang (TITO FARACI & FRANCESCO RIPOLI)

« Je sens la terre fraiche sous mon corps. Elle ne me trahira pas. Je sens mon corps recroquevillé comme un fœtusÇa me rassure. Je ne bouge pas, je suis bien. Je reste calme. »

Paroles d'une condamnée, paroles d'une miraculée. La petite Nina ne comprend pas ce qui lui arrive. Son père Manuel Roca vient de lui demander de se cacher dans une trappe sous le plancher de la pièce où sont stockées les patates. Il s'en excuse, ce n'était pas ce qu'il voulait... Mais il le faut, pour lui donner une seconde chance, si cela est encore possible... Recroquevillée sur le côté, elle tortille ses cheveux, s’occupe à superposer ses jambes le plus parfaitement possible, compte les moutons, ferme ses yeux jusqu'à s'endormir. Mais c'est bien la peur qui l'a tétanise. Et pour cause, trois hommes assiègent la ferme familiale à coups de mitraillette. Ils font irruption dans la maison, tuent le père après avoir assassiné le fils. C'est un carnage, tout va très vite, un véritable bain de sang. Plus rien ne sera jamais pareil...

« Compte les moutons et le sommeil viendra. La chanson parle d'un aigle aussi. Elle se termine par des chiffres. Compte les un par un...  On a le droit de les comptez dix par dix aussi, jusqu'à mille... Une fois j'ai compté jusqu'à deux cent quarante trois. Maintenant je chante toute la chanson dans ma tête et puis je me lève... Je vais voir qui sont ces hommes et ce qu'ils veulent. Et si je n'arrive pas à ouvrir la trappe, je crie et papa viendra me chercher. Compte les moutons et le sommeil viendra... » Sans sang, c'est l'histoire d'une vengeance, sanglante. Impossible de lâcher la lecture avec cet album. Il est vaguement question de règlement de comptes. Au milieu de nulle part, une vieille ferme pour un huis clos en enfer, à une époque imprécise où la guerre s'achève. Une répression subie pour un passé lourd de conséquence... La petite fille blottie dans sa cachette n'a rien vu mais a tout entendu. Le passé démoniaque de son père lui donne des frissons. Ces coups de feu interminables, c'est pire... Puis le plus jeune des tortionnaires trouve la trappe, l'ouvre, Nina est là. Il l'observe, un échange de regard... un court instant, le temps s'arrête. La trappe se referme, discrètement. La fillette est sans voix mais toujours en vie. Plusieurs années passent, ils se retrouvent… C'est le second acte, dans le même tome. (!)  Le récit se transforme en un long dialogue entre la fillette devenue une vieille femme et le jeune Tito, celui qui lui a sauvé la vie, devenu un vieil homme. Les questions et les révélations sur la vie de Nina se dévoilent, s'enchaînent douloureuses, surprenantes. Le mystère reste entier !

Cette adaptation met en valeur l'idée que ce qui nous a sauvé une fois pourra nous sauver à jamais... L'intrigue entrecoupée de flashbacks parfois illusoire est portée sur différents niveaux temporels : L'attaque de la ferme, le passé du père ; Le vécu durant la fusillade, sa vie à la recherche de son protecteur. L'auteur utilise un ton sec au style âpre mais nous donne le temps de souffler par des séquences muettes. La tension est forte, soutenue, glaçante. L'excès de violence dans la première partie ne porte pas préjudice à la lecture, un thriller noir à l'accent italien est toujours très théâtral ! En deux épisodes bien distincts, c'est le suspens et la poésie qui l'emporte.

Côté graphisme, le trait du dessinateur est granuleux, charbonneux, c'est juste somptueux. Un choix qui accompagne avec brio le récit. Entre les ombres et la lumière, la pallette graphique laisse entrevoir ce côté énigmatique dans l'histoire, dessiné avec légèreté. Le travail réalisé sur les regards dévoile la qualité de l'œuvre figurative et joue un rôle important notamment dans l'art du portrait. Le regard dévoile une intériorité de l'être. Celui de la petite fille devenue vieille femme a bien changé... brisé puis comme apaisé, petit à petit avec le temps ou bien... juste sans sang !

Ce roman graphique de toute beauté est une adaptation libre du roman Senza Sangue d’Alessandro Baricco par Tito Faraci et Francesco Ripoli pour les éditions italiennes Edizioni. La traduction française pour les éditions Physalis a été réalisée par Florence Lambert et Olivier Petit.

Sans sang (TITO FARACI & FRANCESCO RIPOLI)

C'est une participation au rendez-vous La BD de la semaine.

Cela se déroule aujourd'hui chez Jacques.

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Sans sang

Scénario : TITO FARACI Dessins : FRANCESCO RIPOLI Couleurs : FLORENT DANIEL D'après le roman d'AlessandroBaricco, Senza sangue. © 2004 Gallimard, collection Folio, pour une réédition. © 2010 Edizioni BD, pour la version italienne. © 2015 Editions Physalis, pour la version française. Album cartonné grand format de 96 pages. Prix : 19.90 € / Date de sortie : 7 mai 2015 / ISBN : 978-2-36640-064-9
©2015 Physalis / Faraci & Ripoli / Couverture

©2015 Physalis / Faraci & Ripoli / Couverture

©2015 Physalis / Faraci & Ripoli / Page 9

©2015 Physalis / Faraci & Ripoli / Page 9

©2015 Physalis / Faraci & Ripoli / Page 20

©2015 Physalis / Faraci & Ripoli / Page 20

©2015 Physalis / Faraci & Ripoli / Page 57

©2015 Physalis / Faraci & Ripoli / Page 57

Tag(s) : #Edition Physalis, #Adaptation, #Alessandro Baricco, #Tito Faraci, #Francesco Ripoli

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