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Carême

Publié le 25 mars 2019 par Anned

Carême

L'Eglise catholique est sens dessus dessous.

Alors qu'elle sortait tout juste d'un sommet à Rome sur les abus sexuels sur des mineurs, elle s'est retrouvée précipitée en ce début de Carême dans les derniers épisodes des affaires Pell en Australie, et Barbarin en France. Et la veille du mercredi des Cendres, Arte diffusait en Allemagne comme en France ce documentaire effarant sur les abus sexuels subis par des religieuses du monde entier. Sans parler de la sortie récente du livre Sodoma de Frédéric Martel, qui, s'il n'est pas (encore) paru en allemand semble-t-il, a néanmoins abondamment fait parler de lui outre-Rhin comme dans le reste du monde. Rappelons qu'il s'agit d'une enquête sur l'homosexualité de certains clercs, au sein du Vatican notamment.

Dans le même temps l'évêque de Limburg a, comme c'est l'habitude, publié sa lettre pastorale pour le Carême 2019. Son titre : Après une ennuyeuse méditation biblique, Mgr Bätzing se félicite des conclusions en septembre dernier, de la commission d'enquête sur les abus sexuels sur des mineurs dans l'Eglise allemande. (Pourtant il est de notoriété publique que la commission n'a pas travaillé librement et n'a eu accès qu'aux informations dont les évêques allemands ont autorisé la transmission aux enquêteurs.) Et il termine par un long paragraphe titré Nous devons faire connaître Dieu.

L'Eglise vit une crise effroyable. Certains la qualifient de plus grave crise depuis l'époque de Luther. Plus le temps passe, et plus il est criant qu'un nombre significatif de religieux - et même de religieuses - ont fait et font sans doute encore, l'exact contraire de ce qu'ils prêchent. Mais l'évêque de Limburg, lui, d'une part se félicite qu'une vérité tronquée ait été livrée au monde sur la situation allemande, et d'autre part trouve que c'est le bon moment pour une campagne d'évangélisation.

Pourtant le diocèse de Limburg est bel et bien concerné, comme le reste du monde catholique, par ces questions. Et de très près. L'ancienne religieuse allemande qui témoigne dans le documentaire d'Arte, vit aujourd'hui dans la Hesse. Quant au prédécesseur de Mgr Bätzing, le tristement célèbre évêque bling-bling qui avait défrayé la chronique pour la rénovation somptuaire de ses appartements, certains indices concordants laissent à penser qu'il pourrait être concerné par l'enquête de Frédéric Martel.

De deux choses l'une.

Ou bien Mgr Bätzing nous prend pour des idiots, des brebis dociles qui, baignées de ce cléricalisme dont le Pape lui-même nous demande de nous défaire, laissent leur cervelle au placard dès qu'un ministre ordonné leur demande quelque chose.

Ou bien il ne comprend rien / ne voit rien / ne veut rien voir (barrer la ou les mentions inutiles) au mouvement qui traverse l'Eglise catholique romaine en ce moment.

Dans les deux cas, c'est... scandaleux ? Inquiétant ? Pathétique ?

Je ne peux m'empêcher de penser à cette caricature de Gerhard Mester dans Mensch, Franziskus. On y voit une grosse berline noire avec un évêque assis sur la banquette arrière. Devant elle, une modeste voiture blanche conduite par François, gêne son passage. Le chauffeur de la grosse berline hurle par la portière : D égagez !!! Son excellence l'archevêque a d'importants rendez-vous !! Car l'Eglise allemande, pour ce que j'ai pu en voir, c'est bel et bien ça : des évêques qui, lorsqu'ils rendent visite à leurs ouailles, qui descendent de grosses berlines noires conduites par un chauffeur.

PS : le livre a été traduit en français sous le titre Sacré François.


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