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Le journal du professeur Blequin (172)

Publié le 25 septembre 2021 par Legraoully @LeGraoullyOff

Le journal du professeur Blequin (172)Samedi 18 septembre

15h30 : Le week-end s’annonçait chargé sur le plan culturel, entre les journées du patrimoine et les rencontres brestoises de la BD ; je ne suis cependant pas très motivé pour sortir, préférant limiter les occasions de devoir porter un masque, cette prothèse humiliante que l’on persiste à imposer même aux personnes vaccinées et bien portantes (dont je fais partie) afin de rassurer les volailles qui ont si peur pour leurs vies dont il ne font rien… Je me suis néanmoins rendu à l’hôtel de ville de Brest pour écouter la conférence de Bruno Baron sur l’histoire de la municipalité brestoise sous l’ancien régime – avant 1789, quoi ! A l’entrée, bien sûr, il m’a fallu montrer mon pass sanitaire : là, aucun problème, je ne trouve pas ça plus infâmant que de devoir montrer une pièce d’identité. Ensuite, le vigile a demandé à ouvrir ma sacoche : il lui aurait pourtant suffi d’un minimum de jugeotte (mais il est vrai que ce n’est la qualité la plus recherchée dans ce corps de métier) pour se douter qu’elle était trop petite pour y cacher une arme ! Et il a même fallu que je lui confirme que l’objet si suspect qu’il distinguait au fond était… Mon porte-monnaie. Enfin, il m’a ordonné de me passer du gel hydroalcoolique sur les mains, ce que je ne fais plus que sous la contrainte car je ne supporte plus l’odeur piquante de ce liquide inventé par un hygiéniste hypocondriaque… J’avais donc déjà plusieurs bonnes raisons d’être de mauvaise humeur, et il a fallu qu’en arrivant dans la salle des conférences, je croise une vieille dame qui criait à qui voulait l’entendre que ce que nous vivons actuellement n’est qu’un début, que d’autres variants et d’autres catastrophes vont arriver… Elle pourra se vanter de m’avoir gâché mon après-midi ! La conférence n’est pas commencée que j’ai déjà hâte de rentrer…

Dimanche 19 septembre

10h :  Nanti des notes que j’ai prises en écoutant Bruno Baron et qui me serviront de source pour écrire une nouvelle page « histoire » destinée à Côté Brest, je me lève et décide assez rapidement de faire fi du soleil et de l’offre culturelle tout à la fois. En clair, je reste dans mon cocon, à l’abri des oiseaux de malheur et des garde-chiourmes tâtillons : ce sera la première fois, depuis qu’elles ont lieu aux Capucins, que je rate les rencontres brestoises de la BD. De toute façon, avec les journées que je fais en ce moment, j’ai le droit de me dire fatigué en fin de semaine…

Le journal du professeur Blequin (172)Lundi 20 septembre

9h15 : Je revois enfin une amie, historienne de son état, dont je n’avais plus eu de nouvelles depuis sa soutenance de thèse. Cette année, elle donne des cours à la faculté, mais elle profite de nos retrouvailles pour me raconter les quelques mois de galère qu’elle a connus avant de décrocher ce contrat : la première chose qu’on lui a dite au Pôle Emploi, c’est qu’elle ne pouvait pas faire valoir ses droit aux indemnités chômage pour la bonne raison que l’administration universitaire ne sait manifestement pas comment remplir les documents prévus à cet effet ! Ayant un enfant à charge, elle a bien dû postuler pour un emploi peu gratifiant, et cette fois, les conseillers Pôle Emploi lui ont recommandé de cacher qu’elle avait un doctorat en histoire, arguant qu’un trop haut niveau d’études risquait d’effrayer les employeurs ! Elle a suivi ce conseil dans un premier temps, mais sans résultats, et c’est finalement quand elle a cessé de mentir et a remis son doctorat sur son CV qu’elle a enfin trouvé un job, l’employeur étant heureux d’enfin rencontrer quelqu’un avec qui tenir une conversation intéressante ! Conclusion évidente : dans l’administration, ce sont tous des cons ! Mais je m’en doutais déjà un peu avant…

Le journal du professeur Blequin (172)Mardi 21 septembre

20h : Le mardi est le jour que je réserve pour dessiner : j’essaie de ne faire que ça de cette journée. Mais aujourd’hui, j’ai entrepris de coloriser quelques dessins et ça ne s’est pas très bien passé : je peux vous assurer que Franquin n’exagérait pas quand il disait qu’un dessinateur ayant raté son dessin est d’une humeur à tuer la terre entière… Je décide donc de m’offrir une sortie vespérale pour me calmer les nerfs, ce qui me permet de voir les affiches pour une énième série disponible en streaming, intitulée « Y le dernier homme » : à voir ce titre, je pense spontanément à une fiction post-apocalyptique où l’humanité est réduite à un seul individu (ce serait dans l’air du temps) mais il me suffit d’accorder un bref regard au visuel pour comprendre que le mot « homme » n’est pas à comprendre au sens de l’espèce mais au sens de sa seule partie mâle et que les auteurs ont imaginé un monde où les femmes n’auraient plus de couillus pour les emmerder… Je ne peux donc que saluer le talent du graphiste qui a conçu une image si claire, qui fait comprendre d’un seul coup d’œil l’idée directrice de toute une série, et je dirai même : jamais une idée stupide n’a été aussi bien résumée ! La série en question est estampillé Disney+ et ce n’est pas fait pour m’étonner : il n’y a que cette boîte de machos pour juger qu’un monde au féminin serait cauchemardesque…

Le journal du professeur Blequin (172)Mercredi 22 septembre 

12h : Entrevue avec un complice pour faire le point sur nos projets communs : d’après le rapport qu’il me fait, tout est reparti à fond la caisse, le déconfinement a provoqué un appel d’air grâce auquel les acteurs culturels comme nous vont pouvoir trouver beaucoup de débouchés, le public est avide de découvertes après tous ces mois de privation, et il a lui-même trouvé de nouvelles pistes qui devraient nous mener très loin. Ces bonnes nouvelles me réjouissent évidemment, mais je croise les doigts pour que ce ne soit pas un feu de paille : il y a un an à la même époque, j’avais fait l’erreur d’envisager l’avenir avec optimisme et je ne tiens pas à connaître une seconde douche écossaise… Le journal du professeur Blequin (172)

17h : Dans l’intimité de mon atelier, je travaille sur la maquette d’un « artbook » : mais je travaille sur Word et je perds patience face à ce logiciel qui fonctionne en dépit du bon sens dès que j’ai le malheur de vouloir faire tenir mes images sur deux colonnes… Je commence à comprendre pourquoi quelques personnes proches m’ont suggéré d’employer des logiciels dédiés aux travaux de mise en page plutôt qu’un simple traitement de texte : leurs conseils sont légitimes, mais j’ai la migraine rien qu’à l’idée de devoir apprendre à utiliser un nouveau logiciel…

Jeudi 23 septembre

19h : Le jeudi, je fais mon courrier : j’avais beaucoup de monde à contacter et je termine la journée avec un fichu mal aux yeux. En tout, j’ai écrit quinze e-mails et trois lettres manuscrites en une journée : j’aurais préféré que les proportions soient inversées…

Le journal du professeur Blequin (172)Vendredi 24 septembre

10h : Après avoir très mal dormi, je me rends au marché, sans masque. Cette fois, personne ne me fait de remarque et je croise même plus d’une personne montrant elle aussi son visage. Je ne sais pas si l’obligation de porter un masque sur un marché extérieur a été levée mais ça ne m’étonnerait qu’à moitié : toutes ces règles sanitaires sont d’autant plus pénibles à suivre qu’elles n’arrêtent pas de changer du jour au lendemain, quasiment au gré de la fantaisie des décideurs… Mais peu me chaud : même le masque était toujours obligatoire, je ne le mettrais pas à moins qu’on me mettre un fusil dans le dos ! J’en ai marre d’obéir à des ordres : depuis tout petit, j’ai essayé de me conformer aux règlements, même quand je ne les comprenais pas, mais avec ces consignes qui se contredisent entre elles, c’est de moins en moins faisable et mon souci de discipline ne m’a jamais rien apporté que des névroses et du mépris ! Je vais finir vieillard indigne, vous pouvez me faire confiance ! Mais en attendant que papy Blequin fasse mumuse avec les jeunes rebelles de l’an 2060, les trous du cul au pouvoir qui imposent le port du masque aujourd’hui, ne doivent pas s’aviser d’interdire celui des boules Quiès car, là, je me fâcherai pour de bon, le brouhaha des autres clients m’étant définitivement plus insupportable que tous les virus du monde ! Il faudra vraiment que je reprenne l’habitude de me lever tôt, pour éviter les heures d’affluence…

Le journal du professeur Blequin (172)11h : J’ai une commande à retirer au Cultura du centre commercial Le Phare de l’Europe : j’en profite pour jeter un œil sur les dernières sorties littéraires et c’est ainsi que je découvre la couverture du dernier livre de Zemmour, intitulé « La France n’a pas dit son dernier mot ». Rien qu’à voir ce titre, je repense à ce que je répondrais à toute personne me demandant si je ne suis pas nostalgique du temps où la France était une grande puissance coloniale : « Non, je ne suis pas nostalgique de l’époque où on réduisait en mon nom la moitié de l’humanité en esclavage ! » Du côté des BD, je ne vois pas grand’ chose qui m’intéresse (c’est mon goût personnel) mis à part l’ouvrage Charlie Hebdo, 50 ans de liberté d’expression : le livre est sûrement intéressant, mais pour prendre son titre et son contenu au sérieux, il vaudra mieux jeter un voile pudique sur le licenciement de Siné en 2008 ; admettons que c’était une erreur de parcours, due à la trahison d’un patron mégalo. De toute façon, depuis le 7 janvier 2015… Tout est pardonné ! Le journal du professeur Blequin (172)

12h : Alors que j’attendais le tram, mon colis sous le bras, un individu se disant proche de mon ami Jean-Yves Le Fourn (à l’appui de ses dires, il me montre la fameuse poule de Jean-Yves, taguée à l’arrière de sa blouse) me met le grappin dessus et me fait part de son admiration pour moi. Je n’arrive pas à lui faire comprendre que je désire être seul, et une fois dans le tram, il se permet de me présenter au premier passager rencontré comme « un grand penseur et un grand philosophe », ce qui me parait exagéré, mais l’important n’est pas là : à peine réponds-je à deux questions posées par ledit passager que celui-ci remarque que je suis autiste ! Après mon diagnostic, plusieurs de mes proches m’ont exhorté à ne pas le crier sur le toit, mais il est patent que c’est impossible à cacher, surtout à notre époque où l’autisme n’est plus un tabou et où le syndrome d’Asperger est de plus en plus médiatisé… Bref, je suis repéré mais je ne suis pas catalogué comme « dingue » pour autant comme ça aurait encore pu être le cas il  a quelques années : bref, cette « différence invisible » l’est de moins en moins (invisible), mais ce n’est pas trop grave… Du moins aussi longtemps qu’un ministre dingue n’a pas décrété que nous étions dangereux pour la société !

16h40 : J’ai rendez-vous en centre-ville. J’attends le bus qui, en principe, doit arriver dans un peu plus de cinq minutes et me faire arriver à destination à temps. Pas moyen de trouver de l’ombre, j’attends en plein soleil, ce qui est déjà agaçant pour quelqu’un qui n’aime pas la lumière rasante d’automne : par-dessus le marché, il y a à l’arrêt un cas social qui veut faire copain avec tout le monde, ce qui me met toujours mal à l’aise, et, enfin, le bus n’est annoncé que pour dans un quart d’heure, je suis donc déjà en retard ! J’ai donc trois raisons de bouillonner sur place, ce que je fais…

17h05 : En principe, deux bus allant jusqu’au centre-ville auraient déjà dû passer : quand le temps d’attente annoncé pour le prochain passe de deux à quinze minutes, je perds définitivement patience et je décide de prendre une autre ligne qui me fait faire un grand détour ! Je n’ai plus que dix minutes pour arriver à l’heure et le bus que je prends n’arrivera pas à destination avant une demi-heure… Comme si ça ne suffisait pas, la conductrice se trompe de direction et doit faire demi-tour ! En ce moment, les bus sont parsemés d’affiches vantant les avantages des transports en commun par rapport à la voiture individuelle avec, comme slogan, une question : « Que vous faut-il de plus pour prendre le bus ? » La réponse est toute trouvée : des chauffeurs qui connaissent leur boulot !

Le journal du professeur Blequin (172)Kris vu par votre serviteur.

17h45 : J’arrive enfin à mon rendez-vous, avec une demi-heure de retard. Heureusement, j’avais prévenu à temps mon contact qui est compréhensif. Son identité et le contenu de nos échanges ne vous concernent pas, mais sachez tout de même que c’est à l’occasion de cette conversation que j’ai eu la confirmation du fait que le scénario du prochain album des Tuniques bleues sera écrit par Kris ! Après la reprise d’Astérix par Ferri, de Lucky Luke par Jul, d’Achille Talon par Fabcaro et de Léonard par Zidrou, voilà donc encore un classique de la BD revisité par un ancien franc-tireur du 9e art : à titre personnel, je trouve ça plutôt réjouissant, ça veut dire que le talent de ces auteurs est reconnu à sa juste mesure par les éditeurs, et puis quitte à ce que des personnages survivent à la mort de leurs créateurs, autant les confier à de vrais artistes qu’à d’obscurs tâcherons. Et comme, de toute façon, ces séries ne récupéreront pas les jeunes glands abreuvés de mauvais mangas et de fantasy nunuche (non, je ne dis pas que ce sont des pléonasmes), autant viser la qualité et satisfaire un public plus exigeant. Le marché des lectures de merde est déjà saturé !

Samedi 25 septembre

Le journal du professeur Blequin (172)Richard Bohringer vu par votre serviteur.

8h : Ce matin, je dois récupérer une bricole chez mes parents (qui ne rentrent de Sarthe que demain) et passer à la poste avant la fermeture. Il n’en a pas fallu davantage pour me motiver à me lever tôt. Je marche à pied jusqu’à l’arrêt de bus situé à l’entrée de Bellevue : j’avoue que j’aime cette heure où la ville n’est pas encore tout à fait réveillée, où la douce lumière de l’aurore n’a pas encore cédé la place à un soleil agressif, où même le boulevard de l’Europe devient un chemin de promenade acceptable, les poubelles à quatre roues ne l’ayant pas encore envahi… N’en déplaise au vieux Bohringer, je ne sais pas si c’est beau une ville la nuit, mais c’est reposant au petit matin !

11h30 : Enfin de retour dans mon cocon. Je n’aurai pas à en sortir pendant quarante-huit heures, et c’est fou comme ça suffit à me réjouir alors même que je n’ai pas vraiment de raison d’être fier de ma semaine…


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